Pourquoi je n’irai pas voter…
Quitte à changer d’avis dans cinq minutes
La gauche est morte en 83 et encore n’avait-elle pas bien vécue la décennie précédente. L’électeur dit progressiste attend depuis un signe de réveil, un battement de paupière, mais ne perçoit rien d’autre que le ronron repu des baronnets locaux, des sinistres ministres encravatés et auto-reproducteurs. La politique est un onanisme électoral.
J’ai voté Jospin et nous avons eu Chirac. J’ai voté Taubira et nous avons eu Chirac (et Le Pen). J’ai voté Chirac, emporté par la crainte de voir l’extrême-droite voler le pain de nos habituelles crapules, et nous avons eu Chirac. Et Sarkozy… L’électorat de gauche aura réussi cette prouesse : se mobiliser massivement pour un type de droite qui finira par nommer un type plus à droite que lui à un poste clef de son gouvernement — et préempter l’élection présidentielle qui suivra. J’ai voté Hollande et nous avons eu Hollande.
J’ai voté pour les écolos… Quand les ultra-libéraux firent payer le contribuable pour sauver les banques qui avaient contribué à ruiner le contribuable, les ultra-libéraux furent assez aisément réélus. Quand la planète étouffe et suffoque de la surproduction mondiale et des pollutions afférentes, de la course au profit et du réchauffement climatique (qui n’est pas dû qu’aux flatulences de nos vaches), les écolos sombrent… Désolé d’y voir une forme plutôt inquiétante d’incompétence.
Quand les “socialistes” nous enjoignent de préférer leur incompétence technique et leur néant idéologique au fascisme du Front National, comme ils nous enjoignent de préférer leur “démocratie” au terrorisme, j’entends… Moi aussi, j’ai peur. Mais je refuse finalement de me laisser guider par cette peur.
Quand les “républicains” nous proposent une version light et notabilisée du programme de leurs concurrents extrêmes, je ne vois pas la cravate, mais le fusil sur lequel elle est nouée.
Quand le “peuple”, riche ou pauvre, laïque ou fanatisé, limité ou militant (le ou n’est pas exclusif) me jauge, me juge, m’évalue à l’aune de mes actions pétitionnaires, de mes manifestations manifestement en faveur de la liberté d’expression, de mes actions activement en faveur de la défense de “notre” mode de vie, de ma capacité à entonner la Marseillaise a cappella, de mes discours contrits sur la défense de la République, de la Nation et de l’Etat, et que le “peuple”, riche ou pauvre, s’apprête à vomir son ignorance ou sa haine dans l’urne de la République, de la Nation et de l’Etat, je m’estime doublement cocu. Vous avez échoué à me faire marcher au sens propre et vous voulez maintenant me faire marcher au sens figuré !
Alors non, je ne me laisserai guider ni par la peur, ni par les injonctions comminatoires ; je n’irai pas voter. Je vous souhaite une agréable mandature régionale. Je vous laisse la France et je garde bien au chaud l’idée que je m’en fais. Nous vivons peut-être dans le même pays, mais nous ne sommes décidément pas du même monde.