Barack Obama et le rappel du sens de la fonction présidentielle

Hier, dans les rues de New York, Barack Obama recevait un accueil attestant d’une extrême popularité.
Aux Etats-Unis, une présidentielle, c’est d’abord le choix de la personnalité du candidat. Son tempérament. Son histoire. Etre davantage que promettre. Ces dernières années, Obama était d’abord le héros moderne multiracial qui fascine par le glamour qui en résulte.

Barack Obama a su écrire avec talent le calendrier de sa présidence.
A cette fin, il faut :
· un premier et un dernier jours,
· un premier et un dernier messages,
· une première et une dernière images.
Toutes ces étapes ont été réussies avec un talent considérable et tout particulièrement les derniers messages.
Le premier jour pour Barack Obama a été sa déclaration officielle de candidature sur la base de celui «qui se lève tôt» c’est-à-dire qui sait qu’il est peu connu et qu’il lui faudra donc du temps pour gagner la notoriété nécessaire. Il est donc parti avant les autres dès début 2007 pour la campagne de novembre 2008.
Son premier message a été celui du changement.
Sa première image a été celle de la nouveauté : la première candidature d’un Sénateur métissé ne s’engageant pas pour une candidature de témoignage mais défendant sa chance réelle de victoire.
Son dernier message a été celui de la sagesse : le président aux cheveux noirs et blancs qui a conscience du chemin parcouru collectivement. Et il rappelle l’immensité des étapes franchies comme pour sa campagne de 2007. Une immensité d’autant plus grande qu’il fallait alors compter avec la concurrence d’une ex-First Lady et le «passif» d’une expérience limitée à l’exercice d’un mandat de Sénateur pendant … 3 ans. Et pourtant, le chemin de la victoire s’est ouvert.
Il s’est ouvert parce que la campagne présidentielle Américaine est marquée par deux caractéristiques :
· une rencontre avec le peuple,
· dans une ambiance optimiste marquée par le changement possible.
Une présidentielle Américaine, c’est en effet d’abord un voyage dans l’Amérique profonde pour rencontrer les citoyens dans un contact direct, physique, charnel. Lors de la présidentielle, le citoyen devient un acteur très impliqué dans le processus de décision. Dans ce contexte, intervient un second volet qui est celui du changement. Chaque présidentielle se joue sur ce thème depuis le «New Deal» de Roosevelt à «América is back» de Reagan en passant par la «Nouvelle frontière» de Kennedy ou la moins célèbre «Grande Société» de Johnson. La présidentielle est le révélateur et l’accélérateur du changement : le “nouveau matin” qui sera celui de l’après élection. Obama a été capable de faire vivre ce “nouveau matin” en douceur tout en conduisant un changement profond face aux échecs des années Bush. La rupture a été considérable mais sans exploitation ostentatoire de nature à porter violence à l’opinion y compris au camp des Républicains. C’est la grande différence avec l’entrée en fonction de Donald Trump.
Traditionnellement, les Américains votent pour une destinée, pour un spectacle, pour un gagnant.
La destinée, c’est l’assurance que le rêve est possible pour chacun.
Le spectacle, c’est le morceau d‘Histoire raconté par un cursus et par le sens perçu de la campagne.

Le gagnant, c’est celui qui devient d’abord le maître du temps de la campagne, qui pousse l’autre à la faute, qui réagit plus vite, qui incarne l’énergie qui doit donner demain une espérance pour chacun. Sous cet angle, chaque élection est d’abord un rendez-vous entre les Américains eux-mêmes bien au-delà des candidats. C’est le vrai choc actuel dans l’exercice de la présidence de Donald Trump : comment accepter ce visage que les Américains donnent d’eux-mêmes ? Ce fut la force permanente de Barack Obama : incarner le vrai sens de la fonction présidentielle comme exemple de la destinée collective. C’est probablement la faiblesse essentielle de l’actuelle présidence Trump : la destinée collective fait défaut.
Denis Bonzy
