Les scientifiques ne savent pas innover !

Ceci est vrai si nous savons cacher nos sources et mentir sur les ressources utilisées pour concevoir nos services innovants.

L’innovation n’est pas une action, elle est un processus qui se nourrit d’observations personnelles, de lectures, de faits scientifiques, d’échanges […] tout est bon pour donner du fuel à la recherche et développement de nouveaux besoins à combler ou de nouvelles populations à servir.

Le danger de la migration des mots

Les artistes innovent ; cette innovation n’est pas la création d’un nouveau spectacle, mais la recherche et développement de moyens pour rendre l’œuvre accessible à des populations éloignées de l’art.

Lorsque nous sommes convaincus d’un mot, nous voulons en transmettre le sens en oubliant que les domaines d’activités ont des cultures et donc un langage commun qui fait la cohésion.

Faire migrer un mot sans en adapter le sens, vient agresser la raison d’un groupe. Le langage creux vient éviter le rejet du discours.

Produits, œuvres, productions, ouvrages… autant de mots pour exprimer le résultat de l’effort humain en des termes acceptables par le groupe qui agit.

Le mot et la raison

Lorsque nous parlons d’innovation, nous faisons comme si la définition commerciale d’un mot pouvait avoir le même sens dans l’industrie.

Or il existe un dictionnaire appliqué à chaque domaine d’activités, où les membres actifs adaptent les définitions au pouvoir d’interprétation de leurs pairs.

On demande à l’enfant ce qu’il veut faire plus tard, pas comment il va gagner sa vie et payer ses charges ; nous savons là adapter notre langage pour ne pas tuer son pouvoir d’autodétermination.

Le mot et l’image sont liés : si dans un domaine le mot n’est lié à aucune image, il y a de forte chance pour que cela soit pris comme un reproche.

Dire à un scientifique qu’il doit innover, c’est considérer qu’il n’invente aucun élément pour mieux observer.

Or dans son domaine d’activités et dans sa culture de la contribution, l’innovation ne peut pas être un produit final, mais une manière d’échanger des éléments pour aider d’autres scientifiques ou observateurs à mieux voir.

Tout le monde innove dans son domaine, souvent par une implication personnelle déraisonnée et motivée par un fort désir d’y arriver.

Que signifie alors innover pour un scientifique ? Dans quoi doit-il s’impliquer personnellement de façon déraisonnée ?

Crédit photo : Julien Kozlowski

Le coût de l’innovation

Les grandes innovations ne coûtent pas chères au départ parce que l’entrepreneur accepte de vivre avec peu, de travailler avec peu et sans soutien.

Crédit photo : https://www.facebook.com/Engineering-Science-1548753968768471/

Demander à un scientifique de vivre la vie d’un entrepreneur, c’est à dire s’impliquer sans confort, c’est oublier que l’entrepreneur accepte cette situation car son objectif n’est pas de servir la science, mais de trouver un produit utile à ses clients.

Il espère par ce biais améliorer sa condition.

L’implication personnelle demandée aux futures générations de scientifiques serait-elle de financer la recherche et l’enseignement supérieur ?

En quoi la réorganisation du domaine scientifique concerne le scientifique ? Les dirigeants de ce domaine sont-ils aptes à innover, à s’impliquer pour que les membres de la communauté scientifiques contribuent à un nouveau projet ?

A qui s’adresse l’innovation ?

Lorsqu’il y a une innovation logistique, cela ne touche pas les destinataires en attente de leurs colis ; ces derniers sont prêts à payer le transport de leur colis, pas le confort du chauffeur, du manutentionnaire, du préparateur de commande […]

L’innovation logistique concerne donc uniquement les transporteurs et les logisticiens car ils sont les utilisateurs finaux, ceux qui vivent l’expérience.

Ordonner à un groupe d’innover sans prévoir de solutions permettant l’expression des opinions et le vote, c’est déjà construire sans les principaux utilisateurs.

Qui sont alors les destinataires, utilisateurs et bénéficiaires finaux ?

Lorsque les clients se plaignent tous les jours à l’accueil du supermarché, le responsable est obligé de réagir ; et si aucune solution n’existe ou si elles sont trop chères, il est forcé de tenter quelque chose, d’agir, jusqu’à ce que les clients retrouvent satisfaction.
Il a innové, sans soutien de sa hiérarchie, la demande venait des clients, ceux qui permettent à sa boutique d’exister.
Il a pu le faire en changeant son rapport avec sa clientèle, en demandant simplement : Que voulez vous voir ? Est-ce que cela vous convient ? Que puis-je améliorer ? Après cette modification, cela vous convient-il ?

Quand la demande d’innovation vient d’une source inconnue ou n’ayant aucun lien avec l’utilisateur final, on est là dans l’impossibilité de mobiliser quoi que ce soit et qui que ce soit car la véritable demande n’est pas perceptible.

Le monde scientifique est-il innovant ?

Lorsque les universités ouvrent les portes de leurs laboratoires, conçoivent des expositions, organisent des festivals et font des interventions pour aller vers le public, on est là dans l’innovation totale dans la manière d’éduquer les populations.

S’il y avait un besoin d’innover, ce serait parce que le public dit ne rien comprendre ou ne pas s’y intéresser.

Or les sites et événements comme Instructables ou la Kahn university ou Imaginary montrent l’intérêt grandissant du public et la capacité d’innovation inouïe des scientifiques.