BENALLA OU LA DÉBÂCLE

Petit raccourci de l’affaire.

Deux semaines ont passé depuis que l’affaire a éclaté. Une éternité.

Aujourd’hui, le plus alarmant dans cette histoire, ce n’est même plus l’affaire en elle-même, mais la réaction de nos dirigeants et la pathétique opération de communication qui a été mise en œuvre.

Deux semaines, toujours pas de sanction claire, pas d’explication valable.

Et surtout, aucune excuse, aucun regret exprimé.

Un ministre, qui en toute logique aurait dû sauter depuis longtemps, toujours en place.

Les sbires du président qui répètent ad nauseam des éléments de langage absurdes.

Et Emmanuel Macron lui-même qui oscille entre bravade et victimisation — alors qu’il devrait faire acte de contrition.

Parodie du compte de Macron sur Twitter

Ils auront même réussi à éclipser la victoire de l’équipe de France, qui nous avait apporté un peu de baume au cœur en ces temps de morosité. Ça n’aura pas été long.

La photo qui restera de la coupe du monde 2018.

Voilà qui nous rappelle une autre affaire, pas si lointaine : Fillon. Et dont Emmanuel Macron a justement bien profité.

Et le pire : le principal intéressé, Alexandre Benalla, téléguidé par les communicants du gouvernement, qui se retrouve sur TF1 en heure de pleine écoute, grimé en gendre idéal, pour se défendre à coup d’affirmations sidérantes de mauvaise foi.

Cette dernière chose est peut-être la plus effrayante.

Mais bon sang, à quels Français s’adressent-ils en faisant cela ? Pensent-ils que leurs concitoyens puissent-ils être si stupides pour avaler de telles couleuvres ?

Le fait même que Benalla passe au 20 heures est déjà scandaleux. Cela devrait être l’affaire de la justice, rien d’autre.

Quand Twiiter se défoule.

Certains se demandent — c’est légitime — si nous n’en avons pas trop fait.

S’il n’y a pas eu un emballement, une couverture excessive de l’histoire. Certains pensent que ça commence à bien faire, l’indignation sur les réseaux sociaux.

Il est vrai qu’à l’égard de ce qui se passe dans le reste du monde (le terrible incendie en Grèce, les vagues de chaleur qui se succèdent, les ravages de la politique de Trump, la tragédie des migrants et l’Europe qui fait la sourde oreille, etc.), cette affaire peut paraître dérisoire.

Seulement voilà, c’est le grain de sable dans la mécanique bien huilée d’un gouvernement présomptueux. Et si nous perdons totalement confiance en ceux qui nous gouvernent, alors comment aborder tout le reste ?

Personne n’est dupe de ce qu’elle révèle. C’est précisément ce dont nous ne voulons plus.

Nous ne voulons pas d’un pays où un pseudo « chargé de mission » (qu’il soit payé 6000 euros ou 10 000 euros) soit envoyé dans les manifestations pour tabasser des jeunes. Une petite frappe opportuniste et arrogante au point de donner des ordres aux autorités. Tout cela aux frais des contribuables. Et bien entendu, il n’est pas le seul.

D’ailleurs, il y en a combien comme lui ?

Ces pratiques ne sont plus de notre époque. Ou alors, dans les dictatures.
 Entendons-nous bien, nous ne sommes pas dans une dictature, comme le montre entre autres la réaction de la presse (soi-disant entièrement dirigée par les grands patrons, amis du président, voilà bien la preuve que non), n’empêche : ce genre de pratique est ni plus ni moins puante.

Photo d’un conseiller du gouvernement turc qui frappe un manifestant (source : l’Obs)

Même la police nationale est consternée.

Rappelons à ce sujet que cela résonne malheureusement avec autre chose, une autre calamité : l’accumulation des violences policières ces dernières années en France. C’est lié. Les brutalités se banalisent.

Alors oui, je me réjouis de la réaction de la société civile, que ce soit par le biais de la colère, des réseaux sociaux, ou encore à travers l’humour (salvateur, comme toujours).

Cette affaire ne passe pas, et TANT MIEUX.

Et ça n’est pas à Emmanuel Macron de nous dire qu’il y a « tempête dans un verre d’eau ».

Ce verre d’eau, il y a longtemps qu’il a débordé.

(le 30 juillet 2018)