L’industrie musicale, les musiciens et la blockchain

En moins de 20 ans l’industrie musicale a connu de nombreux changements suite aux évolutions technologiques. L’arrivée d’Internet à destination du grand public et des protocoles P2P (peer to peer) ont causé la crise du disque dans laquelle se sont embourbées les majors. En réponse le téléchargement légal a été mis en place mais n’a jamais vraiment connu le développement espéré auprès du grand public. L’industrie a souffert jusqu’en 2015–2016 sauvée par le streaming. Dès 2007, Deezer et Spotify ont compris que le temps de la consommation en ligne était venu. Fini le temps de la possession ! Les services de streaming musicaux se sont développés rapidement et sont devenus le principal revenu du marché du disque, financés par la publicité ou les abonnements. Les acteurs de l’industrie ont d’ailleurs bien senti l’importance de ce mouvement en prenant des parts au capital de ces services.

Toutefois même si Spotify, Deezer, Apple Music et les autres ont permis de compenser en partie les baisses de vente du CD leur fonctionnement et notamment les rémunérations versées aux artistes font débat. En effet les montants revenant aux artistes par écoute sont très bas et des sociétés de gestion collective des droits voisins comme l’Adami et la Spedidam jugent inéquitable les montants versés aux artistes interprètes.

Le marché du streaming est donc problématique pour beaucoup sur le plan de la rémunération même si les plateformes reversent 70 à 75 % de leur chiffre d’affaires. Cela s’explique par le fait que les labels, les producteurs, les éditeurs, les sociétés de gestion collective et tous les intermédiaires prennent leur part de gestion, parfois très importante car les contrats sont encore ceux du CD qui nécessitait des coûts plus importants, mais aussi parce que les versements se font en fonction des parts de marchés. Ainsi même si vous passez votre temps à écouter un seul et même artiste, une grosse partie de votre abonnement ira aux artistes les plus populaires comme Drake ou Soprano en France, et une infime partie reviendra à l’artiste que vous écoutez. C’est pour cette raison que ces structures, comme Deezer, réfléchissent à un modèle « user centric » qui répartirait la rémunération en fonction des écoutes de chacun.

Face à ce modèle existant l’apparition de la blockchain laisse entrevoir de nouvelles possibilités de développement permettant une meilleure protection et rémunération des artistes et leur offrant une plus grande liberté et indépendance. Ce mouvement a pris de l’ampleur en 2017, année qui coïncide avec l’augmentation rapide du cours du Bitcoin et la mise en lumière du système blockchain. Les institutions publiques s’intéressent également à ce phénomène de la blockchain pour les industries culturelles et le CSPLA (Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique) a notamment rendu un rapport sur le sujet en 2018.

Cette technologie laisse entrevoir de très nombreuses possibilités pour l’industrie musicale, possibilités qui sont pour la plupart applicables ou transposables aux autres industries culturelles.


I) La blockchain

Mais alors qu’est-ce que la blockchain ? Pour reprendre la définition complètede Blockchain France : « la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle.Par extension, une blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. Il existe des blockchains publiques, ouvertes à tous, et des blockchains privées, dont l’accès et l’utilisation sont limitées à un certain nombre d’acteurs. »

Dans cette définition on retrouve les 3 éléments qui donnent une grande valeur à la blockchain : transparente, sécurisée et décentralisée. Vous pouvez vérifier toutes les opérations qui ont été effectuées sur la blockchain, toutes les informations sont chiffrées et il n’y a aucun organisme de contrôle.

La blockchain la plus connue et qui a véritablement lancé le mouvement est néeen 2008. Il s’agit de la blockchain créée avec la monnaie numérique Bitcoin lise en placepar le mystérieux Satoshi Nakatomo. Il existe aujourd’hui de nombreuses blockchains(plus de 2000 sur CoinMarketMap) qui pour l’essentiel sont liées à une cryptomonnaie. Mais des applications au-delà des monnaies virtuelles sont de plus en plus envisagées notamment depuis la fin d’année 2015.


II) Les usages de la blockchain pour la musique

Pour la musique la blockchain pourra être source de simplification pour cette industrie qui comporte parfois un nombre important d’intermédiaires dans la chaîne de valeur d’une œuvre. L’automatisation des tâches fastidieuses permettrait ainsi de se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée. La blockchain est aussi l’idéal pour sécuriser davantage les droits des artistes.

Stocker les informations sur les œuvres

Avec toutes les possibilités qu’offre la blockchain en termes d’enregistrement d’informations elle semble être un outil adapté pour enregistrer les informations sur les œuvres. Dans la lignée du développement du streaming qui est devenu la première ressource financière de la musique enregistrée ces informations jouent un rôle central dans la répartition des revenus numériques. Fini les recherches interminables pour retrouver le compositeur de telle œuvre, le guitariste du pont de telle autre ou le producteur de l’intro, toutes les informations peuvent être enregistrées dans un bloc de la blockchain. Ainsi en analysant l’empreinte numérique (ou hash) du morceau tous les éléments constitutifs de l’oeuvre seront disponibles directement. Le hash peut aussi correspondre à un document écrit et un manuscrit peut par exemple être inséré dans la blockchain tout comme un contrat.

La blockchain semble idéale pour simplifier la gestion des droits et permet d’enregistrer les éléments essentiels de chaque titre de façon inviolable. L’enregistrement peut se faire rapidement de façon décentralisée et sécurisée. Toutefois si l’enregistrement est sécurisé, la blockchain ne garantit nullement la véracité des informations déposées. Un rapport de l’université du Middlesex consacré à la musique sur la blockchain met en avant qu’il faudra résoudre les questions de « qui dépose » et « comment vérifier les données déposées ».

En France la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique) ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisque depuis 2017elle travaille avec l’ASCAP (American Society for Composers Authors and Publishers) et PRS for Music (Performing Right Society for Music)pour créer un prototype de gestion partagée des informations relatives aux droits d’auteursur la blockchain Hyperledger Fabric avec le soutien technique d’IBM. L’objectif est de créer un système de gestion liant les codes ISRC (codes internationaux pour les enregistrements musicaux) et les codes ISWC (codes internationaux pour les œuvres musicales). Le prototype permettra aux sociétés de créer et de s’appuyer sur une base de métadonnées d’œuvres musicales partagée et décentralisée, avec des capacités de suivi et d’actualisation en temps réel.

Cette base de données est censée améliorer la transparence sur les montants versés aux ayants droit et surtout aux bons ayants droits. En effet dans un rapport paru en 2015, le Berklee Institute of Creative Entrepreneurship écrit qu’il arrive souvent que des montants soient payés au mauvais destinataireet que des parties importantes du revenu des droits d’auteurs finissent en dehors de la poche des artistes, dans une sorte de boîte noire quand les propriétaires des droits ne peuvent pas être identifiés par les acteurs en charge de la répartition.

Il sera ainsi possible de vérifier que les musiciens touchent la rémunération à laquelle ils ont le droit juste en analysant les écoutes en streaming. Ce sera aussi l’occasion de faciliter la rémunération des remixes qui est souvent difficile notamment dans les musiques électroniques. Chacun, du remixeur et du remixé, pourra avoir sa juste part.

Toutefois, à la différence de la blockchain bitcoin et de nombreuses autres qui sont publiques, il s’agit là d’une blockchain privée. Seul un petit nombre d’organisations pourra alors intervenir sur cette blockchain ce qui contredit un peu le principe décentralisé.

En outre il s’agit là d’un projet ne concernant que 3 acteurs et d’autres projets proposent déjà aux artistes d’enregistrer leurs œuvres avec toutes les informations nécessaires et la protection qui en découle. Or chaque projet peut se baser sur une blockchain différente et cela ne ferait que déplacer une partie du problème. Si toutes les informations sont bel et bien présentes le rêve d’une base de données globales s’envole et les sources pour les recherches risquent rapidement de se compter par dizaines voire peut-être par centaines à très long terme.

Preuve de la paternité

Tous ces projets de bases de données permettent, outre la mise à disposition d’informations, la protection juridique de l’oeuvre sur le plan des droits d’auteur. Pour les auteurs et les compositeurs la blockchain paraît être un moyen pratique pour prouver la paternité de l’oeuvre puisque le hash comporte toutes les informations nécessaires et est horodatée ce qui permet de situer la création dans le temps et de lui donner une date précise.

La blockchain n’empêche certes pas la copie, mais il sera possible de prouver la paternité de l’oeuvre lors d’une action en contrefaçon.

*La protection des droits d’auteurs actuellement

En droit français les droits d’auteurs naissent en même temps que la création. Il doit s’agir d’une œuvre de l’esprit (art. L112–1 du Code de la Propriété intellectuelle) qui reflète la personnalité de son auteur. L’auteur se retrouve alors avec différents droits moraux et patrimoniaux. Les droits moraux sont rattachés à celui-ci de manière incessible et perpétuelle. Il s’agit du droit de divulgation, du droit à la paternité de l’oeuvre, du droit au respect de l’oeuvre et du droit de repentir ou de retrait. Les droits patrimoniaux (droit de représentation, droit de reproduction) peuvent être cédés ou confiés en gestion à d’autres et durent jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur.

En cas d’action juridique, notamment en contrefaçon, il est important de prouver l’antériorité de la création établissant de manière certaine la paternité de l’oeuvre et sa date de création. Actuellement il existe différents modes de preuves d’antériorité qui seront présentés succinctement :

- le dépôt auprès d’une société d’auteur : c’est la méthode la plus connue et utilisée par beaucoup d’artistes qui en plus de la gestion de leurs droits bénéficient également de cette preuve. En musique le dépôt se fera le plus fréquemment auprès de la SACEM, mais il existe d’autres sociétés de gestion possible et certaines sont spécifiques aux autres domaines des industries culturelles ;

- l’enveloppe Soleau : il s’agit d’un moyen simple et peu coûteux (15 euros) de constituer une preuve de création et de donner une date certaine. Il suffit de remplir deux compartiments et d’envoyer l’enveloppe à l’INPI qui procédera à l’enregistrement. Attention toutefois la taille du dépôt est limité ;

- le constat d’huissier : il également possible de demander à un huissier d’établir un procès verbal décrivant la création avec la date de ce constat. Contrairement à l’enveloppe Souleau il n’y a pas de limite de taille pour le dépôt (démarche qui est donc plus adaptée pour déposer un scénario par exemple). Il faut compter 200 euros pour l’établissement de ce procès verbal. C’est la preuve la plus forte devant un juge.

L’envoi d’une lettre recommandée à soi-même est inutile puisque s’il est effectivement possible de prouver une date via le cachet de la poste il est impossible de déterminer avec certitude le contenu de la lettre.

*L’usage de la blockchain

La blockchain peut être un moyen supplémentaire de prouver la paternité d’une œuvre. Elle a d’ailleurs fait ses preuves comme moyen de certification des documents numériques. Son usage a également l’avantage de pouvoir être simple et économique pour prouver cette paternité. Selon les plateformes le processus est simple : il faut remplir un questionnaire, télécharger sa pièce d’identité et le fichier avec les informations relatives à la création qu’il faut protéger. Vous aurez ainsi une empreinte numérique qui sera enregistrée sur la blockchain et horodatée. Il est possible d’utiliser ce processus pour chaque étape de la création.

Ces enregistrements pourraient dans l’idéal tous se retrouver dans une base de données géantes comportant toutes les œuvres existantes, où se trouveraient toutes les informations des œuvres et les contacts des ayants droits, en partant par exemple du travail qu’a commencé à effectuer la SACEM et ses compères. Toutefois un tel projet a déjà été tenté et a échoué par le passé avec l’initiative Global Date Base en 2014.

La traçabilité du hash sur la blockchain permet également d’éviter les fuites ou en tout cas de les limiter puisque si fuite il y a il sera possible de déterminer d’où celle-ci provient. Preuve de l’intérêt de la blockchain dans la protection de la paternité d’une œuvre l’étude SCPLD consacre toute une partie de son site pour proposer ses services de protection sur la blockchain et fait une veille d’actualité sur les relations huissier-blockchain.

Même si la blockchain est très récente, l’empreinte de l’oeuvre peut être admise comme mode de preuve par les juges du fond en France. Un juge sera obligé d’examiner la certification extraite de la blockchain. Par ailleurs la Chine a reconnu ce mode de preuve en 2018 ainsi que l’état du Vermont aux Etats-Unis qui depuis juin 2016 reconnaît une valeur juridique de preuve à la blockchain. Il semble logique que la France, et les autres états, suivent. La blockchain a d’ailleurs fait son apparition en droit français en 2016 dans le Code Monétaire et Financier à l’article L223–12 sous le nom de « dispositif d’enregistrement électronique partagé » ( « l’émission et la cession de minibons peuvent également être inscrites dans un dispositif d’enregistrement électronique partagé permettant l’authentification de ces opérations ») et l’article 1366 du Code Civil admet la force probante de l’écrit électronique.

Une collaboration facilitée

L’enregistrement de toutes ces informations permet de faciliter et sécuriser les collaborations créatives et productives. Le travail de chacun sera enregistré et lorsque, par exemple, une écoute de l’oeuvre aura lieu un smart contract (qui sera présenté par la suite) déclenchera automatiquement la répartition prévue de la rémunération en fonction du rôle de chacun et de ce qui a été prévu lors de l’enregistrement. Ainsi pour les interprètes, le chanteur, le guitariste, le bassiste, le clavier et tous les autres musiciens seront rémunérés automatiquement et immédiatement.

En outre les collaborations peuvent être divisées en tâches dont l’assemblage constituera le produit culturel. Chacun pourra déposer sa part une fois celle-ci réalisé et être rémunéré immédiatement pour son travail fourni. La motivation d’une rémunération automatique ne peut que garantir davantage le travail de chacun et pourquoi pas faciliter le travail collaboratif à distance.

Une rémunération accélérée

Comme on l’a vu la blockchain peut être un formidable outil pour permettre le paiement des droits avec rigueur mais également pour accélérer celui-ci puisqu’il sera immédiat. Ce paiement en plus des auteurs concerne aussi bien évidemment les interprètes qui touchent un pourcentage, souvent très faible, sur le montant généré par chaque écoute en streaming. La blockchain peut effectuer des micro-transactions, ce qui correspond aux montants du streaming, et permet de ne plus être limité à un minimum d’1 centime comme c’est le cas avec les transactions bancaires.

Toutefois pour que cette promesse soit tenue il faut une blockchain qui puisse supporter le flux de transactions. Actuellement la blockchain Bitcoin réalise 7 transactions par seconde et on a vu que la blockcain Ethereum pouvait être fortement ralentie par un simple jeu de chats quand Visa ou MasterCard peuvent traiter plus de 5 000 transactions à la seconde. Or côté musique il s’agirait de traiter des millions de transactions par jour.

Autre point important à prendre en compte c’est la volatilité. Certaines plateformes rémunèrent les artistes en cryptomonnaies sauf que celles-ci peuvent être très volatiles comme on l’a vu avec le Bitcoin en 2017.

Les smart contracts

Les exécutions automatiques de contrats passent par ce qui s’appelle des smart contracts. Ces contrats intelligents sont des programmes autonomes qui permettent d’exécuter automatiquement tout ce qui est prévu dès que les conditions sont remplies. Lors de la création du programme chacun est libre de fixer ses conditions spécifiques et peut demander une rémunération pour une diffusion en radio et en demander une plus élevée aux boîtes de nuit. Tous les modèles sont potentiellement envisageables.

Les smart contracts permettent de faire la répartition de la rémunération et de différencier les droits et les parts dans un morceau entre chacun des intervenants dans l’oeuvre. Les transactions étant en outre visibles au public (hormis certaines blockchain privées) cela garantit que chacun touchera sa part et ne sera pas floué. Il faut toutefois que le smart contract soit lié avec un système de paiement.

Cet outil pourrait aussi être un moyen pour se passer d’intermédiaires en envisageant que les revenus soient directement reversés par les plateformes de streaming aux artistes.

Les smarts contracts pourront également faciliter le financement participatif des projets musicaux. Un artiste solliciterait un financement pour produire son nouvel album et la réversion des contreparties prévues se ferait automatiquement (par exemple l’envoi numérique de l’album une fois celui-ci fini).

Dans son rapport de 2018 le CSPLA envisage également les transactions entre consommateurs sur des produits culturels numérisables. Cela serait susceptible de permettre le développement du livre numérique d’occasion en garantissant que le même livre n’est pas à la fois vendu et conservé par son premier propriétaire.


III) Les services existants

Il existe aujourd’hui plusieurs plateformes proposant des services aux artistes et utilisant la blockchain. Voici une présentation rapide de plusieurs d’entre elles :

Blockchainmyart est une plateforme française pour enregistrer les œuvres sur la blockchain et « les protéger de la contrefaçon » qui se base sur la technologie de la blockchain Ethereum. La plateforme annonce un dépôt gratuit pour lequel il y a juste quelques informations à remplir.

Musicoin est une plateforme de streaming musical créée en 2017 et qui a créé sa propre cryptomonnaie (le $MUSIC) afin de rémunérer les artistes. En supprimant les intermédiaires Musicoin se vante de proposer de la musique écoutable librement tout en rémunérant les artistes de manière plus équitable. L’auditeur peut égaler laisser un « tip » à l’artiste afin de le soutenir. Le projet semble prendre de l’ampleur puisque Musicoin a sorti son application mobile en début d’année.

Ujo Music est une start-up créée par Phil Barry(musicien au sein de Mr. Frogg et président du label Kicking In Records)qui utilise la blockchain pour créer une base de données transparente et décentralisée des droits d’auteurs et automatise les paiements grâce aux smart contracts. Principal fait d’arme : en octobre 2015 la plateforme a collaboré avec Imogen Heap pour la sortie de son titre Tiny Humain sur la blockchain Ethereum. Le processus est assez simple : l’utilisateur se créer un portefeuille de cryptomonnaies sur la plateforme (MetaMask), le remplit avec des ether (devise d’Ethereum) puis envoie la somme demandée pour le titre et reçoit en retour le ou les fichiers MP3 (tout en gardant à l’esprit que le paiement se fait dans le même directement à l’artiste et aux musiciens). Il également possible de laisser des pourboires aux artistes pour les soutenir.

Dot Blockchain music est un service proposant de créant un nouveau format de fichiers le « .bc ». Ce format permet d’inclure tous les fichiers médias, les métadonnées et les contrats qui stipulent l’usages de l’oeuvre. C’est une sorte de fichier Zip avec toutes les informations concernants l’oeuvre.

Soundac (anciennement Muse) est un réseau pair-à-pair spécialement conçu pour l’industrie musicale. Lors de sa création cette organisation visait à « constituer la fondation d’un nouvel écosystème pour le secteur, en servant à la fois de base de données mondiale pour les copyrights, de moyen de paiement pour toutes les transactions liées à l’univers musical, et d’outil pour simplifier les licences de travaux musicaux». La plateforme d’écoute PeerTracks, qui permet aux artistes de recevoir directement les revenus générés par leurs œuvres utilise d’ailleurs ce réseau pour son service blockchain.

Soundeon est une société ayant son siège en Estonie qui vise tous les aspects de l’industrie musicale : la création d’une œuvre musicale, l’organisation de concerts et la vente de billets. Les artistes gardent un contrôle total sur toutes leurs démarches. Ils peuvent déposer et protéger sur la plateforme mais également vendre une partie de leurs royalties. La plateforme est actuellement en développement et devrait être pleinement opérationnelle au 2e trimestre 2019.

Bittunes a un modèle original et utiliseune licence Creative Commons pour la gestion de droits, distribue la musique via le réseau P2P de partage de fichiers Bittunes Network, n’autorise que les artistes propriétaires de leurs droits à partager leur musique sur ce réseau, et rémunère en Bitcoin les artistes et les acheteurs de musique. Le prix de vente d’une œuvre peut augmenter si elle intègre le top 100 sur la plateforme. La rémunération est originale puisqu’elle rémunère les artistes, un groupe d’acheteurs et Bittunes prend une commission pour les œuvres les plus vendues.

Band Name Vault est un service qui propose quant à lui de protéger le nom du groupe dans une blockchain. Le nom est d’abord recherché sur les plateformes de streaming, les réseaux sociaux et des bases de métadonnées musicales et s’il n’existe pas il peut être enregistré par le groupe.

On peut citer d’autres services axés sur la distribution comme Alexandria, Blokur, Jaak ou Aurovine. Certains d’entre eux sont encore en développement. Enfin il faudra aussi surveiller 2 plateformes françaises récentes : Ipocamp et Gaiar.

Pour conclure sur toutes les utilisations possibles la blockchain dans le secteur de l’industrie musicale peut aussi s’appliquer à la vente ou à la revente de billets de concerts de manière sécurisée. Il est ainsi possible de contrôler le marché de la revente et notamment les prix tout en interdisant la revente sur des sites ou plateformes non-agréées.


La blockchain offre une multitude de possibilités aux acteurs de l’industrie de la musique en permettant une meilleure protection des droits de chacun, une meilleure rémunération, une accélération des transactions, une meilleure sécurité et de la transparence. Si de nombreux services existent déjà, on est encore au stade de l’expérimentation et il reste du chemin à parcourir pour que ces usages deviennent la norme. Mais ces démarches d’expérimentation montre la volonté de l’industrie musicale de rentrer rapidement dans ce mouvement et de ne pas rater le train comme elle l’a fait avec le développement d’internet et du passage aux supports numériques. Les acteurs de la blockchain voient eux aussi toutes les implications possibles pour la musique et s’y intéressent de plus en plus comme Bitfury qui a lancé SurroundTM, sa plateforme musicale autour de la blockchain.

Néanmoins la blockchain ne sera pas forcément un remède miracle aux problèmes existants et le risque de voir toutes les informations éparpillées entre une multitude de services n’est pas loin. En outre il faudra surveiller l’augmentation du coût des transactions qui peut augmenter rapidement au fil du temps et l’impact écologique qui peut être très néfaste pour la planète. Une étude récente montre d’ailleurs que le streaming est plus polluant que le CD passé un certain nombre d’écoutes.

Malgré ces quelques ombres au tableau l’avenir de la musique et de la blockchain s’annonce très intéressant et pourra notamment apporter des libertés et des rémunérations supplémentaires aux artistes qui ont été quelque peu délaissés avec le streaming.