La fête de Toussaint.
La Toussaint. Une fête pour nous souvenir et prier pour nos disparus. Se recueillir chacun dans sa confession pour le repos éternel des âmes de nos bien-aimés partis tôt. Comme quoi les Saints ne sont pas seulement au cimetière, je me suis levé tôt le matin réveillé par une horloge que je qualifierai divine. Je me suis dirigé vers l’autoroute et j’ai embarqué dans une ligne Tata dont je ne me souvenais plus du numéro. Destination? Je ne saurai le dire. Je n’avais pour compagnons qu’une bouteille d’eau et mon smartphone. Je descendis dans un des quartiers de la banlieue dont par soucis de discrétion je tairai le nom. Après plus d’une dizaine de minutes d’errance sans destination, je fis la rencontre d’un certain Malick Seck. Âgé de 28 ans et capitalisant de longues années de chômage à son actif avec comme seul diplôme une intégration à l’atelier de menuiserie du coin qui a fermé porte car ayant subit le ravage des eaux de pluie. Il était quand même affable, humble et courtois, après quelques salamalecs d’usage il accepta de marcher avec moi pour faire le tour du quartier. Pensant au départ que j’étais journaliste, il s’est donné à cœur joie de m’aider dans mon besoin de mieux savoir ce qui se passe par là. Je lui dis que je n’en suis pas un et que j’étais juste en balade pour découvrir. Il fut touché par mes intentions. Bref, tel n’est pas l’objet de ma narration du jour.
Après une heure de marche, j’ai eu à découvrir des conditions de vie atroces qui frisaient l’atrocité. Des maisons lugubres qui dépassent l’imaginaire. Nous qui avons des lits doux et moelleux ne pouvons nullement ou ne sommes point prêts à y passer une journée. Retenez bien que la quasi totalité des maisons visitées n’avaient presque pas de toilettes. Oui pas de toilettes!
Malick me fit comprendre que seule la foi religieuse retenait en vie ces personnes. Elles sont désemparées et ne veulent point entendre parler de «la politique» qui demeure une mythologie ou même une insulte dans ces zones. J’en doute fort. Car en période d’élections, les plus grandes mobilisations se font dans ces zones moyennant un t-shirt et un joli billet vert.
Les enfants courent dans tous les sens, certains prêtent main-forte à leurs mamans vendeuses de produits divers. C’est le cas de Soukeyna qui aide sa maman à vendre le petit-déjeuner dans un endroit dont les conditions d’hygiène laissent à désirer. Je ne pouvais décliner l’invitation de mon «ndiatigué» pour ne pas le froisser. Quand même ce fut délicieux. Mère Sokho la maman de la petite Soukeyna. Cette dernière du haut des ses quinze ans ne connaît pas le chemin de l’école pour ne jamais y avoir posé les pieds. Heureusement elle a quand même un extrait de naissance. La dame, quinquagénaire me fit comprendre que cette activité lui permettait de ramener de l’espoir chez elle…c’est à dire de quoi manger! L’électricité? Elle dit être habituée avec sa famille à vivre dans les ténèbres au coucher du soleil. L’eau? Elle en achète chez des voisins parfois ou au robinet central. Quel triste sort. Nous prenons congés d’elle avec mon guide du jour qui me montra un quartier frappé de plein fouet par les inondations. On y patauge ou bien on nage pour se déplacer. Ces maisons sont dépeuplées de leurs forces (jeunes filles et garçons) parties travailler comme ménagères dans la ville ou garçons au rond-point Keur Massar en qualité de manœuvre journalier. Peut-être que ces derniers ramèneront eux aussi de l’espoir en fin de journée. Qui sait?
Je ne sens pas l’heure filer. Le temps d’aller prier Jummah puisque nous sommes vendredi, ce dernier me dit qu’il va falloir nous trouver une gargote pour manger car chez lui seul le dîner est assuré pour tous. Je me retiens de faire une grimace afin de ne pas froisser mon interlocuteur. Je prétexte une urgence pour rebrousser chemin puisque n’ayant toujours pas digéré le petit-déjeuner de Mère Sokho. Je pris quand même la peine d’échanger avec malice nos coordonnées tout en lui promettant une autre visite avec des idées et pistes de solutions ne serait-ce que pour une amélioration du quotidien de cette zone.
J’en sors grandit de cette demi-journée dans la banlieue dakaroise qui m’a beaucoup appris. Parfois la souffrance est à nos portes. Nous sommes sourds et aveugles pour ne pas l’entendre ou snobs pour ne pas accepter de la voir. Comme d’habitude je n’étais que de passage.
Bon week-end à tous.
