Pas de Zalando en Wallonie : une tragédie ou juste un coup de pied dans l’âne ?

Pour son futur hub logistique pour la zone Benelux-France, Zalando aurait choisi de s’implanter aux Pays-Bas plutôt qu’en Wallonie. Est-ce une tragédie, ou faut-il plutôt en faire un électrochoc poussant (enfin) à retrousser les manches ?

La presse a largement fait état ces jours que Zalando aurait décidé d’installer un nouveau centre de fulfilment aux Pays-Bas plutôt qu’en Wallonie (Voir notamment l’article dans l’Echo). “Angela” (nom de code de ce dossier d’implantation) ne sera donc pas à l’affiche à Dour ;-)

Une très forte impression défaitiste se dégageait des articles de presse et reportages. La Wallonie aurait raté les 1500 emplois promis par Zalando. Et des coupables de cette « tragédie » ont été vite désignés : les syndicats, les coûts salariaux, et la législation sur le travail de nuit qui seraient répulsifs en Belgique pour les investisseurs.

Nous n’allons pas nous étendre ici sur ces aspects, qui ont été malheureusement souvent traités de façon manichéenne, alors qu’il serait judicieux d’analyser chacun en profondeur (en particulier la législation sur le travail de nuit).

Nous allons tenter de contextualiser et de voir le verre à moitié rempli plutôt qu’à moitié vide, même si cela peut paraître bien difficile quand on sort deuxième classé à un concours où il n’y a qu’un seul gagnant.

La Wallonie a dans le passé perdu de nombreux dossiers comparables, au profit souvent de la région Haut-de-France , et parfois sans même être “short-listée”. Difficile évidemment de bien cerner le dossier Zalando avec juste les quelques infos rendues publiques dans la presse et la seule petite question pointue un peu anodine qui avait été posée en direct. Une 2e place paraît toutefois plutôt honorable. Probablement le fruit d’un travail sur le long terme de professionnalisation des démarches d’accueil des investisseurs en Wallonie dans le domaine de l’e-commerce.

Voyons aussi comme retombée positive que la médiatisation de ce dossier va peut-être mettre fin aux discours politiques souvent tenus contre l’e-commerce “tueur d’emplois”. Même si, sur le fond, la prudence s’impose dans le dossier “Zalando”. Des désillusions ne sont pas à exclure: Le nombre de 1500 emplois paraît particulièrement important, à la limite de la crédibilité eu égard aux pratiques organisationnelles dans le secteur et compte tenu des centres déjà existants. Il semblerait que le chiffre inclut une proportion importante d’emplois indirects, pourtant habituellement faible. De plus, il n’est pas à exclure que les 1500 postes de travail allaient être occupés partiellement par des travailleurs détachés… et/ou par des robots… à moyen terme voire à plus court terme.

Aussi, capter cet investissement sera-t-il une aussi bonne affaire pour les Pays-Bas, en situation en plus de quasi plein emploi ?

Par contre voir que certains se consolent en estimant que le passage des camions Zalando sur nos autoroutes générera quand même des retombées financières pour nos régions grâce à…. la taxe kilométrique… paraît plutôt pathétique. Au contraire, cette installation engendrera encore potentiellement plus d’embouteillages, donc une perte sur le plan macro-économique.

Plutôt que de pleurer, voyons comment rebondir !

Le développement économique endogène (venant d’ailleurs) est une voie et il ne faut certainement pas le dédaigner. Mais plutôt que de pleurer les emplois ratés et chercher des coupables, n’essayerions-nous pas plutôt de tenter d’en générer d’autres ? En d’autre terme, ne miserions-nous pas aussi sur le développent endogène, c’est-à-dire à partir du tissu économique local ?

Les chiffres sont particulièrement peu brillants pour l’instant en ce qui concerne l’e-commerce en Belgique, surtout dans la partie francophone.

Pour l’ensemble de la province du Hainaut, où Zalando aurait pu s’installer, au dernier décompte (fin 2016), il n’y avait que 268 pure-players e-commerce. Et seulement 23 d’entre eux avaient au moins un employé ! Cela fait largement moins de 1000 employés pour toute la province (soit un taux sectoriel de moins de 0,2%).

Que faire pour développer l’écosystème e-commerce local ?

Depuis 2011, la piste de développer une mutualisation des moyens logistiques entre e-commerçants, (ainsi que d’autres outils) a été sur la table. Ne faudrait-il pas enfin sérieusement l’étudier ? Une proposition concrète a été émise à Liège pour développer progressivement un hub “e-commerce”, s’inspirant de la métropole lilloise avec son incubateur Blanchemaille.

A côté de la mise à disposition d’un environnement réellement spécialisé, il semble judicieux d’accompagner l’entrepreneur local à mieux cerner les enjeux de l’e-commerce et éviter qu’il ne s’engage sur de mauvaises pistes par méconnaissance. Le taux d’échec reste trop important.

L’objectif serait d’engendrer localement un plus grand nombre de projets de qualité. Ensemble, ils pourraient probablement créer plus que 1500 emplois, en grande partie nettement plus qualitatifs et enracinés (géographiquement et dans le temps).

Enfin, l’avantage de constituer un écosystème local plus élaboré sera aussi de multiplier les ambassadeurs de terrain susceptibles, avec des arguments bien tangibles, de convaincre ces investisseurs étrangers de les rejoindre. Car ces derniers ont plutôt tendance à ne pas faire confiance au politique et à leurs sbires. Ainsi, le plus grand atout des Pays-Bas dans cette affaire n’aurait-il pas été d’avoir un compatriote comme interlocuteur chez “Angela” ?!