Quelle est la place du public dans l’art interactif ?

Le clic est hasbeen maintenant il faut effleurer l’écran, sauter sur un tapis digital ou taper des mains pour faire apparaître une pluie de pixels. On ne nous demande plus de regarder mais d’agir. Mais comment le public réagit-il ?
Secouer le spectateur !
Depuis l’art contemporain les premiers signes d’interactivité sont nés. En créant « Carré blanc sur fond blanc » Malevitch déroute le public en posant la question de ce qu’est l’art, incitant une réaction du public. Faire réagir le spectateur par la parole voire par des actions de dénonciation est le début d’un art en mouvement.
Avec l’arrivée du numérique, émerge un nouveau dialogue : celui d’échanges entre l’objet et le spectateur entre le monde réel et virtuel. Les technologies jouent avec le caractère pluridimensionnel de l’œuvre qui impacte tous les sens du public. En touchant à nos sentiments, l’art interactif devient un moyen de communication incontestable. Appelé à interagir, le public est doublement touché en devenant lui-même acteur de l’œuvre. L’art digital interactif a dans ses mains le pouvoir de relayer des idées de façon modernes et amusantes. Reste à savoir comment l’audience s’approprie ce support.
1+1 = 3
Aux musées, dans les galeries ou encore dans l’espace public s’installent des projets nous appelant à interagir. « 21 balançoires » est le projet du collectif Tous les jours invitant les passants à créer une symphonie en se balançant en plein milieu du quartier des affaires de Montréal. En créant ce projet, les artistes invitent les business man, enfants ou grands-parents à se joindre autour de l’attraction. Une cohésion entre inconnus se crée par le biais de l’installation. En effet, si seul un unique utilisateur s’installe la mélodie sera moins vibrante qu’avec une multitude de balançoires aux différentes sonorités.
L’exemple prend en compte un objet usuel. Cependant l’art interactif est souvent assujetti à la technologie. Bien que facteur d’interpellation, le risque des installations trop innovantes est d’atteindre l’incompréhension pouvant rendre l’interaction avec l’œuvre frustrante. À contre pied, il peut naître une nouvelle gestuelle que même l’artiste n’avait imaginé et c’est ainsi que l’art ne cessera de se renouveler !
Ne pas toucher
Si le spectateur devient acteur d’une exposition il faut lui en donner les moyens. En effet, comment une œuvre fait-elle pour vivre si personne n’arrive à l’activer. Maintenant l’étiquette « ne pas toucher » sera bannie au risque de délaisser l’œuvre à son seul statut d’objet. Ainsi les expositions contemporaines ne représentent plus du vivant mais des comportements du vivant. L’œuvre se singularise à chaque interaction, selon que le spectateur-acteur se contorsionne sa dimension sera complètement différente. On replace l’utilisateur au centre d’un dispositif et il ressort avec la satisfaction d’avoir été acteur et non plus simple témoin.
Des frissons et des étoiles dans les yeux
Mais quel sentiment retient-on d’une interaction avec une œuvre d’art ? En effet l’artiste scénarise son installation avec une multitude de capteurs qui prédéfinissent l’action. Le spectateur-acteur est plutôt un élément de l’œuvre que son auteur. Le piège est de tomber dans l’effet robot qui pourrait limiter l’adhésion du public, surtout si celui-ci est uniquement simple spectateur de l’œuvre.
Car en tant que spectateur classique que devient l’art interactif ? En ne participant pas à la construction de l’animation, aura-t-il vraiment connu l’œuvre s’il ne l’a pas vécu ? Il aura plutôt la position de téléspectateur. Les sensations ne seront pas les mêmes mais la naissance d’une œuvre sous nos yeux sera toujours une expérience spectaculaire qui nous produira de l’émotion. Il faut voir deux dimensions à l’art interactif celui du sensationnel qui s’ajoute à celui du sentimental.
L’art interactif serait-il la clé pour répondre à nos besoins contemporains ?
En effet deux désirs aux antipodes se rejoignent, celui d’unicité et de singularité lié dans la même œuvre d’art. Peut-être est-ce la réponse pour cet art futuriste avec un avenir plus que prometteur…
Anouk Zibaut
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