Une esthétique oubliée
Je me demandais ce qui me satisfaisait quand je regarde des
documentaires culinaires comme “Jiro dreams of sushi”. C’est d’une part
l’attention aux détails, et puis je ressens une certaine beauté dans les
gestes simples, les moments quotidiens.
Je prends du plaisir à faire la vaisselle, sentir l’eau sur mes doigts,
donner mon attention à une cuillère, un couteau ou une assiette. Ça me
coupe de mon ennui constant, de ma recherche de divertissements. C’est
un moment de méditation, de “pleine conscience”.
Ça m’irrite quand une personne se met à la méditation à des fins
utilitaires. C’est un peu comme manger pour ne pas mourir, ou lire pour
briller en société. On passe à côté de la beauté, de la poésie du
quotidien, du simple. Ça ne se partage pas sur Instagram ou Facebook.
Parfois, ça ne se partage même pas avec des mots.
Je me souviens de moments forts, passés avec des personnes que j’aime,
dans le silence. Parfois, ils étaient tristes, il n’y avait rien à se
dire. On se tenait la main, s’embrassait, partageait une perte. Parfois,
ils étaient heureux, on sentait la chaleur des rayons du soleil, le
calme du silence, l’insouciance d’un après-midi d’été.
On a perdu notre curiosité, on n’essaye plus de se comprendre, on
cherche à se soigner. Agir, foncer, être actif, ne pas perdre de temps.
On s’agite comme des enfants, au lieu de contempler le moment,
comprendre nos émotions. Il y a un cri intérieur, celui qui ne supporte
pas le silence, le vide, celui qui pleure quand on se sent seul.
Ça me rappelle un ancien collègue, qui me disait qu’il ne supporterait
pas de passer une journée sans internet. On est tous un peu comme ça
maintenant. On peut encore éviter la casse et se couper du monde
virtuel de temps en temps.
Peut-être que la prochaine fois que vous ferez la vaisselle, vous
penserez à moi (et à vous-même, par la même occasion).
