De la situation de la France à la veille des élections législatives 2017
Il y a une chose qui me gêne en politique, c’est le culte du chef, les œillères que donnent le militantisme, les gens qui s’énamourent d’un leader, qui en perdent presque leur libre-arbitre.
Ce type de comportement me fait peur pour bien des raisons.
Parfois (souvent ?) quand j’entends les gens qui supportent un politicien, j’y vois les mêmes fonctionnements psychologiques que les fans d’une équipe de sport : des sentiments extrêmes, irrationnels, qui sont de l’ordre du culte, limite sectaires. C’est acceptable dans le cadre d’un match (tant que ça ne descend pas dans la violence), ça ne l’est nullement ailleurs, et surtout pas en politique.
C’est pour cela qu’en matière d’élections (rappelez-vous, faire son devoir de citoyen ce n’est pas seulement mettre un bulletin dans une urne pour donner plus de pouvoir à un autre que soi — mais c’est aussi ça, surtout ce week-end), je suis habituellement plutôt partisan du “votez bien, votez rien.” Et s’il faut vraiment voter, je trouve presque plus sain de voter contre quelqu’un plutôt que pour quelqu’un.
Mais cette année, c’est différent.
Cette année, Macron est surgit de “nulle part” (les guillemets ici soulignent l’ironie), et il a réussi à se faufiler jusqu’à l’Élysée dans les conditions que l’on sait.
Et, honnêtement, l’engouement que je vois pour lui m’inquiète grandement, me terrifie presque.
Vraiment, je ne comprends pas les gens qui le supportent, qui en sont “fans” (oui, il s’agit vraiment de fans, comme on est fan du PSG ou de Julien Doré).
Je comprends qu’on vote FN, je suis en total désaccord, mais je comprends exactement le cheminement qui peut vous emmener à le faire. Je comprends même qu’à l’élection présidentielle tant de gens ont voté pour Fillon malgré toutes les casseroles qu’il se traîne. Une fois de plus, je désapprouve, mais je comprends.
Par contre, je ne comprends pas qu’on puisse être un citoyen “normal” (pas un millionnaire, quoi) et qu’on puisse rouler pour Macron.
J’ai essayé de comprendre. J’ai essayé de parler avec les gens de mes connaissances qui se sont convertis à lui. Je n’ai reçu qu’au mieux des réponses évasives, au pire des attaques contre mon “camp” (personnellement, je ne considère pas avoir de camp, je vous le dis, le côté sectaire du militantisme me gêne plus que grandement).
La seule réponse recevable que j’ai obtenue était sa “nouveauté” (on y revient, mais si vous vous êtes un peu renseignés, vous savez qu’elle n’est qu’une façade cette nouveauté).
Personnellement, ça ne me suffit pas.
Donc voila, je ne comprends pas. Encore moins quand il s’agit de gens éduqués, intelligents, plutôt humanistes, voire de gauche.
Certes, en faisant des efforts, avant l’élection présidentielle, si on ne s’est pas trop renseigné sur l’individu, j’arrive à comprendre un peu qu’il séduise (mais ce n’est pas une excuse, ne pas se renseigner sur les intentions de la personne que l’on veut élire comme son monarque pendant quelques années).
Mais là, ça y est, il est Président, il n’y a plus besoin de se renseigner, il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles pour connaître ses intentions.
La donne est simple, les deux grands projets actuels sont de détruire le code du travail et de faire entrer l’état d’urgence dans le droit commun.
Comment qui que ce soit peut-il être en faveur de ces deux choses aussi iniques l’une que l’autre ? Deux choses qui vont à l’encontre de ce que la France représente, de ce que la France est ?
Macron montre ici clairement ses vraies couleurs au cas vous aviez encore des doutes (je n’aime pas faire la leçon a posteriori, mais si vous vous étiez renseignés avant de l’élire, ses vraies couleurs n’étaient pas difficiles à voir, quoique pour l’état d’urgence, c’est un joli coup de pute).
Et ce dimanche, allez-vous voter pour lui permettre de faire ça ? Et plus encore ? Mais quel sera le pays qu’il nous laissera dans cinq ans ? Vous ne pensez pas que Sarkozy et Hollande ont assez fait de mal comme ça ? Vous voulez encore pire ?
Donc, je vais faire une chose que je ne fais jamais, que j’espère ne plus avoir à faire dans le futur, c’est :
1. De vous appeler à voter ce dimanche. Ne vous abstenez pas.
2. De ne surtout pas voter pour un candidat du parti de Macron.
3. Je vais plus loin, et je sais que c’est là que certains vont avoir du mal à me suivre, je vais vous appeler pour voter pour France Insoumise !
Non, ne partez pas, si vous avez lu jusqu’ici, ce serait bête de ne pas continuer.
Je sais, j’ai compris, jamais vous ne voterez pour Mélenchon, vous le détestez pour tout un tas de raisons.
Mais soyons honnêtes, ces raisons proviennent souvent de ce que vous en ont dit les médias. Or, si cela vous échappe encore la majorité des medias aujourd’hui appartiennent à des milliardaires, et ceux-ci roulent pour leur poulain — ou plutôt, c’est lui qui roule pour eux — donc pour Macron. Et depuis plusieurs mois tous les journaux et chaînes de télé qu’ils possèdent sont devenus tant d’instruments de propagande en faveur de Macron et contre le seul qui puisse lui tenir tête : Mélenchon.
(Voyez ce que Bolloré a fait de Canal Plus. Voyez ce que deviennent tous les grands hebdomadaires qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer — quand on ne sait plus si un article vient de l’Obs ou du Point, c’est qu’il y a un problème)
Mais vous détestez Mélenchon.
Oui, et alors ?
Vous avez raté tout ce dont je parlais au-dessus à propos de ma méfiance du phénomène de “fan” en politique ? Non.
Là, c’est pareil. Je ne vous demande pas de devenir fan du mec, encore moins militant.
Je vous demande de vous poser, de comparer son programme et celui de Macron, et de vous demander honnêtement lequel des deux est préférable pour la France, pour les Français, pour votre entourage, pour votre famille, pour vous.
Je ne vous demande pas d’aimer Mélenchon, et de toutes façons, sauf si vous êtes à Marseille, ce n’est pas pour lui que vous voterez.
Peut-être trouvez-vous son programme séduisant, mais irréaliste. Soyons pragmatique deux secondes. Mélenchon n’a pas été élu. Je ne me fais pas d’illusion, même si je le souhaiterais, je sais qu’il n’aura pas de majorité à l’Assemblée Nationale. Bref, son programme, il ne pourra pas l’appliquer. C’est rapé.
Le but ici est simple : empêcher Macron d’avoir une trop grande majorité. Avoir à l’Assemblée Nationale et en France une opposition digne de ce nom.
Je vois les sondages et les projections sur le résultat des élections et je ne comprends pas. Macron pourrait avoir jusqu’à 70% des sièges à l’Assemblée.
Est-ce cela que vous voulez ?
Une Assemblée unicolore avec un parti au pouvoir que rien ni personne ne peut contrer ?
Est-ce une France où l’Etat d’Urgence devient la norme dont vous voulez ?
Une France où les employés n’ont plus aucun droit dont vous voulez ?
Concernant le droit du travail, j’ai l’impression que certains (les éditorialistes, toujours les mêmes depuis 30 ans, bien installés dans leurs chaises) vous vendent de drôles d’illusions sur la chose.
Des droits du travail ressemblant à ceux que Macron souhaite, il en existe de par le monde : aux US, à Hong Kong, au Japon, au Royaume Uni aussi je pense (je connais moins bien), dans bien d’autres pays. Tous ces pays qui envient le notre car chez nous, un patron ne peut pas faire ce qu’il veut comme il veut de ses employés. Tous ces pays où les employés ont un droit : fermer leur gueule et obéir, ou bien prendre la porte.
Comment qui que ce soit peut souhaiter cela ?
Pour l’État d’Urgence, dois-je vraiment expliquer pourquoi l’inscrire au droit commun est extrêmement dangereux ?
En mai dernier, vous avez fait barrage au Front National.
Pourquoi ? Est-ce juste le mot “Front National” qui vous fait peur, ou bien est-ce ses idées, ce qu’il propose, sa vision de la France et du monde ?
Mettre la France sur la voie du totalitarisme est-il acceptable tant que ce n’est pas le Front National qui le fait ?
Sarkozy, Fillon, Hollande, Valls ont déjà commencé à prendre cette voie. Vous les avez sanctionné pour cela. Est-ce pour permettre à leurs successeurs d’aller encore plus loin dans cette direction ?
Et si en moins d’un mois au pouvoir, le gouvernement actuel nous a déjà préparé ces deux projets extrêmement néfastes et dangereux pour les Français, je vous laisse imaginer ce qu’ils ont en tête pour les 4 ans et 11 mois qu’il leur reste.
Donc oui, ce dimanche votez ! Contre le gouvernement ! Pour une vraie opposition, de gauche, la vraie gauche, la seule gauche qu’il reste en France. Il n’est nullement question de faire allégiance à qui que ce soit, il est juste question de permettre d’avoir une opposition face aux excès présents et futurs du gouvernement actuel.
Et n’oubliez pas non plus qu’être un citoyen ce n’est pas juste voter une fois de temps en temps. Ne cessez pas de l’être. C’est tout con, mais faites le bien autour de vous. Gardez votre colère pour l’utiliser contre le gouvernement quand celui-ci n’oeuvre pas pour ses citoyens, ne l’utilisez pas les uns contre les autres.
Ne vous laissez pas aller ni au cynisme, ni à l’apathie. Oeuvrez pour les autres, mais aussi résistez, rebellez-vous contre le pouvoir quand celui-ci n’oeuvre pas pour le bien commun.
Pour moi la France, c’est trois choses : la Liberté, l’Égalité et la Fraternité.
Notre pays à beaucoup de défauts, mais putain, on a une chouette devise, la meilleure que je connaisse.
Sauf que les trois sont peu à peu en train de disparaitre de notre pays. Ne laissez pas cela arriver. Faites ce que vous pouvez pour les préserver et n’accepter aucun dirigeant, aucun pouvoir, aucun chef qui veuille mettre à mal ces trois idées qui font la grandeur et la beauté de notre nation.
Merci pour votre attention. Maintenant, place à la réflexion, la vôtre.