Les cornemuses de la menuiserie

Passer du temps dans un atelier avec son père donne le temps d’observer, d’écouter, de penser. Cet après-midi là, c’était le deuxième que nous passions à raboter les solives du futur toit de notre hangar. Le casque aux oreilles, de jolis gants tachetés enfilés sur chacune de mes mains, je répétais sans cesse les mêmes mouvements : alors que mon père introduisait les planches dans la corroyeuse 4 faces, je tentais tant bien que mal de suivre la cadence en les empilant une à une sur la table roulante.

C’est alors que je l’ai perçu. Ou plutôt que je les ai perçues. C’était le son strident et pourtant mélodieux que produisait l’acier des différentes lames sur la fibre tendre. De prime abord, on aurait dit un cri épouvantable, mais en écoutant attentivement, le doute n’était plus possible : cet étrange mélange entre machine et bois me donnait l’impression qu’un ensemble de cornemuses jouaient devant moi, d’un même souffle, un accord dissonant.