Blockchain, protocoles décentralisés et crypto-actifs, ou la plus grande révolution technologique et sociétale depuis l’Internet.

Le plein pouvoir alarmant des GAFAs, le nombre de failles techniques, de fuites de données utilisateurs à l’échelle mondiale (Yahoo!, Facebook Cambridge Analytica, Equifax, Home Depot…) et le manque de sécurité due à la centralisation de notre Internet le rendent moins fiable, et de plus en plus vulnérable. Depuis quelques années, un nombre grandissant d’ingénieurs et de chercheurs travaillent sur des solutions à ces problèmes. Nous sommes à l’aube de cet Internet nouveau, décentralisé, reposant sur la blockchain, appelé Web3. Ce blogpost raconte cette transition amorcée de l’Internet d’aujourd’hui à celui de demain, et fait l’état des lieux de ces nouvelles technologies, du marché, de ses futurs leaders, de leurs impacts sur la société et des opportunités d’investissement qui en découlent.

1)Les dérives de l’Internet d’aujourd’hui.

Après plus de 25 ans d’Internet dit ‘centralisé’, nous sommes en train de réaliser à nos dépends que le modèle sur lequel le Web a été bâti dans les années 90 a ses limites, notamment en terme de sécurité, de gouvernance et de propriétés des données personnelles.

a) Sécurité.

Les géants du marché du Cloud et de l’hébergement sont Amazon (via AWS), Google, IBM, Oracle, Apple (iCloud). Plusieurs fois ces dernières années, ces leaders ont dû faire face à des problèmes de sécurité ayant donné lieu à des pannes d’internet mondiales, rendant des services d’utilité publique comme Twitter, Reddit, GitHub, Slack, Wikipedia totalement inaccessibles durant des heures. Chacun de ces ‘Blackouts’ crée la panique sur les marchés financiers, perturbe notre quotidien et entraîne des pertes de plusieurs milliards de dollars. Dernièrement, le nombre de scandales liés à la sécurité des données personnelles des utilisateurs (Facebook Cambridge Analytica, Twitter Password leak ou encore la cyberattaque d’Equifax en 2017, qui a touché + de 140 millions d’américains) sont de plus en plus fréquents. Aujourd’hui, plus de 99,9% des systèmes de bases de données dans le monde sont hébergés sur des serveurs dits ‘centralisés’, donc par définition vulnérables. Imaginez un tremblement de terre, une attaque terroriste, une panne d’énergie, une mauvaise manipulation humaine, un piratage… Tous ces dangers existent et planent aux dessus des GAFAs et autres sociétés Internet, et donc sur nos données personnelles.

b) Gouvernance.

Facebook décide pour deux milliards d’utilisateurs. Aujourd’hui, cela nous semble normal, car c’est le cas de toutes les sociétés, et ce depuis des décennies. Mis à part quelques actionnaires majeurs, aucun des utilisateurs ou clients, aussi fidèles et actifs soient-ils, ne peuvent interférer sur la stratégie ou les perspectives d’évolution d’un produit. L’émergence des systèmes décentralisés permet une nouvelle forme de gouvernance, ou l’utilisateur reprend le pouvoir. Les décisions sont prises par la communauté, et l’influence de chacun est variable selon sa contribution et son utilisation du produit en question. Cela peut sembler utopique, mais les communautés grandissantes d’ingénieurs travaillant sur Ethereum, Bitcoin, Thezos et autres majeurs projets décentralisés fonctionnent sur ce modèle. C’est aussi l’organisation de la plupart des ingénieurs des sociétés de la Silicon Valley, qui fonctionne par ‘votes et ‘commit Github’, ou les meilleures lignes de codes sont soumises à l’ensemble de la communauté des développeurs pour approbation. Linux, qui est présent dans plus de 90% des systèmes informatiques au monde (Apple, Cisco, Android, Boeing, Samsung, Microsoft, Tesla…) a été entièrement créé et codé sur ce modèle open source, dit ‘community-based’. C’est l’incarnation même de la méritocratie.

c) Données personnelles.

A ces problèmes de sécurité et de gouvernance s’ajoute le pouvoir grandissant et de plus en plus concentré des GAFAs qui contrôlent et exploitent pour leur propre intérêt la majorité des données utilisateurs dans le monde. Le droit au respect de la vie privée figurant dans la Déclaration Universelles des Droits de l’Homme risque bien de n’être qu’un lointain souvenir pour les générations à venir. Plus troublant, l’utilisation des données privées à des fins commerciales menace la notion même d’individualité. Si rien ne change, ce n’est qu’une question de temps avant que leurs algorithmes ne finissent par nous connaitre mieux que nous nous connaissons nous-même.

L’utilisation des méthodes cryptographiques et de technologies Blockchain, redonne ainsi à l’utilisateur à la fois la propriété et le contrôle de ses données, lui laissant ainsi le choix de les partager, louer, échanger, vendre ou non si bon lui semble.

2)Le caractère essentiel de la décentralisation de notre internet.

D’un point de vue macro’, la blockchain aide à préserver le contrôle de nos données et donc de notre vie numérique. Aussi, en apportant une couche de confiance et de sécurité à tous types de transactions, elle va fluidifier les échanges entre particuliers, et aussi entre particuliers et institutions. Par exemple, aujourd’hui, envoyer un e-mail à l’autre bout du monde est quasiment gratuit et instantané. Pourtant, réaliser un virement bancaire ou un transfert de propriété prend plusieurs jours, ne peut être fait que durant des jours ouvrés, et nécessite toujours la présence d’un tiers. (Les banques pour le virement bancaire, les notaires ou avocats pour tout type de transactions de biens).

Lors des 10 dernière années, Bitcoin a montré un nouveau modèle possible : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des millions d’individus, aux quatre coins du monde, sont directement intéressés à la réussite d’un projet commun. Et cela, de façon auto-gouvernée et décentralisée. Sur le réseau Bitcoin, tous les jours, des millions d’utilisateurs collaborent, échangent, minent, et contribuent naturellement à la vie et à l’évolution du réseau, sans aucun leader, CEO, comité de direction, contrôle ou quelconque autorité. Par design, le protocole Bitcoin repose entièrement sur la méritocratie, et en étant hébergé à la fois nulle part et partout, il en devient physiquement indestructible.

Pour bien comprendre la suite de cet article, quelques définitions clés:

Centralisé:

Organisation ou société commercialisant un produit/service contrôlé par une entité dite ‘centrale’, hébergé sur des serveurs centralisés, de type bunker ou hangar sécurisé. C’est le cas de +99% du Web d’aujourd’hui. (Facebook, Google, Amazon, Twitter, Netflix…).

Décentralisé:

Organisation ou société commercialisant un produit/service hébergé de façon non centralisé. Le principe est simple: plutôt que de stocker les données sur des serveurs fixes, on va utiliser un système ‘peer to peer’, et donc utiliser la puissance de calcul d’ordinateurs de millions de particuliers (appelés ‘nodes’ ou ‘mineurs’) pour stocker les données et traiter les opérations. De fait, les sociétés/produits décentralisés sont particulièrement résilients, autant sur l’aspect physique que sur celui du piratage (il est impossible de pirater des millions d’ordinateurs simultanément). Aussi, ces sociétés ou protocoles décentralisés n’auront qu’un accès limité à nos données, qui seront cryptées, sur la blockchain, rendant aux Citoyens un plus grand contrôle sur leur vie numérique.

Bitcoin:

Monnaie digitale. Souvent comparée à de ‘l’or digital’. Bitcoin n’est pas contrôlé par un gouvernement ou une institution. Bitcoin n’a pas de frontières. Bitcoin est décentralisé, repose sur la technologie de la blockchain et le peer to peer, est infalsifiable et est disponible à tous les humains ayant accès à internet.

Blockchain:

La technologie sous-jacente qui permet, entre autre, à ‘Bitcoin’ et à tous les autres crypto-actifs d’exister. Une Blockchain est un registre public de transactions infalsifiable. La blockchain élimine le tiers de confiance pour tous types de transactions et est 100% sécurisée. Elle combine combine 3 choses:

  • La cryptographie, l’encryption, ou le chiffrage en français, qui permet de transférer tous type de contenus, fichiers ou informations entre ordinateurs sans que personne ne puisse en lire le contenu.
  • Les réseaux peer to peer, qui permettent a plusieurs ordinateurs de se transférer des fichiers directement, sans serveurs centraux.
  • La solution au ‘Byzantine problem’, vieux de plusieurs siècles, qui pose la question suivante: comment un groupe de gens qui ne se connait pas peut établir une relation de confiance et collaborer entre eux.

Dans l’histoire de l’humanité, on a trouvé quelques solutions pour réguler les populations. A l’époque de l’aristocratie, on avait des rois. Dans des monarchie ou des dictatures, on a malheureusement eu, et parfois encore encore aujourd’hui des dictatures. Et plus récemment on a eu la démocratie, ou chacun a le droit de vote. La blockchain est en train de créer une nouvelle solution, qui est le fait que des groupes de gens peuvent trouver un consensus ensemble, sans se connaitre, sur internet, et sans tierce partie. A l’inverse de la démocratie, ce model est dit ‘mérite based’, ce qui signifie que plus tu produis et contribues au réseau ou la communauté, plus tu as ton mot a dire. Tout le monde a le droit de participer, comme une démocratie, mais la, plus tu participes/contribues, plus ton vote va avoir de l impact.

Protocole:

Une série d’étapes à suivre pour permettre une communication harmonieuse entre plusieurs ordinateurs ou périphériques reliés en réseau. L’Internet, depuis 30 ans, est portée par un ensemble de protocoles regroupés sous le terme “TCP-IP” (Transmission Control Protocol/Internet Protocol). Les protocoles internet les plus connus sont: HTTP (utilisé pour consulter les pages web), FTP (utilisé pour transférer des fichiers), SMTP (utilisé pour envoyer des mails) ou encore IP (L’adresse IP vous attribue une adresse lors de votre connexion à un serveur.).

Web3:

Internet décentralisé de demain.

  • Le Web1: E-commerce, moteurs de recherche (Amazon, Google & Yahoo!)
  • Le Web2: La couche sociale de l’internet (blogs, forums, Wikipedia, Facebook, Twitter)
  • Le Web3: L’internet décentralisé basé sur les connexions peer to peer, via la blockchain

Exchanges:

Places de marché où l’on achète et vend toutes sortes de crypto-actifs. Dans le monde du marché boursier d’aujourd’hui, l’équivalent serait le Nasdaq, le NYSE ou Euronext. Il y a des dizaines d’exchanges disponibles aujourd’hui. Les plus connus sont Coinbase, Binance, Bitfinex, Bittrex…

Crypto-monnaies / Crypto-actifs:

Terme général utilisé pour définir la totalité du marché des projets utilisant la Blockchain. Le terme le plus juste est crypto-actifs, car tous ces actifs ne se résument pas à de la monnaie. En plus de ‘Bitcoin’, le marché est composé de + de 1500 projets ou sociétés, et de nouveaux crypto-actifs sont créés chaque semaine. C’est assez troublant pour le public car chacune d’elle a une mission différente, et cherche à repenser, disrupter des secteurs de nos industries comme l’assurance, le cloud, l’énergie, les réseaux télécoms, les infrastructures de paiements, la messagerie, l’immobilier, la traçabilité des produits, le e-commerce, et bien d’autres.

Quelques exemples de crypto-actifs:

Ethereum:

Blockchain de deuxième génération, permettant l’exécution de contrats intelligents. Par exemple, un contrat intelligent (ou smart contract) pourrait dire: « payez à Marion 100 euros si elle publie un article sur le Yoga d’ici le 15 septembre 2018 », et il paierait automatiquement Marion une fois les conditions remplies, sans tiers de confiance pour valider la transaction. À terme, Ethereum pourrait devenir un système d’exploitation décentralisé, open source et 100% public. Ethereum pourrait alors être comparé à Windows, MacOS, Android, iOS. Ethereum est déjà utilisé par quelques centaines d’applications appelées ‘dApps’ (‘Decentralised-apps’). La capitalisation boursière d’Ethereum est, au 17 septembre 2018, de 20 milliards de dollars.

Stellar:

Plateforme qui connecte les banques, les systèmes de paiements et les consommateurs afin de permettre des transferts d’argent instantanés, gratuits, partout dans le monde et 365/7/24. (Déjà utilisé par IBM et des milliers de développeurs, beaucoup considèrent Stellar comme un des piliers du système financier mondial de demain.)

Orchid:

Navigateur internet, VPN, sécurisé et résistant à toute forme de censure, contrôle ou surveillance, notamment dans des pays comme la Corée du nord, la Chine ou l’Iran. Orchid est concurrent de Safari, Chrome, Firefox ou Thor.

Filecon:

Réseau décentralisé de partage et d’hébergements de fichiers. Filecoin joue sur le terrain de DropBox, Google Drive ou iCloud, en proposant du stockage Cloud pour particuliers à moindre coût. Filecon utilise la mémoire libre des ordinateurs de millions d’utilisateurs représentant des nœuds du réseau (ou nodes) ayant décidé de louer une partie de leur disque dur libre à des particuliers. Filecoin est donc une place de marché, comme peuvent l’être Uber, Airbnb ou Ebay, ou on vend et achète de l’espace de stockage.

Basis:

Crypto-monnaie dont le prix reste stable, virtuellement indexé sur le dollar (ou autre), et qui ne bougera jamais en valeur, malgré les variations du marché. L’existence d’un ‘stablecoin’ comme Basis est important pour le commerce et les transactions monétaires. Basis est pour l’instant un des leaders en termes d’avancées technologiques sur ce sujet. (Il fonctionne grâce à un algorithme qui détruit et crée des tokens selon l’inflation ou la déflation, un peu comme une banque centrale, 100% virtuelle et sécurisée).

3)Coins, Tokens, et pourquoi les Crypto-monnaies ne sont pas réellement des monnaies.

Le ‘token’ ou ‘coin’ est la rétribution que vous percevez si vous devenez un des nodes ou mineurs d’un réseau. La mécanique de token permet d’intéresser le réseau d’utilisateurs et de mineurs (nodes) à la valeur économique du projet. Par exemple, Golem est une place de marché pour acheter et vendre de la puissance de calcul. En allouant une partie du CPU (processeur) de son ordinateur au réseau ‘Golem’ (the Golem network) le mineur gagne des ‘tokens’ du réseau Golem, en échange de la location de la puissance de calcul de son propre ordinateur. De nos jours, de nombreux métiers ont, et vont de plus en plus avoir besoin de puissance de calcul. La recherche en intelligence artificielle demande énormément de puissance de calcul pour entraîner et perfectionner les algorithmes, la science et les recherches autours de l’ADN, la programmation de jeux vidéo, la réalité virtuelle, l’informatique quantique… Des millions de personnes dans le monde ont besoin de puissance de calcul, et iront potentiellement utiliser Golem Network pour se fournir de manière sécurisée et à bas prix. Le service sera payable en tokens, automatiquement crédités à ceux qui prêtent leur ressource CPU. Dans la foulée, ce token de golem peut être vendu contre des dollars ou euros. Et c’est là que la confusion existe: Les crypto-monnaies ne sont pas, pour la grande majorité, des monnaies, et le propos premier du ‘coin’ ou ‘token’ n‘est pas d’être un instrument de paiement. Il peut, comme un lingot d’or, un stock option ou un bien immobilier, être vendu à tout moment contre des FIAT (dollars, Euros, Yen) tant que l’offre et la demande se retrouvent. Mais la vraie innovation du modèle des crypto-monnaies est d’ajouter une couche de rémunération à toute forme d’échange peer to peer, afin de motiver les nodes/mineurs et utilisateurs d’un réseau pour fluidifier son usage par un plus grand nombre. Dans ce nouveau modèle, les actions ou parts des sociétés décentralisées deviennent des TOKENS, et peuvent être comparés à une forme de stock-options. Leur valeur fluctue selon l’usage du réseau et de sa popularité. Ils sont rares, peuvent être achetés (par les investisseurs ou utilisateurs), gagnés (par les employés) ou minés (par les nodes). Plus l’utilisation du réseau augmente, plus la valeur des tokens augmentent.

En achetant un token de Golem, je peux utiliser le service Golem Network, mais c’est aussi une façon d’investir et donc d’avoir une participation directe dans ce protocole, si je suis convaincu qu’il sera un jour adopté par les masses. Nous sommes aujourd’hui en train d’assister à la création de cette nouvelle classe d’assets, appelée crypto-actifs.

4)Pourquoi investir aujourd’hui dans ces protocoles décentralisés.

En 1990, si vous vouliez investir dans l’Internet, il y avait 2 options:

a)Investir dans les sociétés internet.

(Sybase, Amazon, Netscape, CompuServe, Yahoo!) et attendre que le stock s’apprécie. Bien sur, il fallait être capable de parier sur le bon projet, la bonne équipe, de comprendre les enjeux, et surtout d’avoir accès à cet investissement, souvent sur-souscrit et réservé à une poignée d’élites.

b)Investir directement dans les “Protocoles” Internet.

La majorité des protocoles Internet comme Linux, http, smtp n’étaient pas des sociétés, il n’était donc pas possible d’y investir directement ni d’en posséder une part. Par contre, si, en 1995, vous aviez la conviction qu’internet allait se démocratiser, vous pouviez facilement, depuis votre salon, acheter des noms de domaines (.com) et attendre de voir leur valeur s’apprécier. Vous auriez investi directement dans ‘Internet’, et non dans la couche d’applications qu’étaient Yahoo, Amazon, Google et d’autres.

Aujourd’hui, le marché des noms de domaines est de plusieurs milliards de dollars, et a été, pour ceux qui les ont achetés tôt, un investissement avec de retours phénoménaux. Pizza.com, table.com ou n’importe quel nom de domaine de 5 lettres coûtent de nos jours plus de $500k, allant jusqu’à plus de $10m pour les plus valorisés. Initialement achetés quelques dollars, ces noms de domaines ont offert des retours sur investissement bien plus gros que ceux d’Amazon, Yahoo ou Apple.

Il a fallu 20 ans pour que les ‘computer companies’ telles qu’Intel, Apple, Microsoft, HP, Dell dépassent les market cap des géants existants avant eux, et pour que Bill Gates ne devienne l’homme le plus riche du monde.

Il a fallu 20 ans pour que les ‘software companies’ comme Facebook, Google et Amazon égalent et parfois dépassent les ‘computers companies’, et pour que Jeff Bezos surpasse Bill Gates au classement Forbes.

Les protocoles décentralisés d’aujourd’hui et des prochaines années seront les ‘trillions dollars companies’ de demain, surpassant les market cap des géants de l’Internet que nous connaissons aujourd’hui, et les figures emblématiques du marché comme Vitalik Buterin (fondateur d’Ethereum) ou encore Satoshi (mystérieux fondateur du Bitcoin) rejoindront sans doute le top 10 du classement Forbes dans les prochaines années.

5)Nouvelle classe d’actifs. Nouvelle vague de Venture Capitalists.

La technologie et les protocoles naissants sont techniquement très complexes.Là où un fond d’investissement venture classique peut avoir une compréhension et un avis concret sur une société en 30 minutes, après avoir lu un pitch deck et vu un business plan, ici, il faut réapprendre notre façon de mesurer et d’analyser les projets. Un protocole est généralement décrit de façon détaillée dans un document pdf appelé ‘White Paper’.

Un White paper peut facilement atteindre une centaine de pages et comprend une importante partie technique. Arriver à évaluer un protocole demande plusieurs compétences.

En plus des compétences VCs traditionnelles (analyse de l’équipe, taille du marché, état d’avancement du projet, premiers chiffres de croissance, testnet) il faut ajouter de nouveaux aspects tels que l’économie et l’incentive autour du token, la scalabilité et la rapidité de l’adoption par la communauté de développeurs qui bâtiront le projet, la compliance avec les lois et la régulation, constamment en mouvements, ou encore les relations de l’équipe avec les plateformes d’échanges majeures, qui seront les futures places de marché de ces actifs.

6)Le marché, ses cycles et les investisseurs qui le composent.

Bitcoin et le marché global des crypto-actifs ont déjà vécu plusieurs cycles. Un cycle entier est composé de deux parties : le rallye (la montée ou bull market) et la correction (la baisse ou bear market). Cela peut paraître effrayant, mais les dernières corrections de 2011, 2013, 2015, montrent que la market cap total ne descendent jamais aussi bas que la précédente baisse. Et chaque rallye monte plus haut que le précédent. La conclusion est que ce marché grandit ainsi par palier, année après année, depuis 2011.

Côté investissement, on estime à environ 200 le nombre de fonds investissant dans les crypto-actifs créés au cours des deux dernières années. Une partie de ces fonds sont construits sur des structures avec objectifs court terme, et privilégient les ‘short win’ et le trading, au dépend des investissements à long terme. La plupart de ces fonds ont déjà souffert des corrections de marché des derniers mois.

Le marché a fait face à une importante phase d’expansion fin 2017, avec une valorisation totale qui s’est vue multipliée par 15 en 12 mois. L’usage, lui, ne s’est multiplié que par 2, et la correction de 2018 (toujours en cours) a été violente mais saine, aidant les valorisations à se rapprocher de la réalité en terme d’états d’avancement des protocoles et de leur usages.

On observe également une importante fuite des cerveaux, ou les meilleurs développeurs de la Silicon Valley quittent les Facebook, Twitter, Amazon et autres leaders pour créer ou rejoindre des projets décentralisés. Dans cette même lignée, Stanford, MIT, Berkeley ou encore Caltech proposent toutes de nouveaux cours, événements et conférences dédiées à la cryptographie et aux systèmes décentralisés.

Plus personnellement, ayant découvert pour la première fois Bitcoin en 2013, c’est aujourd’hui excitant de voir Wall Street et la Silicon Valley investir massivement ce secteur. Depuis plus d’un an maintenant, pas un mois ne passe sans annonce majeure (CME/CBOE lancent les ‘Bitcoin Futures’, Square ($SQ) intègre Bitcoin dans son application mobile, Facebook a récemment créé un pôle blockchain géré par David Marcus (ex Paypal CEO), Goldman Sachs ouvre un desk consacré aux Crypto-assets, Blackrock s’intéresse de près au marché, Alibaba, IBM déposent de nombreux brevets liés à la blockchain…)

7) Quelques-uns des sujets majeurs de 2019.

Expérience utilisateur

L’amélioration de l’expérience utilisateur (qui n’en est qu’à ses débuts). Par exemple, des ‘wallet’ plus simples d’utilisation et des échanges décentralisées pour éviter les risques de hack causés par un ‘single point of failure’. (0x protocol, Radar relay, Idex, Bread…)

Applications décentralisées (DAPPS)

Et donc les plateformes à l’origine de nouveaux écosystèmes, permettant par exemple la création de nouveaux tokens ou de contrats intelligents. (Ethereum, Thezos, Dfinity…)

Interopérabilité

Connecter les différentes blockchains entre elles. Aujourd’hui, chacune des blockchains, par exemple la blockchain Bitcoin et la blockchain Ethereum ne peuvent pas communiquer entre elles. Cela freine les échanges et donc l’adoption. (Polkadot, Icon, Wanchain)

Scalabilité

Les projets ayant un impact immédiat sur l’efficacité des outils, en permettant d’augmenter le nombre de transactions par seconde. (Plasma, Lightning network)

Stablecoin

Les crypto-actifs stables (indexés sur l’USD) permettant aux commerçants et à leurs clients d’afficher des prix pérennes sans subir les fortes variations du marché. (Basis, Havven…)

Place de marché

Les places de marché peer to peer qui réduisent les prix d’une industrie existante par 10. Filecoin, cité plus haut dans le stockage de fichiers est un bon exemple, en réduisant par 10 le coût des serveurs actuels tels que AWS, Dropbox ou Google Cloud. (Golem, OpenBazaar, NameBazar…)

Vie privée

La protection de la vie privée et de sécurité des données utilisateurs, comme par exemple, des solutions d’identité décentralisées (Civic, Blockstack, dock.io)

Résistance à la censure

Les navigateurs permettant un accès internet libre en passant à travers la censure d’un État (Orchid Lab, TON browser, Mysterium…)

Finance et infrastructure de paiement

Protocoles de paiement sans intermédiaire, rapides, décentralisés, à bas coût et disponible 24/7/365 (Stellar, Cardano…)

Messagerie

Protocole de messageries décentralisées et cryptées (Mercury protocol, Toshi, Kin…)

En définitive, le marché n’est pas encore prêt pour sa phase ‘consumer’, et se concentre pour l’instant sur le développement des protocoles qui permettront de réinventer les grandes industries actuelles comme la banque, les télécoms, l’assurance, les places de marché, et de démocratiser l’accès à ces services aux citoyens des pays en développement (39% de la population mondiale n’a pas accès à un compte bancaire en 2018).

Conclusion

En 1990, des ingénieurs commençaient à bâtir les premiers protocoles internet (http, smtp, tcp/ip) permettant à des produits et services grand public comme Google, Amazon et Facebook d’émerger, et de devenir, 15 ans plus tard, les sociétés les plus valorisées de notre économie. Aujourd’hui, le même cycle est en train de se reproduire. Des centaines d’entrepreneurs et milliers d’ingénieurs délaissent les grandes entreprises de la Silicon Valley pour créer ces nouveaux protocoles décentralisés. Nous assistons à la naissance de ce secteur, et même si la technologie est déjà fonctionnelle, elle doit pouvoir augmenter ses capacités et sa scalabilité avant d’entrer dans sa phase d’adoption par les masses.

Sur les 1500 projets ayant vu le jour au cours des deux dernières années, une large majorité d’entre eux échoueront avant 2020. Seuls les meilleurs deviendront les ‘Trillions dollars companies’ des 10 prochaines années. Dans un futur proche, des pans entiers de notre économie seront structurés autour de la blockchain et des systèmes décentralisés.

Aujourd’hui, la valeur totale du marché des crypto-actifs oscille entre 200 et 250 milliards de dollars, soit 0.3% du stock market mondial, qui cumule une valeur totale de 64 trilliards de dollars.

En partant du principe qu’un grand nombre de sociétés cotées vont être peu à peu concurrencé par leurs concurrents décentralisés, il est raisonnable de penser que nous sommes sur le point d’assister à l’un des plus grands transferts de richesses de notre histoire.

Bien sur, la route est longue (+10ans) et nous avons en France des talents (ingénieurs, mathématiciens) et des écoles d’un niveau incroyable (Polytechnique, Centrale, Mine, ECE, 42 et des dizaines d’autres) pour se préparer au mieux et devenir un acteur majeur de cette économie nouvelle.