Colloque sur l’intersectionnalité à Créteil : recherche scientifique ou militantisme idéologique ?

Dans une récente tribune sur le Plus du Nouvelobs Eric Fassin revient sur les polémiques liées aux tentatives d’annulation d’un colloque sur l’intersectionnalité. Les grands mots sont mobilisés : menaces sur la recherche scientifique, antidote au populisme. On en a vu le résultat avec l’élection de Trump dans le pays dans lequel ce concept est né et se développe.

Tout d’abord il est tout à fait légitime de s’interroger sur le fait que l’université, qui n’est pas ouverte à n’importe quel colloque, soit le théâtre d’une farce car en réalité il ne s’agit pas d’un colloque mais d’un procès de l’école publique républicaine et de la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école et tout ça parrainé par l’Académie de Créteil avant la mobilisation qui ne venait pas que de l’extrême droite. Ensuite on a le droit de s’interroger sur le caractère scientifique de ce « colloque » où tout le monde paraît être d’accord. Diane-Sophie Girin explique tranquillement que l’enseignement privé musulman en France est la conséquence de la fabrication d’un « problème musulman » à l’école publique. Outre l’essentialisme de cette affirmation, qui suppose que seuls les chrétiens et les juifs seraient communautaristes et/ou intégristes pour créer des écoles religieuses mais pas les musulmans si on utilisait ses propres procédés « scientifiques », on pourrait au contraire expliquer que le système français est beaucoup plus inclusif que le britannique ou les écoles musulmanes sont bien plus nombreuses nonobstant une communauté musulmane moins nombreuse qu’en France.

Ensuite l’intervention de Marwan Mohamed spécialiste des théories à partir d’un fait divers, et qui avait confondu Cologne à Francfort dans un attaque ridicule à Kamel Daoud avant de supprimer son tweet, sa proximité avec le CCIF qui a défendu une école musulmane crée illégalement à Toulouse pour fuir la « banalisation de l’homosexualité » et les études de genres de l’école publique montre que les motivations du développement de l’enseignement privé musulman sont bien plus complexes.

Mais là où ça devient encore plus légitime c’est quand Fassin regrette l’annulation de la formation à l’intersectionnnalité proposé aux enseignants dans le cadre de ce colloque (bientôt une formation obligatoire ?). Il est tout à fait légitime de demander l’annulation d’une formation basée sur des théories contestées et qui n’ont jamais été prouvées scientifiquement. Pourquoi les enseignants devraient-ils être formés à des théories qui n’ont strictement rien de scientifique mais tout d’idéologique, visant à leur expliquer que la loi de 2004 qu’ils sont censés appliquer est islamophobe et responsables de tous les maux ? Leur dire qu’ils sont islamophobes mais qu’ils ne s’en rendent pas compte, comme suggère une intervenante du colloque ? Pour mieux les culpabiliser face à des élèves musulmans qui peuvent parfois avoir des comportements antisémites ou sexistes ou homophobes et donc réagir avec moins de fermeté voire pas du tout ?

C’est d’ailleurs une des conséquences des théories, pas du tout scientifiques, de Nacira Guénif qui explique très doctement que « espèce de juif mes excuses » n’est pas une expression antisémite, ou que les ABCD sont trop culpabilisants dès qu’elle a vu que certains musulmans n’en voulaient pas. D’ailleurs s’il est vrai qu’elle n’était pas intervenante, elle est en revanche dans le comité « scientifique » de ce colloque, pourquoi donc Eric Fassin s’obstine à nier sa proximité avec le PIR qu’elle soutient constamment et alors même qu’elle a participé à l’anniversaire des dix ans de ce mouvement ?

Nacira Guénif, deuxième à gauche derrière le drapeaux de la Palestine aux dix ans du PIR

Il est en outre stupéfiant de voir Laurence De Cock, grand soutien de ce colloque, s’étonner que les jeunes de Nuit Debout pensaient que la seule solution pour fuir les dominations et « persécutions » de l’école républicaine était le privée ou le Homeschooling. Quel genre de réaction peut-on s’attendre à avoir quand on explique à longueur de journée que l’Etat, et donc l’école, sont intrinsèquement racistes et islamophobes (tout en restant bien sûr fonctionnaire d’Etat, la « résistance » à des limites quand même) ? Tous ces sociologues qui confondent sociologie et militantisme, qui n’ont pas digéré d’avoir perdu la bataille de la loi de 2004 dans les urnes et qui essaient de la délégitimer sous couvert de recherche scientifique et formation sont parmi les fossoyeurs de l’école publique.