La crise de la vingtaine

“Elle se cherche toujours…”, phrase anodine lancée au détour d’une conversation. Rien de plus banale mais j’ai la sensation d’avoir été percutée de plein fouet. Mon interlocuteur poursuit son discours sans se rendre compte qu’il vient de me donner une claque magistrale. J’ai l’impression que c’est une phrase récurrente ces derniers temps. A croire que nous sommes tous atteints de la crise de la vingtaine.

Il me semble que l’heure est à l’angoisse ou est-ce tout simplement une prise de conscience collective? Il faut désormais gagner sa vie, s’assumer, couper le cordon avec les parents…Bref, commencer la vie d’adulte. Les étapes s’enchaînent…Etudiant mais bientôt employé. Première expérience et l’effroyable constat: on a passé trois ans de sa vie à étudier pour un métier qu’on a idéalisé et qui au final ne nous convient pas.

Et puis il y a ceux qui sont en couple et sur le point de se marier. D’autres insouciants et pourtant bientôt parents. De quoi perdre pied…Surtout face à la panique et la remise en question. Et la réalisation que le temps file à toute allure. Apparemment ce malaise aurait un nom, on évoque la “crise du quart de vie”. Il s’annonce par le biais d’une “révélation”, la compréhension que la vie d’adulte ne se déroule pas en ligne droite.

Exit donc les scenarios clichés qu’on nous avait promis: l’obtention du diplôme, le premier emploi, mariage, enfant et puis retraite. De nos jours, on peut avoir un enfant sans être marié, être dans une relation pendant plusieurs années et réaliser que ce n’est pas la bonne, décrocher un boulot avant d’entreprendre des études, entamé des études après avoir travaillé pendant plusieurs années. Bref, tous les scénarios sont possibles.

La perte d’illusions chamboule tout…Les idéaux sont mis à rudes épreuves. On croyait que tout était sur les rails, qu’on savait tout, on avait des plans et puis l’explosion. Nous voilà émotionnellement instable en proie à de nombreuses frustrations, sentiments d’insécurités, insomnies, stress, crise exsitentielle et découragement face aux échecs. Et puis vient l’impression de devoir faire le deuil de sa jeunesse et la nécessité de donner un sens à ce désarroi.

C’est le flou total, on navigue en terre inconnue. C’est le capharnaüm dans la tête et cette sensation d’être lâché dans la nature. Il a un réajustement à faire et un travail sur soi. Notre identité ne sortira pas indemne de cette nouvelle étape. Il va falloir se réinventer, chercher autre chose…On traverse une période de doute, de questionnement et on a l’impression d’avancer à tâtons alors que tout le monde a une bonne longueur d’avance. Et puis il y a cette crainte de tout faire capoter qui menace de nous submerger à tout moment. Est-ce que je prends la bonne decision? Suis-je en train de perdre mon temps? Est-ce que je suis en train de laisser filer des opportunités? Est-ce que je suis mal barrée? Je crois que le futur n’a jamais été aussi incertain…

Mais, je m’efforce de voir le côté positif dans ces moments de doute. Je me dis qu’au moins je suis assez lucide pour constater que tout ne sera pas aussi simple que ce qu’on m’avait dit. Je crois que je suis arrivée à la croisée des chemins. Je suis confrontée à de nombreuses possibiltés mais je ne sais pas quelle route choisir. Je reste figée dans la contemplation de l’éventualité des choses. Quelle est la bonne direction? Je pense que je connaîtrai la réponse à cette question qu’en suivant une route. Je fais mon bout de chemin et on verra bien où cela me mènera. Dans l’intervalle, je me console en me disant que je ne suis pas la seule à passer par la crise de la vingtaine. Apparamment, une fois cette crise passée, on est moins susceptible à traverser la crise de la cinquantaine.