LES VALEURS ET PRINCIPES RÉPUBLICAINS NE SUFFISENT PLUS À ÉCARTER LE PÉRIL FN ET FASCISTE ? ALORS PARLONS SIMPLE POLITIQUE.

On en est donc arrivés au point où le seul CV de Marine Le Pen et de sa clique fasciste – de sa vitrine médiatique aux bas-fonds de ce qui fait l’essence-même de son parti, ou plus exactement de sa petite PME de délinquants et d’escrocs financiers et intellectuels en col blanc – ne suffit plus à nous rassembler et à nous unir dans le combat contre le pire ; arrivés au point où cela ne suffit plus à rassembler des millions de Français autour du bon sens, de leur intelligence et de leur mémoire collectives ; où cela ne suffit plus à nous unir face au péril ultime, au-delà des opinions politiques, des positions partisanes, des petits calculs politiciens de minables petits chefs de chapelles moribondes. Non, ça ne suffit plus, et malgré la stupeur et l’incrédulité qui président légitimement à ce constat, force est aujourd’hui d’en prendre acte et de s’en faire une raison…

La politique politicienne prend le pas sur des valeurs essentielles, intrinsèques aux fondements de la République, à son histoire, à notre histoire commune ? Cette même politique nous fait nous déchirer en ce moment comme jamais depuis des lustres ? Elle nous monte les uns contre les autres, au point de franchir des lignes rouges, au point d’affirmer, comme je l’ai lu hier encore sur Twitter, qu’il «vaut finalement mieux une bonne guerre civile pendant 5 ans pour tout remettre à plat» ?

Alors d’accord, prenons le contre-pied, laissons de côté tout ce qui devrait nous paraître évident, indiscutable et définitif, comme ça l’était en 2002, et restons sur le terrain de la stricte politique.

[Disclaimer : je vais voter Macron au second tour. Par adhésion et dans la logique d’un vote similaire au premier tour. Je comprends donc parfaitement que pour ses opposants, il soit moins naturel voire (très) compliqué de faire ce même geste. Comme j’aurais eu des difficultés avec Fillon ou Mélenchon. Mais je vous assure que je les aurais dépassées par dessus tout avec une Le Pen en face.]

Si on ne veut pas voir Marine Le Pen s’installer à l’Elysée, il n’y pas d’alternative. Elle n’a plus 10 adversaires ou ennemis jurés en face d’elle. Il n’en reste qu’un, l’élimination des autres doit-être acceptée par chacun, aussi douloureux cela puisse être. Donc seul un bulletin au nom d’Emmanuel Macron est à glisser dans l’urne le 7 mai si on veut éviter une catastrophe. Toute autre possibilité (abstention, vote blanc ou nul), est totalement vaine. Toute autre possibilité accroît automatiquement les chances d’un parti fasciste de prendre les clefs du pays et de nous mener au désastre absolu.

Oui mais «il n’est pas question que je donne ma voix et un chèque en blanc à Macron, qu’il en fasse un vote d’adhésion !». Oui mais «on ne doit pas freiner la dynamique de 7 millions de voix en vu des législatives». Oui mais «si c’est Le Pen, tant pis pour ce gauchiste de baby-Hollande». Je passe sur le comble de l’absurde (et de la double-peine) faisant dire à certains que «si Macron passe, on aura Le Pen en 2022»… Bref, il y en a pour tous les goûts, souvent pour tous les délires caricaturaux et borderline, à droite comme à gauche. Si donc Emmanuel Macron n’est pas pour vous le dernier rempart évident et sans discussion possible d’un point de vue des valeurs et principes républicains contre Le Pen, voyons pourquoi un vote pour lui est parfaitement sensé, même de la part de ses plus virulents opposants.

Ou comment faire d’une pierre deux coups

Voter en plus grand nombre possible contre Le Pen – et donc pour Macron, répétons-le – permet deux choses :

  • Avec 65-70% des voix portées sur lui – et a fortiori plus –, Macron ne pourra pas y voir un vote majoritairement de confiance et d’adhésion à son projet, celui auquel vous vous opposez. Pas plus que Mélenchon ou Fillon aurait été dans la possibilité de le faire le cas échéant. Il sera dans l’obligation d’y voir en large part un vote de rejet contre Le Pen avant tout, et d’en tenir compte. Ne faites pas le parallèle avec Chirac en 2002, l’époque n’est plus du tout la même, l’homme non plus, qui n’est pas sans ignorer ce très mauvais exemple. Mais au cas où il n’aurait pas bien saisi le message ou en faisait fi, vous aurez tout loisir de le rappeler à la raison et à votre bon souvenir au mois de juin lors des 3e et 4e tours de cette élection.
  • Avec moins de 35% des voix portées sur elle, Le Pen ne pourra légitimement pas se déclarer comme la principale opposante à Macron, et donc en personnage principal de toute l’opposition pour les 5 années suivantes. Ce sera une défaite pour elle, et donc autant de place restant pour les autres opposants au leader d’En Marche. Sans compter qu’un tel score pourrait sonner le glas de son parti en réveillant les très grosses dissensions en son sein. Au contraire, avec un score compris entre 40 et 49%, elle aura certes perdu la bataille pour la présidence, mais elle aura définitivement remporté cette place d’opposante en chef. Au détriment évident des autres, à droite comme à gauche. Surtout à gauche, elle qui sans vergogne aucune se dit protectrice «des plus démunis».

Un score serré n’apportera donc aucun avantage aux gens qui s’opposent tant à Le Pen qu’à Macron. Au contraire. Je n’ai rien inventé, d’autres le disent, Piketty encore ce matin dans Libé.

#SansMoiLe7Mai fera d’abord gagner Le Pen. Et on aura tous perdu.

L’abstention ou le vote blanc n’a jamais délégitimé un vainqueur ; remporter une course avec un centième de seconde d’avance n’enlève pas plus à un vainqueur de 100m que de le faire d’une seconde, ne lui retire jamais sa première place sur le podium. Personne de sensé, pas un Insoumi, pas un socialiste, pas un électeur de la droite modérée, ne peut vouloir voir Le Pen sur le perron de l’Elysée. Si l’abstentionniste ou le votant blanc voulait l’y voir, il voterait pour elle. S’il ne le fait pas, c’est bien qu’il ne le veut pas. Mais il prend un gros risque en l’état actuel des choses. Un risque pour tout un pays. Un opposant à Macron et à Le Pen restera opposant le soir du 7 mai, quoi qu’il arrive. Alors préfères-tu être dans la peau d’un adversaire d’une Merkel ou d’un Rajoy, ou préfères-tu l'être dans celle d’un opposant à un Poutine, un Orban ou un Erdogan ? Car ne nous leurrons pas, Le Pen est bien l’égale de ces gens-là.

Pensez-y, de grâce. Ne vous trompez pas de bataille le 7 mai. Ce jour-là, il faudra éliminer l’ennemi que tous avons en commun. Viendra ensuite, en juin, le temps de mener bataille contre celui que vous considérerez à juste titre, selon votre positionnement politique, comme l’adversaire restant.

D’avance, merci.