A propos de l’ennui

Ennui (n.m.) Lassitude morale, impression de vide engendrant la mélancolie, produites par le désœuvrement, le manque d’intérêt, la monotonie

J’ai ce vague souvenir d’enfance que l’on doit tous avoir. Un après-midi d’été ensoleillé, lasse, tournant en rond, j’ai osé prononcer les mots « je m’ennuie » devant la figure parentale. Je me suis vue répondre « tu n’as qu’à aller jouer dehors » ou « tu n’as qu’à lire un livre » ou même « je ne comprends pas comment tu peux t’ennuyer avec tous les jouets et les livres que tu as ». Peut-être ce souvenir n’en est pas un. Peut-être a-t-il été créé par mon esprit. Mais j’ai néanmoins encore et toujours ce sentiment de culpabilité et d’incompréhension lorsque l’ennui me guette.

Quand je le sens poindre son nez, je me retrouve à essayer de le chasser par tous les moyens. J’ouvre mon ordinateur, je scrolle la timeline de Facebook, Twitter, Instagram, je regarde mes flux RSS, les sites d’informations, … Mais ça ne m’occupe qu’un temps. Malgré tous les stratagèmes employés par ces sites, je finis toujours pas retomber sur les mêmes contenus. Je me dis alors que je devrais regarder un film ou une série. Je regarde la liste abondante de contenus à ma disposition, je perds du temps à essayer d’en trouver un, je le lance et après 10 minutes de visionnage je réalise que j’ai décroché. L’ennui est toujours là, plus palpable encore. Je n’essaie même pas d’ouvrir un livre, je le refermerai avant même d’avoir fini un chapitre. Je passe en revue les activités extérieures possibles : aller se promener (pour aller où?), aller faire les boutiques (pour acheter quoi?), et finalement j’abandonne cette idée. Si j’ai de la chance, tout ce rituel ou plutôt tout ce cirque aura suffisamment occupé mon temps avant que j’ai enfin quelque chose à faire ou quelqu’un à voir. Dans le cas contraire, mon calvaire ne s’arrête pas. Je finis par m’allonger de tout mon long sur le canapé à contempler le plafond et à soupirer profondément.

L’ennui n’est pas que l’on ne SAIT pas quoi faire contrairement à ce que mes parents et la grosse majorité de la population pense, l’ennui c’est que rien ne nous donne envie. Aucune distraction n’émoustille suffisamment notre esprit. C’est le signe d’un désœuvrement plus grand, d’une lassitude généralisée. Et plutôt que d’essayer de chercher la cause, on nous apprend très tôt à combattre les symptômes en comblant notre temps.

Alors finalement, que faire pour chasser l’ennui ? Et bien l’accueillir. Puisque notre esprit ne veut pas se distraire ou se concentrer sur quelque chose, c’est qu’il a déjà quelque chose qui le travaille. J’essaie de profiter de ce temps pour avoir une conversation avec moi-même et lui demander ce qui ne va pas, à quoi il pense. Je m’installe derrière mon ordinateur, ou je prends un bon vieux papier et un crayon, et je laisse couler les mots. J’exprime d’abord mes petits soucis, et rapidement, peut-être une question d’habitude, je finis par mettre le doigt sur la vraie raison du problème. J’aurais envie de faire ça ou ça, mais je me l’interdis pour une raison quelconque. J’essaie alors de me lancer dans ce projet tout de même, ou d’établir un plan pour le voir se concrétiser. Ou peut-être que la raison est plus importante, le malaise est plus profond et ne peut pas être résolu à coup de bonne volonté. Il n’y a peut-être rien que je puisse entreprendre en cet instant, cet état a juste besoin de temps. Au moins maintenant, je jouis de la connaissance du problème. Et il ne me reste plus qu’une chose à faire : aller me coucher.