Sexe & handicap : Rodolphe Brichet ne suit pas le mouvement

Sextechlab
Jan 27, 2019 · 4 min read
Rodolphe Brichet a présenté son dispositif Handylover lors des “Grands (d)ébats sextech !” à Paris, le 7 octobre 2018. © Sextechlab

Le concepteur de la love machine pour personnes handicapées Handylover, Rodolphe Brichet, est un entrepreneur culotté, prêt à tout pour briser les tabous.

Rodolphe Brichet fait partie des entrepreneurs perfectionnistes qui ne lâchent rien. Sa particularité ? Le sujet auquel il s’attaque est osé. Il est le créateur d’un dispositif technique d’aide à la sexualité des personnes handicapées. De passage à Paris, l’enfant de Poitiers, âgé de 58 ans, intervenait dans le cadre de l’événement « Les grands (d)ébats sextech ! », organisé le 7 octobre 2018 par le Sextechlab.

« Je ne fais pas comme tout le monde »

En pleine reconversion professionnelle, le presque sexagénaire assume son attitude à contre-courant. « Mes amis visent la retraite, alors que je me lance dans un nouveau projet », constate-t-il avec humour, l’œil farceur derrière ses fines lunettes.

Le Handylover est une machine conçue pour offrir aux personnes en situation de handicap une sexualité épanouie et autonome. Une assise ergonomique, des cales et des poignées constituent la love machine, adaptée aux personnes à mobilité réduite, permettant d’effectuer des mouvements de va-et-vient. Conçu pour les hommes autant que pour les femmes, la modularité de l’appareil permet de procurer du plaisir aux utilisateurs seuls ou en couple.

La mécanique du corps comme solution

Sa créativité et sa passion pour la gestuelle humaine lui ont été transmises par son père, technicien au centre d’études aérodynamiques et thermiques de Poitiers. Expert en ergomètres scientifiques, Rodolphe Brichet a l’habitude d’utiliser la mécanique du corps pour donner du mouvement à un appareil.

Diplômé d’un master en mécanique en 2001, il met au point des équipements d’évaluation et d’entraînement pour les athlètes de haut niveau avec son entreprise Sport system engineering créée en 2002. Lorsque sa société fait faillite, Rodolphe Brichet avoue avoir « bu le bouillon » mais ne baisse pas les bras : « quand on a goûté à l’entrepreneuriat, on y revient », s’exclame-t-il tout sourire. En 2013, il se lance alors dans le projet du Handylover et crée l’entreprise Mobility desire en 2016.

Le Handylover est un dispositif modulaire, capable de s’adapter aux besoins des personnes en situation de handicap. © Sextechlab

Empathique et culotté

L’entrepreneur a « horreur des injustices ». La sexualité des personnes handicapées, c’est tabou. Mais, il ose s’y intéresser et se pencher sur une solution pour proposer une sexualité accessible à tous. « Moi, pas peur », ironise-t-il pour montrer qu’il aime les défis. Même s’il confie avoir été comparé à un « obsédé sexuel », l’entrepreneur veut « participer en toute humilité à l’évolution des mentalités ».

Pour cela, il s’intéresse aux autres et plus précisément aux personnes à mobilité réduite. « Empathique », le mot revient à plusieurs reprises chez les proches de Rodolphe Brichet pour le définir. Dolorès Orlay-Moureau, la directrice des services médico-sociaux de l’APF France Handicap dans le Gard, salue son altruisme et soutient « son dispositif qui vise à rendre leur dignité aux personnes en situation de handicap ».

A l’écoute, Rodolphe Brichet accompagne les personnes handicapées chez elle pour les aider à prendre en main le dispositif et l’adapter au mieux à leur mobilité. Il a collaboré avec le médecin sexologue Corinne del Aguila Berthelot à l’hôpital Henri Gabrielle de Lyon. Ses patients handicapés, qui ont testé le Handylover, soulignent la disponibilité de Rodolphe Brichet.

Assis, sur le dos ou sur le ventre, toutes les positions sont possibles ! © Sextechlab

Faire bouger les choses

Tenace et combattif, l’entrepreneur a « la niaque ». De congrès en salons, il se démène pour faire connaître et commercialiser les Handylovers, dont 25 ont été vendus en Europe depuis 2017. Seul à faire grandir le projet, il dit « tout maîtriser » et « être incollable sur son sujet ».

La sexologue Corinne del Aguila Berthelot est impressionnée par l’énergie qu’il déploie, pour apporter une caution scientifique à son projet : « faire prendre en charge un dispositif par la Maison départementale des personnes handicapées (MDHP), c’est très compliqué et surtout quand il s’agit de sexualité ».

« Il est un peu comme ces savants originaux, qui se focalisent sur leur idée et n’arrivent pas à faire des pauses », admet son amie de longue date Lydie Roy-Contancin. Lorsque Rodolphe Brichet est engagé dans un projet, il est « presque obsessionnel », poursuit-elle. L’entrepreneur est conscient de son engagement démesuré. « On ne se rend pas compte comme le manque d’attention à sa famille peut mener à son éclatement », regrette Rodolphe Brichet en baissant les yeux. Alors qu’il dirigeait sa première société, son implication professionnelle excessive a mené à la séparation de son couple. Il aurait aimé transmettre plus de choses à ses trois enfants en leur partageant son goût pour le théâtre et la musique classique. « Aujourd’hui, c’est plus simple mes enfants sont grands, mon investissement ne pénalise plus personne », se rassure-t-il en avalant son café d’une seule gorgée, comme pour clore le sujet.

La sexologue Corinne del Aguila Berthelot félicite au contraire son caractère obsessionnel : « heureusement qu’il est mono-maniaque du Handylover. Cet appareil conditionne sa vie et ses revenus. Rodolphe fait bouger les choses sur le plan intime et dans la société, en général ». L’entrepreneur a « mis un an à réaliser le prototype avant d’en être satisfait », reconnaît-il en passant la main sur son crâne dégarni. Il espère maintenant rendre service à plus de personnes handicapées, augmenter ses ventes et pouvoir en vivre.

Tout savoir sur le Handylover par ici.

Pauline Comte