Les mots des maux…

Élodie est une jeune femme de 25 ans, fragile, rêveuse qui aime la vie, sa vie. Ce qu’elle aime par dessus tout, c’est aller à la “Scène”, une petite salle pas loin de son appartement, qui fait office de bar-scène où de petits amateurs de musique peuvent se produire le soir. Elle n’y était pas allée depuis des mois mais pense que ce soir, elle y seras. « Pourquoi pas ? » pense t-elle…

À la “scène”, Élodie s’est d’abord liée d’amitié avec Jean le barman. C’était un jour d’hiver, en décembre. Elle était assise au bar, toute seule. Elle avait commandé un martini qu’elle savourait en regardant un jeune homme chanter “You’re beautiful” de James blunt. Elle la connaissait par cœur-souvenir de son adolescence- et puis elle entendit : -“Vous êtes vraiment belle, on aurait dit qu’il chante pour vous”. Si elle était blanche, elle aurait sûrement rougit. Elle pencha sa tête et lui fit un sourire, un de ceux qui faisaient flancher son papa à chaque fois qu’elle demandait une faveur. Il faut dire qu’Élodie était très belle, on le lui disait souvent. Son visage en forme ovale et son corps de guitare espagnole la rendait irrésistible. Mais elle n’en avait pas conscience. Jean, lui par contre était subjugué par une telle beauté. Après la soirée, il proposa à Élodie de la revoir mais elle déclina l’offre.Elle revint, tous les soirs pendant un mois. Ils apprirent à se connaître et c’est ainsi que naquit une amitié. Au départ,Jean en voulait plus mais Élodie n’était pas prête. Jean ne lui plaisais pas et elle sortait d’une histoire trop compliquée pour s’intéresser à qui que ce soit.

La « scène » était devenue donc un havre de paix pour elle. Dès qu’elle avait du temps, elle y allait. Élodie était en fac de lettres, elle aimait les mots. Elle disait que « les mots soignaient les maux » et elle en rigolait à chaque fois. Les livres, l’écriture et la musique étaient tout ce qu’elle aimait. Elle jouait du piano et de la guitare basse. Si vous vouliez la voir, hors de son appartement, c’était soit dans une bibliothèque, soit dans un cabaret. Elle aimait bien les petites scènes et cabarets de la ville. Là où il n’y a pas de foule. Juste des gens ordinaires comme elle.

Un soir d’été, elle était venu plus tôt, à 18h, histoire d’aider Jean et passer plus de temps. Elle devait passer sur scène à 20h et avait peur et pourtant ce n’était pas la première fois. Pendant qu’elle nettoyait le comptoir, la salle se remplissait d’amateurs comme elle qui allait s produire le soir même. Et elle le vit. Elle ne le remarqua pas de suite mais lui l’avait déjà vu… Lui c’est Charles.

Élodie monta sur scène, elle chanta « Feeling good » de Nina Simone.

Birds flying high you know how I feel

Sun in the sky you know how I feel
Breeze driftin’ on by you know how I feel.

It’s a new dawn
It’s a new day
It’s a new life for me yeah

It’s a new dawn, it’s a new day, it’s a new life for me 
Ouh
And I’m feeling good »

Oui,elle se sentait étrangement bien ce soir comme disait la chanson. Elle eut ce soir un tonnerre d’applaudissement et passa le reste de la soirée à regarder les autres chanter.

Charles, de son côté n’en revenait pas. « Comment une fille pouvait-elle être aussi belle et chanter aussi bien ? ». Et il se mit à rire tout seule. Il pensait à Amélia,son « ex » qui n’aimait pas du tout la scène et trouvait que la passion pour la musique de Charles était « trop présente » dans leur couple. « Quelle connerie », se dit-il. Il pensait à elle. Comme elle était belle ! Il se demande même pourquoi ne lui avait-il pas dit un mot ? Sûrement parce qu’autant elle souriait avec le barman, autant au milieu de la foule son visage était neutre, voir sans émotion. Il s’est dit que ça devait être une de ses « noires sauvages » dont parlaient souvent son entourage. Charles avait entendu pas mal d’histoire sur les filles « de couleurs », il en avait fréquenté à la fac qui était plutôt sympas mais ne s’était jamais mis en couple avec, ni même draguer. Alors s’était dit que certainement, elle l’aurait envoyé balader.

Le lendemain,il retourna à la « scène » et la vit encore. Il y alla pendant une semaine, pour l’observer et puis, il se décida de lui parler. Elle portait une jupe vert-kaki en jacquard qui s’arrêtait aux genoux et un chemisier blanc en col V, qui laissait à peine deviner sa poitrine moyenne. Charles était encore plus sous le charme. Elle avait relevé ses cheveux en chignon haut mais une frange tombait sur son visage et cachait un peu ses yeux en forme d’amandes.

-« Hum euh.. Bonsoir Nina Simone », dit-il. Son visage se rougit mais comme il était barbu, il espérait qu’elle ne le remarquerais pas. Mais pas de réponse, il s’approcha de plus près car elle rangeait une chaise, et réitéra son « bonsoir » avec un peu plus de conviction. Il entendit

-« bonsoir, un instant nous n’avons pas fini de ranger celles-ci mais vous pouvez vous mettre de l’autre côté si ça ne vous ne dérange pas en attendant » dit-elle sans regarder son interlocuteur.

- «ne vous inquiétez pas, je voulais juste vous dire bonsoir. Ça fait un moment que je viens ici et je vous vois souvent »

-« Ah… » fit-elle avec un sourire qui dévoilait ses belles lèvres charnues, après s’être retournée.

-« Je vous laisse, passez une bonne soirée ».

Ce fut là, leur premier échange.

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