Beam vs Grin. L’enjeu Mimblewimble

L’avis que j’exprime dans cet article n’engage que moi et ne doit pas être interprété comme un conseil d’investissement. Ceci est mon premier article. Je ne suis pas un littéraire soyez indulgents lol


Cela fait quelques semaines que les réseaux sociaux évoquent ces deux projets à toutes les sauces. L’intérêt que Beam et Grin suscitent grandis jour après jour, et pour cause, le lancement quasi simultané des deux mainnets.

Il faut dire que Beam et Grin sont des projets très attendus pour ce Q1 2019, car ils sont la première implémentation du protocole Mimblewimble. Sans rentrer dans les détails, Mimblewimble correspond à une structure particulière de blockchain permettant un anonymat par défaut tout en réduisant dramatiquement la taille de la blockchain. Ceci est une prouesse, dans la mesure ou anonymat rime habituellement avec une structure de donnée lourde (ring signatures de Monero, 0 knowledge proof pour Zcash etc…).

Pour y parvenir, le protocole Mimblewimble vient chambouler toute la structure des UTXO du Bitcoin, et on se retrouve dans une structure sans adresses et sans montants. Bluffant non?

Et cela va nous intéresser en tant qu’investisseurs cryptos dans la mesure ou on a pas à faire à des projets bas de gamme qui viennent changer quelques paramètres d’un projet déjà existant. Bref, on a affaire à des tokens qui viennent réinventer la roue, et vous me connaissez, j’adore ça...


Un effet de narration: l’importance des perceptions

Vous allez me dire que “un peu plus d’anonymat et une réduction de la taille de la blockchain ça ne va pas révolutionner le monde… surtout quand on sait que le problème de la scalabilité n’est pas résolu (Beam et Grin tourneront dans les 20 TPS)”… Et vous avez partiellement raison.

SAUF qu’il faut prendre en compte un effet très important pour le spéculateur qui est celui de la narration. Qu’est ce qu’un effet de narration? L’effet de narration, c’est quand la perception d’un évènement devient plus important que l’évènement lui même. Bien souvent, l’effet de narration détermine l’action de prix d’une crypto de manière surréaliste et démesurée par rapport aux fondamentaux de cette dernière.

Exemple: en novembre 2017, le cours du Bitcoin commence à bien grimper, et on commence à toucher du doigt ses limites en termes de scalabilité, avec des frais de transactions élevés et un pool de transactions en attente saturé. A ce moment là, tout le monde panique par rapport à l’avenir d’un Bitcoin privé d’une adoption à grande échelle. Et qui vient pointer son nez de manière opportune? Raiblocks, avec ses promesses de scalabilité infinie et 0 frais de transactions. Des transactions instantanées et gratuites. Que demande le peuple? Et l’effet de narration est lancé: “Raiblocks, un nouveau Bitcoin scalable et gratuit”. Et le cours va passer de quelques centimes à plus de 30$ en quelques semaines.

Et on retrouve tout un tas de narration comme celle-ci qui viennent guider le cours des cryptos en fonction du contexte et du timing. En voici quelques unes en vrac:

  • Les coins à haute scalabilité
  • Les plateformes: ces cryptos 2.0 qui viennent changer le monde avec leurs DAPPS
  • Les stable coin en 2018 (d’ou mon intérêt prononcé pour Haven depuis quelques mois).
  • Les coins POW à distribution équitable sur Tradeogre (Raven, Tube …)
  • Les coins POS et les masternodes
  • Les DAG
  • etc..

Mais il y a une narration qui manque (peut être la plus importante) et qui risque de chambouler toute la scène crypto une fois le moment venu. Je parle des thématiques de l’anonymat et de la vie privée. Certes, on a déjà Monero et Zcash qui occupent des places de choix sur CMC. Mais le thème de l’anonymat est loin d’occuper la place qu’il mérite, et il y a fort à parier que la première place de CMC sera occupé par un coin anonyme d’ici quelques années.

Cette supposition est partagée par un très grand nombre de crypto-enthousiastes et d’OG. Je veux dire qu’on est nombreux à s’y attendre, et quand il y a de l’attente, il y a de la spéculation.

Pourquoi la narration de l’anonymat n’a pas fonctionné jusqu’à maintenant ?

  • Parce que les gens ne se soucient de leur vie privée que lorsqu’ils sont sur le point de se la faire arracher.
  • Parce que les techniques développées jusqu’alors par les coin anonymes sont lourdes et peu scalables.

Bref, les gens attendent mieux que ce qui existe déjà en terme de technologie d’anonymat (et peut être aussi une bonne vieille intrusion du fisc liant leurs transactions BTC avec leur IP) avant de FOMO.

Et c’est là que les projets Beam et Grin interviennent. Les deux projets sont les deux premières implémentations du Protocole Mimblewimble. Ce sont des coins POW et on a pas d’ICO. Les deux sont opensource. Ce sont les seuls points communs.

Ce qui nous intéresse le plus en tant qu’investisseurs, c’est que ces deux projets peuvent être perçus comme deux sérieux concurrents pour le déclenchement d’un cycle basé sur les coin anonymes. On a des coin qui réinventent la roue, et qui peuvent bénéficier d’un effet de narration énorme. Autrement dit, on à peut être face à nous l’investissement de l’année. Autant bien choisir son poulain.

Beam vs Grin

D’un point de vue fondamental, mon analyse se découpe en 2 questions:

  • Lequel des deux projets à le plus de potentiel narratif ?
  • Quel pression à la baisse liée à l’inflation?

Cette dernière question est peut être la plus importante à poser lorsqu’on aborde des coin POW qui viennent juste d’être lancés.

Côté narration, il faut savoir que l’excitation autour de ces deux projets n’est pas sans rapport avec la genèse mystérieuse du protocole Mimblewimble, rappelant celle du Bitcoin quelques années auparavant. Sauf que cette fois, Satoshi Nakamoto devient Tom Elvis Jedusor, un mystérieux internaute ayant posté un lien vers le whitepaper du Mimblewimble sur un chat de core développeurs du Bitcoin avant de disparaître. C’était en octobre 2016.

Mi novembre 2016, un nouvel inconnu débarque sur le chat sous le nom de Ignotus Peverell (autre référence à Harry Potter). Ce dernier va poster un lien Github vers un projet cherchant à implémenter Mimblewimble, et ce projet est aujourd’hui connu sous le nom de GRIN. Depuis, plusieurs développeurs anonymes, dont des core devs du Bitcoin, ont contribué à l’avancement de ce projet de manière bénévole, et GRIN s’apprête à lancer son mainnet le 15 janvier prochain.

Avec Grin, on à donc deux ans et demie de développement sans marketing, pas de team connue, pas d’ICO, pas de dev fee, pas de premine. Une crypto POW équitable et sans point central d’échec.

Bref, GRIN est la prolongation naturelle du mystérieux protocole Mimblewimble. La genèse de ce projet est toute aussi mythique, et il n’est pas étonnant de voir les Bitcoinistes se tourner vers GRIN. Les gens aujourd’hui souhaitent miser sur des cryptos équitables et sans point central d’échec. Et c’est ce que GRIN propose. De ce fait, ce projet à un potentiel de narration énorme, se basant à la fois sur une genèse mystérieuse, l’aspect anonyme, et le côté “nouveau Bitcoin” que les masses voudront découvrir avant les autres.

Et Beam dans tout ça?

Beam est un projet dont la genèse remonte à mi 2018. Mis à part l’implémentation de Mimblewimble, Beam n’a rien à voir avec Grin. L’idéologie derrière ce projet est complètement différente, de la politique monétaire à la stratégie d’adoption en passant par la maintenance du projet.

Concernant la politique monétaire, Beam adopte une politique déflationniste avec une total supply plafonnée à 263 millions de coin. Cette démarche, largement inspirée par celle du Bitcoin, inscrit Beam dans le camp des cryptos cherchant à devenir une réserve de valeur avant tout. Les développeurs de Grin, de leur côté, ont choisis une inflation linéaire et une offre totale infinie, privilégiant la fonction d’échange sur la réserve de valeur. Grin a été designé pour être une crypto durable, venant décourager les spéculateurs cherchant à réaliser du profit rapidement. Ce choix ne doit pas échapper à l’investisseur que vous êtes. Quel dommage de gâcher un pouvoir de narration aussi fort par une politique inflationniste! Nous allons y revenir plus en détail plus loin.

Si Grin déçois sur la politique monétaire, Beam me déçois personnellement sur d’autres choses. La première interaction que l’on a avec Beam se fait sur un site web bien polis et travaillé. Beaucoup d’énergie à été déployé en terme d’interface utilisateur, que ce soit sur le site internet ou pour le wallet GUI. Pour infos, le site de Grin est composé d’une page, et seul un wallet CLI est disponible pour l’instant (command line interface). L’onglet “team” arbore toute une poignée de développeurs avec leur lien Linkedin, un CEO (Alerxander Zaidelson), et tout un tas d’advisors. En passant, le thème de l’espace et le cliché de la fusée sont utilisés sans restrictions.

Outre le site web, les ressources foisonnent à propos du projet sur Medium, avec une quinzaine d’articles publiés en quelques mois. L’équipe sur twitter est également très active et répond à la moindre mention dans la langue souhaitée.

Bref, l’équipe est très active et travaille sans relâche pour atteindre les masses. La communication est réussie, ce qui fait qu’aujourd’hui, Beam bénéficie d’une bien meilleure couverture sur les réseaux que Grin.

Quel potentiel de narration pour beam? En termes de perceptions (et c’est ce qui nous intéresse le plus en tant qu’investisseur), l’approche beaucoup plus corporate et lisse de Beam peut être interprétée de deux manières en fonction de l’investisseur:

  • L’investisseur novice va voir cela comme le signe que Beam est un projet ambitieux qui se donne les moyens de ce qu’il souhaite accomplir.
  • L’investisseur plus expérimenté va voir la démarche de Beam comme étant un “tape à l’oeil” destinée à attirer l’investisseur novice.

En effet, on peut percevoir la démarche de Beam comme étant beaucoup plus lucrative que celle de Grin. Ayant horreur des publicités, j’ai ici l’impression qu’on cherche à me vendre un produit. Même si Beam n’est pas une ICO, le site web et la manière de présenter le projet rappellent fortement ceux des token ERC20, qui fleurissaient quotidiennement mi 2017, et qui cherchaient à surfer sur un buzzord pour faire du profit rapidement (smart contrat, DAG, privacy, masternode … Mimblewimble?). Bref, Beam est un projet qui adopte un protocole vraiment singulier, mais qui s’inscrit esthétiquement dans la veine de toutes les cryptos gérées activement par une team centralisée ( autrement dit, un point central d’échec), et cherchant des retours importants sur investissement.

Cette analyse, certes, est purement subjective et fait appel au ressentis individuel. Mais l’effet de narration se compose justement de l’agrégation des ressentis individuels, un peu à l’image du sentiment de marché. Une cryptomonnaie gérée de manière centrale par une team ne pourra jamais être considéré comme le prochain Bitcoin, et c’est en ce sens que Beam vient gaspiller en quelques sortes le potentiel de narration conféré par la genèse mystérieuse du protocole Mimblewimble.

Il faut savoir aussi que la sphère crypto est de plus en plus sensible au caractère équitable des projets. Ce sont d’ailleurs ceux qui prévoient une égalité des chances totale lors de la distribution qui génèrent le plus de profit (ex: distribution par faucet pour Raiblocks ou POW sans premine ou dev fee pour le Bitcoin). A cet égard, Grin renforce son avantage narratif sur Beam avec un lancement sans aucun premine et sans dev fee. Du POW pur.

Beam de son côté, prévoie l’existence d’une trésorerie qui sera en charge de la maintenance du projet et de la rémunération des développeurs.

Pendant les 5 premières années, les block rewards seront partagés entre les mineurs et la trésorerie, soit une taxe de 20% sur l’émission des nouveaux Beam! Parmi ces 20%, 45% seront distribués à la team, 20% à la fondation en charge de la maintenance du projet et du marketing et 35% pour…les investisseurs initiaux. En effet, la team à fait appel à des fonds privés d’investisseurs pour lancer le projet, et ces investisseurs seront rémunérés pendant 5 ans grâce aux blocs rewards. J’appelle ça une ICO privée…

Pour un block reward de 100 beam, on en aura donc 7 pour les investisseurs privés, 9 pour les développeurs et 4 pour la fondation. Ces dividendes seront distribuées à échéance mensuelle, pendant 5 ans. Un dev fee de 20%, ça commence à faire beaucoup et cela vient entacher directement le potentiel narratif de Beam. On à une crypto-monnaie peu équitable, centralisée par une team bien distincte, et qui cherche à se vendre par un marketing agressif qui n’échappera pas aux connaisseurs.

En bref, Grin est largement supérieur à Beam s’agissant du potentiel narratif. Grin a su utiliser la genèse du protocole Mimblewimble comme un levier, au point d’attirer l’attention des Bitcoinistes et des investisseurs les plus intransigeants sur les notions de décentralisation et de distribution équitable.

Parlons inflation

Passons maintenant à la seconde question: qu’en est-il de l’inflation? Grin à choisis une inflation linéaire avec une total supply non plafonnée tandis que Beam à choisis un modèle déflationniste similaire au Bitcoin. Question investissement, notre première intuition nous pousse à opter pour le modèle déflationniste de Beam, parce que la pression à la baisse du prix ne sera pas éternelle contrairement au modèle inflationniste de Grin. Dans les paragraphes suivants, je vous explique pourquoi je choisis sans hésiter l’option inflationniste.

Dès lors qu’on parle d’inflation, il faut parler timing, et durée de l’investissement. En effet, Beam à prévu un modèle d’émission s’étalant sur 133 ans. Certes, 90% des tokens seront émis dans les 13 premières années. Mais prévoyez vous de hold pendant 13 ans? Personnellement, je réalise mes investissements en cryptos sur une échelle temporelle allant de quelques mois à 2 ans pour les projets vraiment solides sur le plan de l’analyse fondamentale. Ce milieu évolue très vite, et de nombreuses opportunités peuvent être saisies. Il ne faut pas perdre son temps à Hold indéfiniment des projets qui ont du mal à faire leurs preuves.

Nous allons prendre nos calculatrices et rentrer dans les métriques de ces deux projets:

Beam:

  • Total supply: 262,8 millions de Beam
  • Blocktime : 1 min
  • Block reward: 100 Beam / block la première années, 50 Beam/ block entre les années 2 et 5, 25 Beam / block entre les années 6 et 10…

Grin:

  • Total supply: infinie
  • Blocktime: 1 min
  • Block reward: 60 Grin / block (1 par seconde)

Ci dessous, j’ai modélisé les courbes d’émissions des deux projets côte à côte (en rouge Grin, en bleu Beam).

x= nombre de jours; y= nombre de tokens (/1000, j’ai chibré mon échelle..)

S’agissant de l’inflation, on constate effectivement que sur le très long terme la pression à la baisse disparait pour Beam, alors que celle de Grin est continuelle.

Cependant, le temps d’investissement qui m’intéresse pour ce genre de projet est de 2 ans. Passé ce délais, on sera déjà fixé sur le succès ou non de Mimblewimble, et d’autres technologies cryptographiques plus efficaces seront peut être déjà présentes. Bref, le projet aura eu le temps de connaître son momentum et son effet de narration.

Or on constate que sur les 2 premières années (730 jours), l’inflation est beaucoup plus forte pour Beam que pour Grin, malgré le premier halving. En effet, au jour 730, on compte près de 78,8 millions de Beam en circulation contre 63 millions pour Grin. La différence est encore plus frappante au bout d’un an seulement. Au jour 365, on compte plus de 52,5 millions de Beam en circulation contre 31,5 millions de Grin seulement! Soit une pression à la baisse de plus de 20 millions de token supplémentaire avec Bean si vous ne comptez hold que 1 an.

En réalité, l’argument déflationniste de Beam ne tient que si vous souhaitez hold plus de 5 ans. Au bout de 5 années, les deux projets compteront exactement le même nombre de tokens en circulation. Puis la tendance s’inversera et la pression inflationniste sera de nouveau plus forte chez Grin que chez Beam. Mais serez vous capable de hold plus de 5 ans un tel token?


Vous avez maintenant mon avis sur Beam et Grin. Je pense que Grin est le projet qui connaîtra le plus de succès. Cela dit, je vous engage à être patient avant d’acheter (six mois pour ma part), car l’inflation reste importante pour les deux projets dans les premiers mois. Si vous avez aimé cet article, vous pouvez me suivre sur twitter :

C’était sisyphe, ciao.