Digital Storyteller For Ever… Est !

Un article en français (et pas en anglais) sur le Storytelling et le Digital Storytelling.

Connaissez-vous l’effet propre au Digital Storytelling ? C’est le fait de retrouver quelque chose de votre histoire dans le texte d’un autre et de vous donner envie de le raconter à votre tour.

C’est ce que j’ai éprouvé le mardi 20 octobre 2015. (1)

Cette histoire commence avec un tweet (2) et trois mots en anglais : « Why Storytelling Matters ».

Efficace car même s’il est 22h06, que je suis confortablement installé dans mon canapé et que je passe un bon moment à regarder une émission télé divertissante, j’ai une envie folle de cliquer sur ce lien sans attendre le lendemain.

Voilà qui est fait.

Mais l’article est long, c’est le texte d’une conférence sur le Storytelling d’un écrivain américain, Kevin Van Valkenburg. En plus, c’est en anglais, il est donc encore plus long à lire car ce n’est pas ma langue natale. Malgré tout, il se lit facilement car l’auteur utilise à la perfection le Storytelling. Plusieurs histoires s’entrecroisent mais il y en a une qui me parle plus que les autres. Elle me ressemble.

L’étonnement sur le digital

Et cette histoire commence par des questions.

« Why do we tell stories? To satisfy our curiosity? To entertain ? To make money ? Each of those statements is probably correct. »

(Pourquoi est-ce qu’on raconte des histoires ? Pour satisfaire notre curiosité ? Pour divertir ? Pour faire du fric ? Chacune de ces propositions est probablement juste.)

Il ajoute alors une autre raison, celle qui lui semble la plus importante.

« C’est dans la nature humaine de vouloir expliquer l’univers et pour faire cela, on a besoin de voir le monde à travers le regard des autres ! »

A ce moment précis, c’est comme si mon esprit était au sommet de l’Everest et qu’il s’élançait sur un immense toboggan qui me conduit en une fraction de seconde trente ans en arrière, quand je n’étais qu’un lycéen buvant les paroles de son prof de philo.

C’est l’histoire que je raconte dans l’article « L’étonnement est le début du blog ! ».

« Que s’est-il passé au VIe siècle avant notre ère en Grèce ? Nous sommes plus précisément à Milet, sur les côtes de l’actuelle Turquie. La nature est prodigieusement belle. On y respire un air pur et iodé, on y admire un ciel azur et étoilé, les paysages sont à couper le souffle. C’est dans ce berceau que la philosophie est née. C’est cette nature qui a rendu curieux ces femmes et ces hommes. Comme un enfant qui tend le doigt et qui dit « oh ! » en montrant un arbre, une fleur, un jouet, un animal ou le nez de son papa.
Les premiers philosophes sont comme des enfants qui s’étonnent de tout ce qu’ils voient, entendent, sentent, touchent et goûtent. Cet étonnement, ils l’ont transformé en interrogation en cherchant la ou les causes de ce monde sensible. Ils vont faire de nombreuses erreurs dans leurs interprétations. Thalès expliquait que « l’eau est le principe et l’élément de toute chose ». car il avait observé que ce qui est vivant est humide et ce qui est mort se dessèche. On pourrait aussi nommer Anaximandre, Anaximène, Héraclite et Parménide. Vous en conviendrez, ce ne sont pas les plus grands philosophes. D’ailleurs, vous n’en avez peut-être jamais entendu parlé. Mais, ce sont des précurseurs. »

Vraiment, l’être humain ne peut pas s’empêcher de s’interroger sur l’univers et d’y apporter ses réponses.

Mais, le coup de génie de Kevin Van Valkenburg est de lier cette idée au regard que les autres ont de l’univers.

Techniquement et philosophiquement parlant, ça signifie qu’il passe de la philosophie de la nature qui est une discipline spéculative à l’éthique qui étudie l’agir et qui est donc une discipline pratique.

C’est comme si vous m’expliquiez que l’eau est l’élément qui compose l’univers (Thalès) et que pour le comprendre vous devez prendre l’apéro tous les soirs avec vos amis.

Wow, c’est génial !

Et on peut en tirer des milliers de conséquences.

A commencer par la plus évidente qui pourrait s’énoncer de cette façon :

« On a besoin des autres non seulement pour échanger et passer de bons moments mais aussi pour se connaître et connaître le monde qui nous entoure. »

Si chaque rencontre est une histoire alors pour expliquer les choses, on va naturellement utiliser le Storytelling.

Humans of New York & Passants Florentins

Kevin continue son récit en nous parlant de Brandon Stanton, un photographe. Certains d’entre vous ont déjà entendu son nom et vu ses photos sur Instagram. Voici le début de son histoire :

« Et si chaque jour je marchais dans les rues de New York, la ville la plus cosmopolite de la planète, et que je prenne en photo les personnes que je croise ? Je leur poserai quelques questions sur leur vie et je posterai les photos avec leurs réponses sur mon blog et sur Instagram. »

Brandon Stanton intitule son projet « Humans of New York ».

Et à ce moment précis, mon esprit remonte sur cet immense toboggan le long des pentes de l’Everest et se retrouve vingt ans en arrière dans la New York de la Renaissance, Florence.

C’est un verbe qui a tout provoqué : « I walked »

Quel est le nom commun qui désigne celui qui marche dans les rues d’une ville ?

Un passant !

Ce « passant » n’est pas anodin pour moi puisqu’il compose le titre de mon livre, Le Passant Florentin. Extrait du prologue :

« Le passant est celui qui circule à pied, à l’air libre et par ses propres moyens, il traverse et respecte la ville. »

Ce passant est né sur les pages d’un carnet en 1995 pour être édité une première fois en 2001, suivi d’une deuxième édition complètement remaniée en 2002.

Plus je retrouve quelque chose du passant dans les mots et les actions des autres, plus je suis heureux. Car je me dis que mon idée est universelle et que chacun d’entre nous peut ressentir et vivre la philosophie du passant. En faisant cela, c’est l’aspect éthique de mon histoire, il rend unique ses actes et le regard qu’il a sur le monde qu’il découvre et sur les autres passants. Il a alors une envie que chaque nouveau passant rende à son tour unique son livre.

La technologie ayant évoluée, les passants rencontrés par Kevin rendent unique son blog !

Et me revoilà sur mon toboggan !

Le mot clef, cette fois-ci, c’est blog.

Quand j’ai commencé à écrire et construire le Passant Florentin, je savais qu’il ne s’agissait pas d’un livre répondant aux canons de l’édition. Voici l’extrait d’une interview présentant l’ouvrage :

« Ce livre est-ce un roman ? Une biographie ? Un texte théâtral ou poétique ? Un guide touristique ? Autre chose ?
C’est à la fois tout ça et rien de cela. Le Passant Florentin n’est pas un roman au sens classique du terme. Ce n’est pas tout à fait une biographie. Ce n’est pas un recueil de poésie. Et ce n’est pas un guide touristique débordant de bonnes adresses. Je dirai même que, en dehors de son aspect matériel, ce n’est pas un livre. »

Vingt ans après, je suis en mesure de répondre précisément à cette question. Ce livre est un blog !

Et il est construit comme le blog « Humans of New York ».

Si j’avais eu la possibilité de créer un blog en 1995, est-ce que j’aurais imprimé le Passant Florentin ? Pas sûr !

Le principe commun entre les deux projets peut s’énoncer ainsi :

L’auteur (du livre, du projet, des photos, etc.) demande aux personnes qu’il rencontre (passants ou lecteurs) de rendre unique son projet (le livre ou le blog) en racontant son histoire (avec leurs mots, en posant pour une photo, avec un dessin, une chanson ou une recette de cuisine, etc.).

Les limites du livre sont éloquentes. Car pour rendre compte du témoignage des passants, il faudrait imprimer une nouvelle édition du livre chaque jour. En revanche, c’est exactement ce que les réseaux sociaux, en l’occurrence Instagram, et les blogs permettent de réaliser.

Le Passant Florentin est un projet inachevé, Humans of New York est une idée vivante comme un être humain qui grandit chaque jour.

Le livre est une interruption (parfois provisoire), le blog est un mouvement continue.

Le Digital Storytelling

On pointe du doigt la différence entre le Storytelling et le Digital Storytelling. Le Storytelling est un procédé narratif qui reste figé et se traduit par un film, un conte, un roman, et il se termine par le mot « fin ». Le Digital Storytelling est un procédé narratif qui implique une suite infinie et qui n’écrit donc jamais le mot « fin ».

Le Passant Florentin exprime le regard que j’ai eu en 1995 (ainsi que celui des illustrateurs et graphistes qui ont contribué à sa réalisation) et cherche encore, comme le dit Kevin dans sa conférence, le regard de l’autre, le « Human(s) of New York » de Brandon Stanton trouve le regard de l’autre chaque jour depuis cinq ans. Il a rencontré plus de seize millions de « followers » dont un certain Barack Obama.

Je me sens comme Brandon Stanton, je me sens bien dans la peau du Digital Storyteller.

Le Digital Storyteller est celui qui glisse en permanence sur cet immense toboggan le long de l’Everest. Car à chaque observation, à chaque pas et à chaque rencontre, il note quelque chose de différent, quelque chose qui mérite d’être raconté. Souvent, il aide les autres à deviner ce qu’il a découvert. C’est ce qui fait de lui un créatif.

Aujourd’hui, surtout grâce à Instagram, il existe des centaines de Passants Florentins. Parmi eux, Elena Farinelli (Io amo Firenze), Freya Middleton, Valentina Dainelli (toomuchtuscany) et Georgette Jupe (girlinflorence). J’aime voir leur regard sur cette ville que j’ai tant aimée. Et grâce à eux, je l’apprécie encore plus. Je comprends aussi que je ne suis pas seul et que j’ai en commun avec eux d’avoir vécu un véritable coup de foudre. Stendhal l’a exprimé bien avant nous. La preuve, s’il en est besoin, de son esprit créatif. Car le fameux syndrome de Stendhal est né à Florence.

Aujourd’hui, devrais-je continuer et reprendre l’idée du Passant Florentin ? Je n’en suis pas convaincu. C’est aussi ça le propre d’un esprit créatif. Ne pas s’arrêter à ce qui existe, mais tenter d’explorer d’autres chemins. Ne pas suivre les autres, mais les devancer.

Je veux faire autre chose.

Une fois, j’ai eu l’opportunité de concrétiser mon intuition. Je l’ai proposée au cours d’un entretien. Enfin, j’ai été incapable de l’expliquer. Comme un acteur qui oublie son texte au moment d’entrer sur scène. Je l’ai fait quelques jours plus tard par écrit. Trop tard. Le spectacle était fini.

Je veux faire autre chose mais en gardant forcément l’esprit du Storytelling. Il y a bien des domaines dans lesquels on n’a jamais osé faire du Storytelling et c’est bien le défi qui me motive et m’inspire.

Pourtant, je lis souvent des articles sur la place incontournable du storytelling dans la communication digitale. Mais, comme celui publié par Kevin Van Valkenburg, il a été rédigé par un américain. Alors, je me dis que nous aussi devons écrire de tels articles en français.

On abat la barrière de la langue.

D’ailleurs un article comme celui-ci pourrait très bien se transformer en une conférence. Je vais poser la question à Kevin.

Mais il y a une autre barrière à abattre.

Je sens chez les décideurs, une sorte de résistance au changement, à la nouveauté. Et quand je l’applique au Storytelling, voici la question qui me vient à l’esprit :

« Qui a peur de son histoire ? »

Pour reprendre la métaphore de cet article, qui a peur de s’élancer sur le toboggan de l’Everest ?

to be continued…

Special thanks to Kevin Van Valkenburg. Hope you can read some french. If not let me know. Do you think I could turn my post into a conference. I’m thinking about it.

(1) C’est la première fois que je publie un article sur Medium, si vous avez aimé celui-ci, vous pouvez me retrouver sur mon site et mon blog More Than Words (.fr). Cet article est l’illustration de mon interview : L’information est-elle maltraitée sur le digital (et ailleurs) ?

(2) Tweet from José Carlos, thanks so much José.

Illustration du Passant Florentin de Koffi Apenou

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