Trail de Bourbon 2018 — Dura Lex, sed lex

David Desrousseaux
Oct 26, 2018 · 25 min read

La Réunion, une île paradisiaque, un ultra-trail réputé, des décors à couper le souffle (Le Volcan, Le Maïdo, Le Grand Bénare, Mafate, Le Piton des Neiges…), des parcours de rêve...

La Réunion, c’est une île sportive de l’Océan Indien qui vit au rythme de la Diagonale des Fous durant une semaine complète.

Canal+ couvrait en direct toute l’épreuve durant 1 semaine

La Diagonale des Fous porte bien son nom. Il s’agit d’un ultra-trail de 165km. Qui traverse l’île du Sud au Nord. Mais pour y participer, il faut marquer des points intermédiaires dans d’autres courses, car les demandes de participations sont nombreuses. Et je n’ai pas encore assez de points pour la faire. Grosso modo, il me faudrait finir 3 autres ultra-trails de 100km environ, pour pouvoir ensuite m’inscrire au tirage au sort !

Mon inscription au tirage au sort a été validée pour la course inférieure — le Trail de Bourbon — suite à mes 6 points ITRA marqués en 2018 à Houffalize (BE)+ 80km des Monts de Flandre. Les billets d’avion étaient réservés avant même que j’ai pu dire “euh ?!”. PS / Ma femme Shyrine étant originaire de la Réunion — et sa famille étant sur place, ça aide aussi à accélérer la décision :)

Au programme : 111km et un dénivelé positif D+ de 6600m. wouhou !


Au final, après 25 heures de course, j’abandonnerai sur blessure au 75e kilomètre… Tendinite au genou gauche. Une blessure de merde, quoi. Je suis néanmoins classé 336e dans ma catégorie d’âge — celle des ancêtres de 36 ans. Et 938e au général.

Il y a 795 finishers et 373 abandons ou non classés. Autrement dit, 1/3 des partants ont abandonné cette course de dingue !

Mon parcours sur le Semi Raid de la Réunion 2018, depuis Cilaos, jusqu’à mon abandon à Sans-Souci
Le Dénivelé D+ et D- de mon parcours avant mon abandon prématuré

H-5 : Direction la ligne de départ — La route vers Cilaos

La course n’a pas encore commencée, que l’aventure — elle — a pourtant déjà démarrée ! Partis de Saint-Gilles-les-bains au Nord-Ouest de l’ile, une route de 2h nous attendait pour nous diriger au centre l’île.

D’abord, une grosse pluie tropicale sur une longue partie de la route me faisait craindre de courir sous la pluie… Ce qui n’aurait pas été drôle du tout. Courir en pleine nuit sur des terrains glissants, c’était la blessure quasi-assurée :/

Puis, l’intérieur de la Réunion étant très valloné, on roule ensuite sur des routes de haute montagne, identiques aux routes des Alpes. Et l’événement qu’est le Grand Raid a provoqué de gros bouchons sur ces routes étroites et vertigineuses… c’est la première fois que je voyais ça !

Des bouchons sur des routes de montagne… je n’avais encore jamais vu ça !
Embouteillage de bus en haute montagne

H-3— 18h → Départ à 21h au stade de Cilaos

De 18h à 21h, les organisateurs vérifient nos sacs : couverture de survie, bande de strapping, 1L d’eau, barres d’alimentation, lampes… tout est minutieusement vérifié. Puis on dépose 2 sacs à destination de 2 points de ravitaillement : l’école de Sans-Souci, située à 72,5km. Avec vêtements de rechange, et matériel complémentaire pour la fin de l’épreuve. Et le second sac sera à récupérer à l’arrivée — au 111e km au Stade La Redoute, de Saint-Denis, au Nord de l’île.

Prêt à se faire mal ? :)

La cérémonie de départ de l’épreuve du Trail de Bourbon coïncidait avec la fête de la Lentille — une fête réputée de Cilaos. Du coup, cette ville — pourtant perdue au milieu des montagnes de la Réunion — était très festive. Une bonne ambiance générale, avant de partir pour un raid en pleine nuit !

Départ — Stade de Cilaos / 21h

Repas & repos avant le grand départ

On se repose, on s’étire. Certains courent autour du Stade, histoire de faire plus de kilomètres que prévu :-) Et puis tout à coup, le speaker nous annonce de très grosses pluies à venir… Au point que les barrières horaires pourraient être rallongées — pour permettre aux coureurs de ralentir le rythme. Objectif : sécurité.

Quand on connait les pluies du Nôôôôôrd… eh bien, rien à voir en fait !Les pluies tropicales, c’est autre chose. J’en ai eu un bref aperçu sur la route menant à Cilaos. Grosses bourrasques de vent, grosses gouttes, gros brouillard. Bref, ça veut dire terrain glissant. Et qu’il va falloir être encore plus vigilant… We’ll see!

Mise en place sur la ligne de départ

Peu avant le départ, on nous invite à sortir du stade, serrés comme des sardines. Les uns voulant se positionner devant dès le début. Je les comprends, et j’essaye de faire de même. Il n’y a rien de pire que de se payer des bouchons en début de course, dans les chemins étroits. Et clairement, une bonne position sur la ligne de départ, c’est parfois 1 heure gagnée, car les ralentissements provoqués en bout de ligne — avec 1291 inscrits — ça peut vite devenir long…

Etape #1 — Cilaos → Piton des neiges (caverne Dufour)

Le départ est donné à 21h… c’est parti !!

Je me situe au milieu du peloton. Ni trop devant, Ni trop derrière.

Devant, les gars partent comme des bourrins. Derrière, ça marche sûrement déjà. Du coup, en milieu de peloton, le rythme est correct. Au moins on avance.

Le temps de sortir de Cilaos, et quelques centaines de mètres plus loin, c’est parti pour le premier gros défi : la montée du Piton des Neiges qui culmine à 3069m d’altitude. Cilaos étant déjà situé en hauteur, le dénivelé à parcourir est de 1421m D+ exactement.

Ambiance de nuit / Premiers bouchons lors de l’ascension du Piton des Neiges

Et les premières galères commencent… avec mes lunettes. En effet, je fais rarement du sport avec mes lunettes classiques — celles que je porte tous les jours. Mais je me suis équipé d’une paire de sport Demetz, avec verres correctifs interchangeables — pour le jour ou la nuit. C’est très pratique… sauf que durant un trail, on ne va pas très vite. Par conséquent, ma sueur et le manque de vent provoquent une forte condensation et mes verres sont systématiquement embués.

Du coup… j’ai dû courir — sans lunettes — en plissant des yeux les 20 premiers kilomètres, à faire super gaffe où je mettais les pieds. D’autant que dans la montée, tout le monde est frais. Alors ça se bouscule, ça essaye de dépasser pour gagner 2/3 positions — ridicule à ce stade de la course.


Heureusement, la grosse pluie n’arrive finalement pas. Par contre, partis de Cilaos à environ 25°C, on arrive en haut du Piton des Neiges entre 4° et 7°… Il commence à cailler.

Et la fatigue commence déjà à montrer le bout de son nez.

Arrivée au ravito du Piton des neiges — “Caverne Dufour”

RAVITO n°1 — Gîte du Piton des Neiges / 23h39

A cette étape de la course, je suis 468e / 1291.

  • 11,2km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 02h39'59
  • Dénivelé total depuis le départ : 1513 D+
  • Altitude : 2490m

Un arrêt éclair. Je repars 5 minutes après.

Il fait trop froid de toutes façons…

Et il reste pile 100km à parcourir…

Etape #2 — Piton des neiges → Hell Bourg

Que dire de cette partie du parcours ? Pas grand chose en fait…

On sent qu’on est très haut, sur les hauteurs de la Réunion. Il fait froid. Il fait noir. Et pendant ces 20 premiers kilomètres après Cilaos, il n’y a pas beaucoup d’espace entre les concurrents.

J’ai surtout vu un gars se planter dans la descente, et se casser le bras gauche. Il hurlait de douleur, et un groupe de traileur lui est déjà venu en aide.

Il ne pleut pas. Mais l’atmosphère est très humide. On court sur des rondins de bois, il faut faire très attention où on met les pieds. Clairement, sans lampes frontales puissantes… c’est im-pos-si-ble !

En attendant, mon problème de lunettes n’est pas réglé, je nettoie régulièrement mes verres. C’est très chiant…

RAVITO n°2— Hell Bourg / 02h34

A cette étape de la course, je suis 412e / 1291. Toujours dans le premier tiers des participants :

  • 23,8km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 05h35'08
  • Dénivelé total depuis le départ : 1513 D+ / 1768 D-
  • Altitude : 1037m

Je n’ai mal nulle part. Tout va bien. Mais par prévention, je choisis de m’arrêter 30/40 minutes. Histoire de boire, manger. Et surtout… me faire masser les cuisses et le dos. Mon dos étant mon talon d’Achille — depuis les 24h du Mans Vélo couru 6 semaines plus tôt —je me dis qu’il vaut mieux s’arrêter un peu et prendre soin de soi. La course est encore très longue. Il faut savoir se ménager.

Car dans ce genre de raid, la vitesse est l’ennemie jurée.

Le ravito d’Hell-Bourg — ambiance humide. Repas chaud & froid à volonté.

Etape #3 — Nuit blanche

En sortant d’Hell Bourg, il fait encore nuit. 3h à la Réunion, ça veut dire 1h du matin en Métropole — il y a 2 heures de décalage horaire, en heure d’été. Je me retrouve seul, sur la longue route bitumée, et en descente.

Pour une fois, le début du parcours n’est pas fait de pierres et de trous. Du coup, cette descente est — malgré tout — agréable. Longue. Mais facile.

Et là, nouveau problème technique. Les batteries de mes 2 lampes frontales — pourtant chargées à bloc — faiblissent — P*****

Enfin, une longue montée se présente devant moi. Je monte… sans m’arrêter… j’appuie avec mes mains sur mes cuisses pour m’aider à grimper. Je cale ma respiration. Et je continue à brûler du carburant. De nombreux concurrents s’arrêtent sur le bord du sentier pour dormir un peu. Il doit être 4h ou 5h du matin. L’adrénaline m’empêche de dormir — je n’ai même pas sommeil.

Objectif : avancer, coûte que coûte !

La nuit va finir sur ce train d’enfer, en pleine ascension du col de la Fourche, pour sortir du cirque naturel de Salazie. Mes lampes défectueuses ne vont pas m’aider. Je me débrouille en suivant des concurrents correctement équipés. J’utiliserai même le mode lampe torche de mon téléphone pour réussir à avancer…

Puis, peu à peu, le soleil se lève.

Les lampes deviennent inutiles — Ouf !

De plus en plus haut, et de moins en moins nuit :)

Etape #4— “Au revoir Salazie” — Le col de la Fourche

J’ai la chance de me retrouver en hauteur au lever du soleil, pile entre les deux cirques naturels Salazie & Mafate. Avant d’entamer la descente vers la Plaine des Merles, je compte bien profiter de la vue…

Petite vidéo avec l’arrivée sur la crête, face aux 2 cirques naturels — Salazie & Mafate

Le spectacle est grandiose. Passé du cirque de Salazie à celui de Mafate, on se rend vite compte que la flore n’est pas tout à fait la même. Le paysage est magnifique.

Dieu est fort— et c’est un agnostique radical qui vous le dit ! ;)

Les photos parlent d’elle-mêmes… PS / Aucun filtre n’a été appliqué. Photos brutes, et couleurs naturelles !

Salazie est bientôt derrière moi !
Vue matinale sur le cirque de Salazie
Bis repetita
Vue imprenable sur le Grand Bénare depuis le col de la Fourche.

RAVITO n°3 — Plaine des Merles / 8h14

A cette étape de la course, je suis 415e / 1291.

  • 38,2 km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 09h33'31
  • Dénivelé total : 2723 D+
  • Altitude : 1813m

Rien de particulier à ce ravito. Si ce n’est que je prends froid. Le soleil n’est pas encore bien levé, et dans les hauteurs, les températures sont encore fraîches.

Je mange. Je bois. Je re-mange. Je re-bois.

Et je pars, sans prendre le temps de m’asseoir quelques minutes.

Etape #5 — Plaine des Merles → Marla

Fatigué et bien en sueur, je n’ai aucune crampe. Je prend même le temps avant Marla de faire un petit visio histoire de rassurer la famille.

15 minutes d’ascension — suivez moi dans le Cirque de Mafate :-)

Le décor est fabuleux. PS / Toujours des photos brutes, et aux couleurs naturelles !

J’ai l’impression de me retrouver au Japon…
Magnifique décor… et quelles couleurs !
Le Maïdo nous surplombe, menaçant…
Et au loin… des concurrents à rattraper !
Ambiance
On a vraiment l’impression de voyager dans tous les continents, en quelques centaines de mètres simplement..
Plateau droit devant
Un petit bout de civilisation pointe le bout de son nez
On passe régulièrement par des petits passages en bois entre la Plaine des Tamarins et Marla (photo Wikipédia — oublié de prendre ces ponts en photo !)

RAVITO n°4 — Marla / 8h14

A cette étape de la course, je suis 419e sur 1291 inscrits.

  • 44,6 km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 11h15'09
  • Dénivelé positif total : 3018 D+
  • Altitude : 1621m
Vue sur le ravito de Marla

Un ravito classique. Pause longue. Changement de chaussettes. Manger. Boire. Et repartir. Ah oui, j’oubliais : musique de merde dans les enceintes, du genre Maitre Gims ou Colonel Reyel… Horrible

Etape #6— Marla → Roche Plate

On poursuit la descente vers Roche Plate. Et malgré ma haine pour les descentes — douloureuses pour mes jambes, il s’agit là de mon étape préférée de tout ce parcours. Les décors sont somptueux. Je croise plusieurs petites grenouilles. La Nature est belle, tout simplement.


La Réunion est une petite ile, et pourtant tellement riche de décors. Tantôt, on se croirait en Guadeloupe — dans le sud de l’île, sur Mars — du côté du Volcan, ou dans les Alpes — dans les hauteurs de Cilaos. Cette fois, la suite du parcours me faisait penser à des paysages nord-américains/canadiens.

A couper de souffle.


Je ne sais pas exactement où je me trouve. M’en fous : j’en prends pleins les yeux — Carpe diem!

La vue après Marla
Une vue imprenable sur la vallée et la rivière des Galets
La rivière des Galets. Et au loin (à droite) quelques concurrents, qui croisent la route de randonneurs allemands.
Fantastique cette vue…
Début de la descente vers Roche-Plate
Le brouillard est toujours bien présent dans les hauteurs
L’arrivée à Roche-Plate

RAVITO n°5 — Ecole de Roche Plate — arrivée au pied du Maïdo / 11h12

A cette étape de la course, je suis 467e sur 1291 inscrits.

  • 53,6km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 14h13'20
  • Dénivelé total depuis le départ : 3417 D+ / 3351 D-
  • Altitude : 1102m

Très en avance sur la barrière horaire (environ 5h ou 6h), je ne cours pas — plus — après le chrono, donc je m’en fous / même si j’arrive à maintenir ma position moyenne. Je sens que je suis crevé, et que ma jambe gauche commence à me lâcher. C’est nouveau d’ailleurs… je n’ai jamais eu de douleurs à gauche. A droite, oui. Mais, c’était définitivement réglé depuis mes semelles orthopédiques.

Mais cette fois-ci, il s’agit d’une nouvelle douleur… qui m’inquiète :/

L’arrivée à Roche Plate, 10km après Marla

Bref, la nuit blanche, la fatigue, les courbatures du dos… je me dirige alors directement vers le staff médical, pour bénéficier de soins. Le parcours de la Diagonale des Fous — la grande sœur de ma course — croise notre sentier. Et de nombreux concurrents ont déjà dévalisé l’équipe médicale…

  • Ils n’ont plus de bande de strapping ;
  • ils n’ont pas non plus ce qu’il faut pour prendre soin de mes ampoules ;
  • et ils n’ont plus en stock de bombe de froid, pour calmer mes douleurs aux pieds.

Super… Heureusement, je bénéficie d’un petit massage doux. Mais qui ne sert pas à grand chose dans le fond. Si ce n’est à me relaxer un court instant. Car les douleurs sont toujours persistantes et s’accentuent au repos.

Bref, je mange. Je me re-concentre sur la course. Puis je me ravitaille en boissons. Et 1h30 de pause plus tard, c’est reparti sur les sentiers du cirque de Mafate !

Etape #7— Le Maïdo (aïe)

Là, j’ai vécu une des pires étapes du raid. Le Maïdo… j’en cauchemarde encore quelques jours après l’aventure… Un mur haut comme 2,5 fois la Tour Eiffel. Alors qu’on a déjà 50 bornes dans les pattes… Horrible.

Au programme : une montée de 4,5 kilomètres, 1000 m D+, 2h de souffrance… #wouhou

Le Maïdo : un gros bloc de pierre impressionnant qu’il va falloir gravir, avec un final dans le brouillard :)

En sortant de l’école de Roche Plate, je sens que mon énergie m’a quitté. Malgré une pause longue, les douleurs sont toujours bien présentes. Mon genou gauche souffre. Le dos est bien raide avec le sac. Je me dis que je n’ai pas le choix de toutes façons…. Faut y aller !

Le début du parcours se résume à rejoindre le Maïdo via le passage de la brèche (vidéo). Il s’agit d’un étroit escalier sans rampe et en corniche — en plein bord de falaise. La fatigue et le manque de discernement après une nuit blanche amplifient mon vertige… D’un côté, je suis ébahi par le décor. D’un autre côté — Oui — j’ai peur. C’est tellement haut. Je fais face à un trou de plus de 1000 ou 1500 mètres — P*****…

Une petite équipe m’attend en haut du passage, prête à me prendre en photo. Et à me souhaiter bon courage. Car le parcours du Maïdo est chronométré — les sadiques.

La brèche — un escalier qui donne sur le vide… et votre serviteur, sourire forcé avec écarteur de narine, histoire d’avoir une bonne tête bien chelou.

Sur le parcours, je perds un peu de motivation au début. Crevé. Epuisé. Assoiffé. Et puis je me reprends au bout de quelques minutes : “Abandonner c’est facile” me dis-je. A ce moment là, tu te poses quand même la question…

Et puis les pentes sont ultra raides… 25% à 38% d’après Strava… il faut vraiment avoir des cuisses puissantes pour tirer le corps.

Et puis — comme après Hell-Bourg — je monte… sans m’arrêter… j’appuie avec mes mains sur mes cuisses pour m’aider à grimper. Je cale ma respiration. C’est dur, mais je croise tellement de zombies sur la route que ça me motive à carburer encore plus. J’ai mal. Je souffre. J’ai mal. Je pleure. J’avance. J’ai mal. Mes muscles se crispent avec la fatigue. Mais putain… la sensation d’aller chercher de la force cachée, c’est vraiment un truc dément.

En pleine ascension de pentes ultra raides… et un concurrent à rattraper à l’horizon !

Clairement, le vélo et les exercices de PMA — Puissance Moyenne Aérobie (j’en parlais précédemment)— m’ont aidé sur cette partie du parcours. Mes acquis me permettent de contre-balancer à cet instant précis mon manque de préparation pour cette épreuve.

Arrive un 1er panneau — Maïdo 50/50

Ce qui signifie qu’il me reste encore env. 45 minutes à tenir à ce rythme. Je ne vais jamais tenir… Encore des zombies sur la route. Je leur propose un peu de coca ou d’eau. Ils refusent. Tant pis. Et ça continue de grimper… Aucun répit possible ou je deviens un zombie à mon tour…

Un parcours interminable et raide & en plein brouillard à 2000m d’altitude

Le brouillard commence à m’encercler. Et puis j’entends distinctement des gens crier en haut du sommet — à chaque arrivée d’un concurrent, j’imagine. Plus on monte — avec un parcours en lacets — plus c’est cris s’éloignent. Puis se rapprochent. Puis s’éloignent. Psychologiquement, va falloir être solide aussi pour ne pas craquer…

Nouveau panneau — Maïdo 75/25

Je croise des randonneurs belges qui descendent. Et qui m’annoncent que je suis — selon eux — encore à 30 minutes du sommet. Raaaaaaaaaaaaaah — je n’ai quasiment plus d’eau en plus. Le brouillard est de plus en plus épais. Et le parcours est de plus en plus raide, et cassant. Je croise une traileuse qui descend la montagne— elle ne participe pas à la course. Et me propose spontanément de l’eau — Oh que oui ! Et je repars. Encore de grosses pierres à escalader… Et puis tout à coup : un photographe qui surgit de nulle part ! Normalement, on doit y être… Puis un second photographe qui me prend en photo avec le concurrent juste derrière moi.

Raaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!!!!
Arrivé au sommet en compagnie d’un concurrent local de l’étape !

Puis, les cris se font très distinctement. Je les vois ! Encore un peu de force… Allez… Aaaaahhhh ça y’est !! J’y suis !! Sa m*** la p*** je l’ai fait !!! Aaaaahhhh — oui, j’ai vraiment crié :) !! De l’eau !! De l’eau !! Comment ça, non ?! Ah ben non, en effet… le ravito du Maïdo est situé 2,5 km après le sommet… il va falloir encore trotter un peu là…

C’est un truc de malade mental cette course…

Encore 30 minutes à courir lentement, et surtout marcher. A sec. Et me voilà enfin arrivé au ravito.

Il fait froid.

J’ai mal partout.

Aïe.

Sur la jonction Maïdo / ravito

BREAKING NEWS ROCK’N’ROLL 25/10/2018

http://www.grandraid-reunion.com/IMG/pdf/montee_maido.pdf
Je suis classé 206e sur 1014 concurrents — encore présents à ce stade de la course — sur la montée du Maïdo. Une montée en 1h19'40. Dommage, sans mes quelques coups de mou et mon manque d’eau, j’aurais pu me retrouver parmi les 100 premiers.

1291 inscrits au départ de la course… Ce qui revient à dire qu’il y a déjà eu 250 abandons depuis le début. Ou à cause du Maïdo ?…

RAVITO n°6— Le Ravito du Maïdo / 14h54

A cette étape de la course, je suis 543e / 1291, sans exclure les abandons. Ma longue pause à Roche-Plate y est pour quelque chose. Et m’a fait perdre une centaine de positions, malgré mes nombreux dépassements dans la montée du Maïdo.

  • 59,3km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 17h55'20
  • Dénivelé total depuis le départ : 4353 D+ / 3677 D-
  • Altitude : 1961m
Petite vue sur l’arrivée au ravito du Maïdo

Là, c’est clair : priorité à la reprise de force et aux réparations de bobos. J’ai mal aux pieds. Et mes 2 cuisses sont complètement crampées. Mais le pire, c’est un tendon douloureux à mon genou gauche. Une sorte de syndrome de l’essuie-glace. Plutôt une tendinite. Pourtant, mes chaussures et mes semelles ortho sont neuves — enfin, plus tout à fait vu ce que je viens de leur faire subir depuis 60 kilomètres...

La douleur est surtout présente dans les descentes. Dans les montées, ce sont des crampes qui me font mal. Et les musclent qui trinquent. C’est dur, mais j’avance quand même. Et puis, en grimpant, je me concentre sur ma respiration pour réussir à oublier la douleur, et me tirer vers le haut. Alors que là, un nerf qui frotte, c’est une douleur aigüe. Et pas tout à fait le même délire…

Pâtes dans tesson de bouteille avec couteau plastique, et genouillère en mode strapping. Bon appétit !

Du coup, je prend mon temps. Aucun objectif chrono — dois-je le rappeler ? Juste l’objectif d’être un des finishers de cette course de fou. Alors je mange. Lentement. Pâtes, saucisson, crackers, fruits secs, sucre de canne… Puis je pars me faire soigner la jambe dans la tente médicale — la tente verte sur la photo du dessus.

File d’attente interminable — je ne tiens même plus sur mes jambes. Les muscles de mes cuisses sont complètement atrophiés.

Viens enfin mon tour. Le médecin me fait un strapping sur mon genou. Ça ne va pas annihiler la douleur. Mais c’est toujours mieux que rien. Du coup, je me vois mal partir immédiatement. Je poursuis ma pause repas. Et je me masse légèrement les cuisses et mollets.

Mais sans y croire beaucoup…

Etape #8 — Descente vers l’Ecole de Sans-Souci

Voilà 45min./1h que je suis à l’arrêt… back on track , baby! Prochaine étape : une longue descente de 10km vers Sans-Souci, un lieu-dit dans les hauteurs de Saint-Paul.

Les premiers hectomètres après le ravito sont magnifiques, en plein brouillard.

Descendre ? N’importe qui dirait que c’est plus facile que de grimper. Sauf que… ben non ! Les quadriceps sont beaucoup plus sollicités dans les descentes. Les appuis sont plus importants. Surtout quand on a déjà près de 60km dans les pattes. Je n’ai certainement pas eu les bonnes postures et allures depuis le début de la course. Et clairement, j’ai une technique à chier dans les descentes. Surtout quand je vois comment François Dhaene cavale comme un cabri, même sur des pentes très accidentées…


Bref, ma subite tendinite du genou s’explique sûrement par une mauvaise technique globale. Du coup, savoir d’avance que je vais courir une longue pente en descente de 10km, sur un terrain vallonné souvent très accidenté… wouhou !

Le dénivelé négatif qui m’attend est d’environ 1300m.

Très rapidement — alors que j’ai peu adressé la parole aux autres sportifs jusqu’ici— j’en viens à discuter avec 2 athlètes : Johnny, 52 ans & Clément, 30 ans. Johnny court la Diagonale des Fous de 165km, et son parcours final rejoint celui de Clément et le mien, du Trail de Bourbon 111km. On discute, du coup, on se tire un peu la bourre. D’autant qu’un nouveau défi me motivait : permettre à Johnny de terminer sa 5e Diagonale des Fous — une machine, le gars !!! Et il doit impérativement arriver au prochain pointage avant 19h30 sous peine d’être exclu.

On fait les calculs, ma Garmin m’indique notre vitesse actuelle. A priori, on y serait vers 18h30. Mais pour assurer le coup, on va lui servir de lièvre. Et on tire notre Johnny pour lui donner le courage nécessaire pour y arriver. Indirectement, ça m’a poussé aussi à tirer mes jambes et zapper la douleur.

Johnny, concurrent de la Diagonale des Fous 2018

Je sens que ma tendinite est très prononcée. Mais l’esprit de groupe, et la motivation à tirer un tiers vers l’avant me donnent de nouvelles ailes… et ça marche. On rattrape même quelques autres concurrents. C’est très dur, mais on avance bien malgré tout.


Et 2 heures plus tard, nous voilà — enfin — sortis de notre jungle. A l’horizon, Saint-Paul, Le Port, l’Océan… la civilisation !

Vue sur Saint-Paul après la descente du Maïdo

Je sais que mon petit bébé, Shyrine et sa famille m’attendent au prochain ravito, à l’école de Sans-Souci. Encore 1 heure de route avant de les rejoindre…

RAVITO n°7 — Le Ravito de l’Ecole de Sans-Souci / 18h49

A l’entrée du point de ravitaillement, Brigitte m’aperçoit, et crie mon nom. Ouf !! Enfin une tête que je connais, après ces heures interminables de jungle, montagne, et autre brouillard… Je rejoins la troupe, ma femme Shyrine, et mon petit loulou — qui me sourit :)

Je pue, je pique, mais je fais des bisous à tout le monde :-)

J’en oublie presque d’aller me faire pointer au contrôle, quelques concurrents m’ont donc repassé bêtement durant ce laps de temps.

A cette étape, je suis 584e — grosso modo, en plein milieu du classement. Et vu mon arrêt prolongé au Maïdo, je n’ai pas perdu tant de terrain que cela !

  • 73,6km parcourus
  • Temps écoulé depuis le départ : 21h49'46
  • Dénivelé total depuis le départ : 4412 D+ / 5335 D-
  • Altitude : 366m

Le temps d’aller manger quelque crêpes au ravito — et toujours des crackers, du saucisson, des fruits secs, du Coca, du Dynamalt etc. — je rejoins ensuite ma famille, et on se pose tous ensemble dans la cour de l’école. Près des autres concurrents accompagnés eux aussi. L’ambiance est chouette, ça grouille de partout.

Là, on me raconte une petite blague pipi-caca. Et Je rigole. Le tout en puant.

Je me pose, mais mes crampes sont très douloureuses. Et avec ma tendinite, descendre d’un trottoir devient un supplice. Le reste de la course ? Ça va être chaud, je le sais déjà…

Arrivée vers 18h30, toute ma team me quitte vers 22h. Je décide alors d’aller voir le staff médical. Podologue, Kiné, Osthéo… tous bénévoles, et dédiés à notre bien-être ! Autant en profiter.

Podologue en pleine action… 7 bandages au programme !

J’avais environ 7 heures d’avance en arrivant à l’école de Sans-Souci — par rapport à la barrière horaire. Du coup — malgré la longue pause avec les miens — je peux encore rester 1h à 2h supplémentaires pour me faire correctement soigner.

#1 — Podologue

Le temps de me laver les pieds, et c’est parti. Aiguilles, produits, suppression de peaux mortes, soins des ampoules… puis strapping. Je me retrouve avec les pieds de Toutânkhamon.

PS — Par contre, je dois admettre que ce podologue était très sympa. Il a accepté de remplacer Maitre Gims par du Led Zeppelin à ma demande, sur les enceintes du stand. Du coup, il a soigné mes pieds, et mes oreilles, en 1 coup :)

Bon appétit !

#2 — Les kinés

Puis, les kinés. J’avais 2 kinés pour moi tout seul, un à chaque jambe. Douleurs aux jambes, crampes, etc. j’explique mes problèmes, et ils commencent d’abord par m’enlever le strapping de ma jambe gauche. Afin de la remplacer par une genouillère, récupérée dans mon sac du ravito.

Sauf que… je n’avais pas rasé mes jambes. Et les bandes adhésives du bandage… ça colle. Très fort même. Alors le kiné a tiré, tiré… et tiré encore. J’hurlais de douleur… car en tirant, il m’a surtout arraché des petits bouts de peau — P*****

Puis, viennent les massages. Quand je dis “hey, j’ai des crampes”, vous vous dites… ? Bah, que vous allez appuyer bien fort, pour bien me faire chier, pas vrai ?! Eh bien, mes 2 kinés du soir se sont dit la même chose. Du coup, j’ai morflé. Beaucoup morflé. Et le pire… je ne suis même pas sûr que cela ait servi à grand choseP*****

Au contraire, j’ai l’impression que ces massages “dynamiques” ont surtout traumatisé mes jambes…

Bientôt 23h. Cela fait plus de 4 heures que je suis là. J’ai refroidi. Et j’angoisse de laisser passer la barrière horaire, même si je vois encore pleins de concurrents arriver. Alors… go, j’y retourne !

L’abandon… à 37km de l’arrivée

Le temps de traverser Sans-Souci, durant 1 kilomètre, je sens que ça va être plus que galère. Descendre d’un trottoir me fait souffrir. Puis quelques rues en descente me forcent à appuyer sur ma jambe gauche. Ma tendinite est très aigüe. Et je sens que je n’y arriverai pas — P*****

Pourtant, la suite du parcours consiste à monter le long d’une ravine, vers le Colorado, La Montagne… avant une énième descente sur Saint-Denis, et l’arrivée. Cette descente, je l’appréhende. Mais monter, je sais faire.

Alors, je continue à traverser Sans-Souci, en espérant commencer à monter bientôt. Et finalement, un début de chemin hyper accidenté, avec de grosses pierres à dévaler se présente devant moi. A cet instant précis, je sais que c’est mort.


Je n’arrive même pas à avancer ne serait-ce que d’un centimètre. La pierre est haute de 20cm. Que dalle. Mais là, si je pose le pied, je tombe ou je crie. Et il reste environ 40 bornes à parcourir… Dans ces conditions, ça me semble un chouïa difficile — Fais ch***

Abandonner, c’est facile. C’est vrai. Et dans ma tête, tout se mélange. Je revois le film de la course — Tout ça pour çaEt si j’avais fait ça, ça aurait été mieux… J’aurais du me ménager ici. Et là… Bouffon…

Moribond, je me retape le chemin en sens inverse, vers l’école. Des dizaines de concurrents croisent ma route. Tout va bien pour eux. Moi ? Non — Fais ch***… P***** !!!!!!!!!

De retour au pointage, j’annonce mon abandon. 4 autres coureurs font de même. J’appelle Imdad, l’oncle de ma femme. Qui vient me récupérer.

Je m’endors dans la voiture.

The End.

Conclusion

J’ai pris quelques jours pour rédiger ce récap’ de course. J’y tenais car j’avais envie de partager cette aventure avec vous — amis lecteurs réels ou virtuels :) Et puis, un jour — qui sait ? — mon fils lira cet article, et comprendra mieux pourquoi son père est un sadique dictateur.

Clairement, j’étais dégoûté par mon abandon. Une tendinite, c’est vraiment une blessure à la con. Je ne suis pas tombé, je n’ai aucune blessure apparente. D’autant que — bien que fatigué — je me sentais aller jusqu’au bout.

Aujourd’hui, avec un peu de recul, je sais que j’ai vécu un premier grand raid vraiment extra. Et que je referai cette course. Voire, je m’attaquerai directement à sa grande sœur la Diagonale des Fous, celle de 165km qui démarre encore plus bas sur l’île de la Réunion — depuis Saint-Pierre.

Donc, déçu, sportivement : oui.

Humainement, absolument pas !


A l’heure des bilans, d’abord les points + :

  • mon sac Salomon S-Lab 8 Litres, l’accès facilité à l’alimentation, et à toutes les autres poches : parfait. Rien à voir avec mon ancien sac Kalenji, vraiment nul à côté ;
  • mon short Poli avec des poches parfaitement adaptées aux conditions d’ultra-trail, et la possibilité de remonter la partie cuissard en cas de grosse chaleur : parfait.
  • ma condition physique générale : sérieusement, les dénivelés méritent des cuisses musclées, du souffle, et un cœur bien accroché.
  • la Sporténine, un médicament non dopant — proposé par mon beau-père pharmacien — m’a été d’un grand soutien. Aucune crampe quasiment durant 50km… j’ai clairement repoussé mes limites grâce à ce complément !
  • ma batterie externe, qui m’a permis de recharger montre et lampes sur le parcours. Pratique !

Par contre, côté points négatifs :

  • J’ai repris les entrainements 15 jours avant le début de la course. N’importe quoi… Mes séances kiné & osthéo pour réparer mon dos bloqué — suite aux 24h du Mans Vélo— tout le mois de Septembre ont ruiné ma préparation ;
  • Mes chaussures : je suis déçu de mes Hoka One Mafate Speed 2. Elles ont beaucoup trop morflé sur tout ce parcours. Confortables, certes. Mais aussi très critiquées par d’autres coureurs + le podologue rencontré en fin de parcours. En raison de leur usure prématurée, et de certains autres aspects techniques.
  • Mon sac était encore un peu trop lourd. La GoPro, ça pèse. Mais aussi les barres d’alimentation inutiles. Peut mieux faire la prochaine fois !
  • Je ne connaissais pas le parcours. Oui, il y avait un roadmap, avec les points d’arrêts. Mais un Zoreille comme moi connait mal les DOM-TOM. Si j’avais mieux appréhendé le Maïdo en 3e grosse montée, après le Piton des Neiges et le Col de la Fourche — et que je savais vraiment à quoi m’attendre — alors j’aurais clairement mieux géré mon énergie.
  • Les lunettes, la nuit, bof bof. J’aurais du passer sur des lentilles. A tester !
  • Les musiques merdiques aux ravitos. ACDC, Led Zep, de la bonne Funk, Macéo Parker… il faut nous donner la pêche ! Pas nous balancer de la merde dans les oreilles avec Maitre Gims, Vitaa et autre Colonel Reyel — je ne savais même pas qu’il existait encore celui-là !…
  • Certains concurrents ne font pas attention à leurs déchets. Déjà que la Réunion n’est pas le Royaume du Zéro Déchet — il y a des détritus partout… — sur un parcours naturel, qui plus est par des traileurs normalement amoureux de Dame Nature… j’avoue avoir été scandalisé, au point de ramasser certains détritus de mon plein gré.

Je cours un autre ultra dans 5 semaines : la Saintélyon 80km. Rien à voir avec la Réunion. Cette fois, il s’agit d’un parcours très rapide — les meilleurs finissent en 5h20 ! Le tout, dans un froid hivernal, consistant à rejoindre Saint-Etienne et Lyon.

Et surtout, l’objectif de vraiment finir cette fois, pour marquer 5 points ITRA, me permettant d’envisager une inscription à la TDS — petite sœur de l’UTMB.

#NeverGiveUp!

Autres Sources

David Desrousseaux

Written by

Entrepreneur, Ecommerce & digital consultant — Sport passionate / Challenge lover

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