La fin du voyage au Pays du long nuage blanc

Chèr-e-s ami-e-s,

Norsewood, 3 Mars

un mois entier s’est écoulé depuis mes dernières nouvelles. Je sens que mes articles sont de plus en plus espacés mais je peux aujourd’hui rattraper le temps passé.

J’ai arrêté mon récit à Wellington, sans expliquer ce que j’avais fais pendant ces dix jours du 7 au 17 Février. Hébergé dans la famille de mon coéquipier Roger, j’ai visité la ville et passé 5 jours à faire de la peinture dans la maison où il grandit, où habite encore sa mère. Margaret, 90 ans, me l’a tout de suite annoncé : n’aime pas les français. Qu’importe, j’étais là pour rendre service. J’ai poncé et repeint les cadres des fenêtres, une gouttière en cuivre (« le métal à nu risquerai d’attirer des voleurs ! »), des façades de cabanon et de garages, etc. j’ai beaucoup apprécié ces activités manuelles. Habiter chez les Whittaker fut à la fois reposant et étrange, parfois inconfortable. Roger, l’homme le plus calme du l’équipage, celui qui arrondissait toujours les angles lors du trajet en bateau, est malmené par son épouse et sa fille qui le décrivent comme maladroit et colérique, voir grincheux. Dès mon arrivée Maryanne, son épouse, a utilisé mes initiatives de faire à manger et ma lessive comme des leviers de comparaison sur ce que lui ne fait pas. Être utilisé de la sorte pour humilier mon ami ne m’a pas plus du tout. J’ai ensuite assisté au quotidien difficile de Roger qui se voit opposer à toutes ses paroles le ton maternel passif-agressif de son épouse et les pics de colère de sa fille qui crie et s’emporte à la moindre contradiction.

L’anniversaire de Roger le 9 Mars - Noter le nom Raj, “humour” en référence à mon récit du voyage en bateau où Charlène le nommait ainsi.

Roger, 67 ans, est équipé d’appareils auditif, et j’assistais déconcerté aux messes basses de entre l’épouse et la fille quand elles ne voulait pas l’inclure dans la conversation. J’ai même assisté à une scène au restaurant où Roger a du hausser le ton simplement pour pouvoir commander lui-même le plat qu’il souhaitait, son épouse voulant choisir pour lui et sa fille l’empêchant de questionner le serveur. Margaret, sa maman, est consciente de tout cela et la tension est palpable entre le duo épouse-fille et la grand-mère au caractère bien trempé, qui repousse avec force et détermination toutes leurs tentatives d’empiéter sur son terrain à elle.

Au bout de quelques jours de peinture, Margaret m’invitait régulièrement à l’intérieur, à l’abri du soleil de plomb, pour un thé et une collation, elle en profitait pour me raconter les histoires de famille les plus croustillantes. J’eus vite la sensation de retourner au service de gériatrie de l’Hôpital européen George Pompidou, et je considère ces histoires quasiment comme du secret professionnel. J’ai apprécié le temps passé avec Margaret, qui fit un bel effort pour oublier ma nationalité ; elle me donna même des fruits et des légumes de son jardin pour mes « mates in town », qui se trouvait en fait être la communauté BDSM de la capitale, heureux de déguster des cerise à leur soirée « beat and greet ». Je suis assez fier du pacte que j’ai mi en place : j’ai confié les légumes à un amical inconnu contre la promesse qu’il enverrai une lettre de remerciement à Margaret. J’étais heureux de faire du lien social entre ces générations et je ris encore d’avoir connecté cette vielle anglaise « grumpy » et un jeune homosexuel fan de shibari et de légumes frais.

Wellington vu de la marina de Seaview, 12 Février

Voilà l’essentiel de mon passage à Wellington, quitté le 17 Février pour un vol en direction de Christchurch, où, si vous avez bien suivi, Iris avait garé ma voiture avant de repartir pour Auckland, me laissant prendre les voiles pour les fjords de l’île sud.

Vue du la baie de Lytleton, 18 Février
Christchurch entre chien et loup

Je suis arrivé à Chch deux jours avant l’arrivée de ma sœur Camille, j’ai fait faire la vidange de la voiture et je me suis baladé dans les environs. J’ai dormi le premier soir dans une ruelle sombre, près d’un parc. Le deuxième jour, je suis tranquillement allé voir Lyttleton, la petite ville du port en eau profonde de Chch, la 3e plus grande agglomération de NZ. Cette charmante bourgade comporte même un joli magasin bio où je tentait vainement de draguer la caissière avec mes histoires de POC21 et en lui demandant où je pourrais garer la voiture pour la nuit et prendre une douche. « A hot shower for a cold beer » ne fut apparemment pas un slogan assez attractif. Je repartait quand même avec un bon plan à l’écart de la ville, sur la berge de Cass bay, mais je me décidait finalement pour la crête de montagne séparant Chch de Lyttleton où la vue était pas mal du tout.

Le 19, après avoir fait ma lessive en ville, j’allais accueillir ma chère sœur, qui je l’espère prendra le temps pour écrire dans ce blog un article sur son séjour de trois semaines à travers Aotearoa, le pays du long nuage blanc.

Le long nuage blanc est un canevas exceptionnel pour les peintures vespérales - Abel Tasman National Parc, 28 Février

Je vais de mon coté vous raconter les moments clé de cette belle aventure de 4000 km. Mais pas tout de suite. Je veux donner des nouvelles plus fraîches.

Je suis à Auckland, hébergé chez Flore (et son Quentin), avec qui nous avions visité les Açores en Juillet 2005, sur le bateau de Marc. *soupir* c’était sympa les Açores.

Auckland du mont Eden, 10 Mars

Mais c’est pas le sujet. Flore et Quentin reviennent de quelques années à Sigapour, où ils travaillaient comme ingénieurs. Ils on décidé de faire de même en NZ et se sont trouvé une colocation dans le centre-ville pour faciliter leur recherche d’emploi. Un des colocataire est absent et je profite de sa (grande) chambre avec penderie et salle de bain personnelle. Un luxe en décalage avec mes deux mois passés à dormir dans un coffre de voiture. La voiture, justement, est vendue depuis hier. J’en ai tiré un bon prix du fait de l’entretien effectué et elle m’a au total coûté moins de 200€. J’en ai profité pour vendre mon gros sac de couchage et mon matériel de snorkeling, trop encombrant. Cet argent paiera mes billets de retour ; car la ‘fin est proche’ (Tm jeovah witness). Le monde « ailleurs » a maintenant une fin programmée. J’ai décidé de ne pas prolonger mon visa touristique de 3 mois en NZ qui se termine le 28 mars, ni de prendre un visa de travail. Je vol le 26 (pour profiter jusqu’au bout) pour Melbourne, où Marie, une des meilleure amie de Camille me prêtera le canapé de sa collocation pour quelques jours. Je vais revoir la capital du Chic de l’Australie, visité dix ans (!) plus tôt. J’irai ensuite à Bali, en plein Spirit festival (un gros truc de hippies), où s’opéreront des danses complexes. Valérie, une amie de Charlotte vit là-bas depuis quelques années et j’espère faire de sa maison ma base de départ pour explorer l’île et ses alentour. Charlotte aussi sera présente et… on verra bien si on navigue dans le même univers. Le monde de 2015 n’est plus. La trajectoire fut longue et les vecteurs sont encore à comparer. Mais je vais surtout visiter ce bout d’Indonésie, je veux louer un scooter et me balader partout, comme au Cambodge (j’ai l’impression d’accumuler les références de voyage, ceci dans le seul but d’impressionner mon lecteur). Puis je pense quitter Bali à la fin du mois d’avril et rentrer en France. J’ai déjà mon idée de ma prochaine vie parmi vous, et cela implique une caravane et des remplacements kiné.

En attendant, j’ai encore deux semaines pour profiter ici, je vais retourner à Nelson, faire coucou à Elisa qui y travaille, puis probablement m’isoler dans les montagne, dans le domaine hors du monde de « the Newton », un des points clés du récit à venir du voyage avec Camille. Au programme de ce woofing hors du commun : cultiver un jardin infesté de sandflies (des mini-moustiques hardcore), s’occuper de chevaux, vivre dans un vieil hôtel réaménagé en « maison bleue », sans serrure à la porte et pleine d’idées révolutionnaire pacifiques. Finir la Nouvelle-Zélande en beauté, libre de la voiture et de pleins d’objets encombrants, cultivant l’être et oubliant l’avoir.

Camille et Elisa à Dunedin, le 29 Février