Le FAQ du “journalisme de solutions”

Damien Allemand
Oct 19 · 4 min read

Parce que c’est toujours trop compliqué à expliquer en deux mots…

Depuis quelques mois, on parle de plus en plus du journalisme de solutions. C’est tant mieux. Et pourtant, depuis que Nice-Matin s’est engouffré dans cette voie en 2016 pour son offre abonnés web, on en a entendu… D’OVNI pour les plus flatteurs à “véritable négation du journalisme” pour les autres, on ne va pas se mentir: l’initiative a été loin de faire l’unanimité dans le milieu. On nous a même rit au nez…

Aujourd’hui, l’idée commence à faire son chemin dans les médias. De nombreux titres ont lancé des rubriques dédiées ou développé de nouveaux produits autour du journalisme de solutions. On a également pu voir des émissions entières, notamment sur France 3. En 2017, c’était même la grande tendance dans les médias au congrès international des journaux de la Wan-Ifra au même titre qu’un… journalisme fiable. Cette démocratisation, on la doit aux porte-paroles du journalisme de solutions en France. Je pense notamment au travail de fond mené par Gilles Vanderpooten et l’association “Reporters d’espoirs”, à Nina Fasciaux du Solutions Journalism Network, à Anne-Sophie Novel et son film “Les médias, le monde et moi”…

Malheureusement et même si on en parle de plus en plus, le journalisme de solutions restent toujours méconnu. Du grand public mais aussi des professionnels. Pourquoi? Parce que c’est une approche différente du traitement de l’information qui demande forcément beaucoup de pédagogie. Ce n’est pas juste un mot mais une démarche plus globale. Vous voyez, le concept est toujours difficile à expliquer en deux minutes. Le terme de “Solutions” n’est aussi pas forcément très clair. Et comme on multiplie les appellations pour nommer la même chose (journalisme d’impact, journalisme constructif, journalisme de réponse, etc.), ça n’aide pas.

Voilà donc des tentatives de réponses aux questions qui nous reviennent le plus souvent autour du journalisme… de solutions vu du prisme Nice-Matin.

C’est quoi le journalisme de solutions?

Les 5 w enseignés dans toutes les écoles de journalisme (Qui, Quoi, Quand, Où, Pourquoi) auxquels on ajoute une nouvelle question: Et maintenant, on fait quoi?

Ce sont des récits qui ont un début, un milieu et une fin. Du constat aux tentatives de réponses à ce problèmes. Et ces réponses sont portées, inventées, imaginées par des locaux. En schématisant cela nous donnerait le format d’article avec les ingrédients suivant:

  • c’est quoi le problème? (avec beaucoup de datas pour montrer qu’il y a vraiment un problème)
  • quelle est la proposition de réponse et qui la porte? (en incarnant cette solution)
  • comment ça marche? (en étant le plus didactique possible)
  • est-ce que ça a déjà été testé ailleurs? (en racontant les réussites et les échecs)
  • quelles sont les limites de cette solution? (car il y en a forcément)

Cette petite recette donne une éclaircie au milieu de la jungle de de l’info. Alors que les dépêches tombent toutes les deux minutes sur la plupart des sites, le journalisme de solutions prend le temps de se poser pour aborder toutes les facettes d’un problème de société. C’est aussi une réponse à ce que toutes les études lecteurs expliquent: la société décrite pas “les médias” est sombre.

Est-ce que c’est un journal de bonnes nouvelles?

Absolument pas. Et c’est la principale confusion qui tourne autour du journalisme de solutions. On a souvent tendance à le confondre avec des contenus positifs ou tendance feel good. Parler des solutions n’empêche pas d’évoquer les problèmes. C’est même le point départ de tous les contenus identifiés “solutions”. Et cela équilibre le récit.

Si la solution est incarnée par un personnage, le contenu explique sa méthode, son intention, ses résultats… Mais ce n’est pas un portrait.

Les détracteurs assimilent le journalisme de solutions à de la “comm’ positive” voire du publi-reportage. Poser, expliquer, montrer le problème permet d’éviter ce piège. Tout comme évoquer les limites de la solution proposée.

Est-ce que les solutions intéressent les lecteurs ?

“Quand ça saigne, ça baigne”. Voilà le dicton qui tourne dans les rédactions. Traduction? Pour vendre du papier, “faire du clic”, générer des abonnements… il faut du sang là à la Une d’un site ou d’un journal. Si on ne peut pas nier que les faits-divers sordides intéressent les lecteurs, les “solutions” sont de plus en plus prisées et ne sont pas un frein à la construction d’un modèle économique d’un média. Pour preuve, les chiffres de l’offre abonnés numérique de Nice-Matin.

  • augmentation de plus de 600% du nombre d’abonnés en 3 ans
  • diminution du taux d’attrition par 3
  • près de 15 millions de vues de vidéos vues sur Facebook (le top 10 des vidéos de Nice-Matin est trusté par 6 vidéos “Solutions”)
  • un temps de lecture moyen proche de 7 min (contre 2’ pour les autres articles)
  • un taux de conversion en abonnement supérieur à n’importe quelle autre verticale

Cela ne veut pas dire qu’il suffit de faire des “Solutions” pour que ça marche. Mais que si c’est bien fait, ça peut marcher.

Est-ce que cela ne concerne que l’environnement?

Non. Où alors il n’y a aucun problème au niveau de l’emploi, du logement, des transports du vivre ensemble, des inégalités…

Comment faire lorsque l’on ne trouve pas de solutions?

Ce n’est pas le journaliste qui donne des solutions. Il met juste en lumière une solution proposée. Ce sont des pépites, des signaux faibles à trouver. Et c’est un travail qui prend beaucoup de temps. Mais quand les solutions manquent, la seule parade que nous avons trouvé est d’essayer de comprendre pourquoi les solutions qui ont été testées n’ont pas fonctionné.

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Journaliste sur #LesInternets, responsable digital @Nice_matin #monjournal

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