Emmanuel Macron, un choix de coeur

TheFamily est une grande famille, une communauté composée de gens divers qui votent pour qui ils veulent. Évidemment, nombreux de mes amis votent pour d’autres candidats. Je tiens à le dire : je suis heureux que les communautés d’entrepreneurs soient aussi diverses que le reste de la société, hétérogènes mais incroyablement solidaires. Ce qui nous divise aujourd’hui est temporaire. Le plus triste finalement, ce n’est pas qu’on ne soit pas d’accord, c’est que beaucoup d’entre-eux ont décidé de ne pas faire de choix, de croire qu’ils n’avaient pas d’avis. De se sentir tellement détachés de la chose publique que même une élection présidentielle ne les touche plus.

Alice a expliqué avec brio pourquoi elle et moi nous soutenions En Marche et son candidat. Elle a pointé ce que nous trouvions d’intéressant dans le candidat et pourquoi nous ressentions le besoin de nous engager. Aujourd’hui, dans cette dernière ligne droite, je sens beaucoup de fébrilité et d’inquiétude parmi les gens qui le soutiennent.

Un soutien qui ne me fait pas rougir

Né au Liban, je pense que peu de gens ont conscience que mon enfance a été tenaillée entre deux choses extrêmement différentes: un accueil, une générosité française hors du commun, et un rejet, un racisme incroyablement violent. Ma mère et moi n’avions pas de papiers et nous avons lutté pour en avoir. Combien de fois ma mère est rentrée en pleurs de la préfecture ! J’ai vu la force du rejet d’une société qui considère que certains de ses citoyens sont des gens de seconde catégorie. Mais j’ai aussi vu la générosité de mes profs qui ont écrit de nombreuses lettres de soutien à la préfecture. L’incroyable gentillesse de nos voisins qui ont passé des heures à aider ma mère dans ses démarches.

J’ai pris conscience très tôt de cette dualité:

  • La France qui rejette
  • La France qui aide

Il est aisé de comprendre pourquoi aujourd’hui je me place du côté d’Emmanuel Macron. Il a le courage de l’ouverture. La confiance de la bienveillance. J’ai entendu des propos horribles tenus par les supporters de François Fillon qui pensent que la surenchère raciste, le contrôle absolu des frontières sont des idéaux acceptables de la droite républicaine.

Par contraste on a l’impression que Emmanuel Macron souffre de naïveté. Je réfute cette vision. Le réalisme n’empêche pas la gentillesse. Et la gentillesse est une valeur qui demande beaucoup plus de courage, de fermeté et de discipline que toute autre forme de rejet.

Dans un pays où il est devenu acceptable de répéter en choeur les thèmes préférés du Front National, un peu comme si la seule façon de lutter contre eux c’était de se mettre à niveau, je trouve cela enthousiasmant d’avoir quelqu’un comme Emmanuel Macron qui a prouvé à de nombreuses reprises qu’il était constant sur cette question d’ouverture.

Les symboles c’est important

Si Le Pen est élu, nous ferons ton sur ton à l’ONU avec Trump, Poutine, Erdogan, manquera plus que Voldemort et Dark Vador comme membre permanent du nouveau conseil de sécurité.

Si Fillon est élu, nous passerons pour un pays qui n’a aucune intégrité morale, et la droite aura prouvé qu’elle est prête à soutenir n’importe qui, sous prétexte qu’il semble être de droite.

Si Mélenchon est élu, nous aurons réussi le pari incroyable de confirmer que le peuple de France croit sincèrement au communisme. Qu’il est acceptable d’être complaisant avec les régimes autoritaires. Et que la haine du business est acceptable en 2017.

Le cas Mélenchon mérite une section spéciale car après tout, il est celui qui a fait la campagne la plus éloquente jusqu’à présent. Comparé aux autres, il est un tribun exceptionnel.

Mais je vais vous résumer ce que j’en pense : je me méfie des trop bons pitchs. J’ai vu trop d’entrepreneurs être extraordinaire en pitch et ensuite être des catastrophes en exécution. J’ai vu trop souvent des gens avoir ce talent de forcer l’adhésion même si de toute évidence, l’entreprise était condamnée d’avance. Et pour moi l’entreprise Mélenchon, elle veut sortir de l’euro, rejoindre l’alliance bolivarienne et montre une complaisance incroyable à haïr la liberté. C’est trop pour que je puisse lui accorder le moindre sérieux.

A l’inverse, imaginez le signal que nous enverrions au monde en votant pour Emmanuel Macron. Imaginez à quel point, et simplement en terme de symbole, la signification de cette élection serait puissante : élire un jeune, hors parti, qui a monté une organisation de zéro et ce en quelques mois. Ce serait formidable!

Alors pourquoi les gens doutent?

Mon but n’est pas de convaincre ceux qui votent Le Pen. Il n’existe aucun argument rationnel qui va les convaincre et après tout pourquoi faudrait-il que la raison ait sa place? C’est normal que la politique soit une question de coeur. C’est parce que personne n’a la vérité que chacun a le droit de détenir sa part de vérité.

Ce qui m’inquiète, c’est cette masse de gens qui voteraient bien Macron mais qui ne sont pas convaincus parce que leur intransigeance cache leur manque de confiance.

Il y a ceux qui ne veulent pas voter Macron car y a un point du programme qui les gêne.

Il y a ceux qui ne veulent pas voter Macron car ils savent pas s’il va vraiment changer les choses.

Il y a ceux qui ne veulent pas voter Macron parce qu’il a dit une bétise sur la cryptographie.

Il y a ceux qui qui ne veulent pas voter Macron car En Marche est une auberge espagnole — comme si un ralliement signifiait promesse d’embauche !

Il y a ceux qui ne veulent pas voter pour lui, enfin, parce qu’ils n’ont pas de petits papillons dans le ventre.

Tous ces gens devraient penser aux conséquences de l’absence d’Emmanuel Macron au second tour. On devrait penser au fait qu’à force de chercher un sauveur miraculeux, qui va d’un coup de baguette régler tous nos problèmes, nous nous rapprochons un peu plus près du gouffre.

J’ai décidé de m’engager car je n’accepte pas qu’un fan de Castro et de Chavez ait la possibilité de gagner et qu’une nostalgique de Vichy puisse avoir le moindre droit à être crédible. Par ailleurs, je pensais qu’il n’y avait que les femmes de petites vertus qui se faisaient offrir des cadeaux de luxe, pas des hommes politiques prônant l’intégrité avec hypocrisie.

Et regardez ce qu’En Marche a réussi :

  • Construire une organisation hors du commun de 0 et en quelques mois ;
  • Organiser des comités participatifs à travers la France et renouer le lien entre les citoyens et la politique ;
  • Développer des propositions radicales, comme le fait de permettre aux salariés de pouvoir démissionner tout en bénéficiant des allocations chômages ;
  • Avoir eu le courage de défendre l’Europe, dans l’ambiance actuelle, c’est sans doute le choix le plus audacieux de la campagne.

En face, ils n’ont pas de doutes. La dictature de la minorité est la conséquence tragique d’un système où les gens contre ont besoin de peu de choses pour tout renverser, alors que les autres n’ont pas le courage d’aller au-delà de leurs contrariétés.

Il est temps d’arrêter de croire que la politique est la solution à tous nos problèmes. Le Président est le gardien des institutions, celui qui va être dans une pièce seule lorsqu’il y aura des moments graves et qui devra décider en son âme et conscience de choses terribles dont la plupart d’entre nous seraient incapable.

Il y a un point du programme qui vous gène : montez un lobby.

Il y a une proposition qui manque? Faites une campagne.

Il y a un sujet qui vous tient à coeur : engagez-vous.

Mais il est temps d’avoir un Président qui permette à la société civile de s’exprimer et ainsi d’itérer sur un programme qui n’est pas figé mais qu’on peut changer au fur et à mesure. La société change lorsque les citoyens changent. Il est temps d’élire quelqu’un qui soit en phase avec cette réalité, qui assume avec courage cette situation et qui ouvre sa porte à ceux qui pensent différemment.

Il ne s’agit pas de consensus, il s’agit d’ouverture. En tant que membre de la société civile, je peux me permettre d’être radical car je sais que l’Etat est raisonnable. Si l’Etat est radical, alors nous tous, nous sommes en danger. Quel que soit le radicalisme.

On a le mythe de l’efficacité, on a la passion de l’illusion d’autorité. Mais ce ne sont pas des valeurs acceptables. Nous avons besoin en ces temps d’incertitude de gens agiles, intelligents et qui sont capables du meilleur.

Pour finir, l’univers dans lequel je travaille est celui des gens qui ne comptent pas que sur la politique pour changer les choses : ils sont entrepreneurs, ils échouent, ils échouent à nouveau, et un beau jour ils finissent par réussir. Pour que les efforts des entrepreneurs paient, ils ont besoin d’une plateforme solide, d’institutions accueillantes pour l’innovation et surtout de dirigeants politiques ouverts, bienveillants, fiables et accessibles.

Si Emmanuel Macron perd cette élection, alors nous échouerons tous avec lui, car tous les autres candidats ont un programme sans équivoque : ils sont pour la fermeture, la récompense de la rente et le refus de l’innovation. Si, à l’inverse, il est élu, alors nous aurons une plateforme où les visions de chacun pourront se faire entendre. Quant à moi, je continuerai à porter une parole sincère et exigeante et à réaffirmer notre idéal à tous : une société plus entreprenante et plus inclusive à la fois.

Je ne doute pas de la victoire d’Emmanuel Macron — si chaque personne qui a envie de voter pour lui le fait réellement. Rendez-vous dimanche 😉👌🏻

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