SEAS, une start-up qui change l’air en eau

Image de Tony Hisgett

L’eau, cette denrée de plus en plus rare

Saviez-vous que 99% de l’eau présente sur terre n’est pas potable ? A eux seuls, les océans représentent déjà 97,2% du volume d’eau disponible. Et pour avoir déjà bu la tasse lors d’une petite baignade à la playa, vous avez tous remarqué qu’elle ne désaltère pas autant qu’on pourrait l’espérer. C’est un fait, il n’y a que — accrochez-vous — 0,02% d’eau potable sur terre, principalement contenue dans les lacs, les mers intérieures et les fleuves.

Entre nos modes de production, l’augmentation démographique, la pollution et les changements climatiques, l’eau douce se fait de plus en plus rare et les exploitations agricoles et industrielles sont aujourd’hui en concurrence avec nous, les êtres humains, pour les ressources en eau douce. Un équilibre précaire dans lequel 748 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau et 8 millions en meurent chaque année.

Alors que faire ? Parmi les nombreuses possibilités — qui vont de la foi en la technologie pour assurer la subsistance en eau potable jusqu’aux changements de mode de vie et de production — l’équipe Rosti vous présente SEAS, une start-up suisse basée à Riva San Vitale au Tessin, qui a développé des machines capables de transformer l’air ambiant en eau potable. Un nouvel outil capable de produire jusqu’à 10'000 litres d’eau par jour.

De l’air en bouteille

Et oui, il y a bien de l’eau dans l’atmosphère. Pas mal d’eau même. Ce potentiel d’eau atmosphérique est estimé à 13'000 km3. Ça peut paraître énorme, mais cela ne représente toujours que 0,001% de l’eau présente sur notre planète bleue. SEAS — la Société de l’Eau Aérienne Suisse — considère néanmoins que ce potentiel est largement sous-estimé.

Le défi de la start-up suisse ? Produire de l’eau potable là où il n’y a aucune source d’eau. Avec son slogan « We make drinking water where you need it », SEAS s’est engagé à supporter des organisations à but non lucratif dans leur efforts pour distribuer de l’eau potable aux populations qui manquent de ressources pour subvenir à leur besoin quotidien en eau.

Grâce à un système complexe de filtrage, de stérilisation et de minéralisation, les machines de SEAS sont capables de produire entre 2'500 et 10'000 litres par jour, tout en générant de l’énergie thermique utilisable dans les systèmes de chauffage, de ventilation ou encore d’air conditionné. Rien ne se perd, rien ne se crée, comme disait l’autre.

Comme le frigo de grand-mère

Mais comment ça fonctionne cette histoire ? Lors de l’expo universelle de Milan, l’équipe de SEAS a proposé une explication simple pour comprendre le système.

«Pensez au frigidaire de grand-mère, quand il fallait le dégivrer. On retirait la prise, la glace fondait et il commençait à “pleuvoir“ dans le frigo. Et bien nous faisons la même chose. Nous maintenons la température à 2°C, quel que soit le temps qu’il fait à l’extérieur, et l’eau que nous récoltons est filtrée, puis enrichie en minéraux. Le froid comme le chaud que nous utilisons pour ce processus est réutilisé, pour le chauffage ou pour la réfrigération».

Concrètement, ce fameux système — répondant au doux nom de AWA MODULA — est une sorte de container en trois blocs. Le 1er bloc filtre l’air ambiant et le refroidit pour condenser la vapeur d’eau présente dans l’air. Ce bloc stocke l’eau produite et dégage de l’air froid qui peut être utilisé, par exemple, pour un système de ventilation. Le deuxième bloc contient un refroidisseur qui permet cette fois d’extraire la chaleur de l’air pour l’utiliser dans un système de chauffage. Enfin, le 3ème bloc purifie et minéralise l’eau à l’aide de rayons ultraviolets et de dioxyde de titane.

La solution ?

Grâce à son système, SEAS permet de collecter plus de 50% de la vapeur d’eau disponible dans l’air et de réduire de 25% l’énergie nécessaire pour chauffer et refroidir l’eau par rapports aux installations traditionnelles. Le système demande ainsi une faible consommation d’énergie (0.28 kWh/litre), produit de l’énergie thermique et peut adapter la qualité de l’eau produite selon l’utilisation (alimentaire, agricole, sanitaire).

Alors… convaincu ? Si SEAS est devenu maître du cycle de l’eau, on peut se demander si en collectant la moitié de la vapeur d’eau dans l’air, un tel système ne contribuera-t-il pas aussi à déstabiliser le système atmosphérique et ébranler, encore et toujours, les écosystèmes déjà fortement perturbés ? On peut aussi se demander si le dioxyde de titane, classé “cancérogène possible pour l’homme“ par le CIRC, est un bon moyen de purifier l’eau ? Et si produire de l’eau avec une machine qui tourne au diesel est très durable ?

Malgré ces questions, une chose est sûre ; l’eau douce se fait rare. Dans son dernier rapport sur l’eau, l’ONU annonce une diminution de 40% des réserves d’eau douce d’ici… 15 ans. Ouais, va falloir y penser sérieusement. SEAS détient peut-être une partie de la solution. Mais cette solution s’appuie sur 0,001% de l’eau potable disponible. Une innovation des plus intéressantes et encourageantes mais qui, malheureusement, ne suffira pas seule. Il nous faut donc continuer de réfléchir et, peut-être, penser à agir différemment.

Damien Gaillet

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