Le “revenu universel” n’est-il pas le triomphe politique de l’individualisme?

Le clivage gauche/droite traditionnel opposent les tenants d’une société basée sur un compétition décrétée “naturelle” et incontournable à ceux d’une société solidaire, protectrice des plus faibles et garantes de droits humains inaliénables: travail nourriture, logement, éducation, santé. Cette idéologie humaniste était celle du “Conseil National de la résistance” après salutte contre la barbarie; il a construit les bases du “modèle social français”. “Liberté, égalité fraternité” devient la véritable spécificité historique française; une identité française héritée de l’humanisme des “lumières” ayant des prétentions universelles. La seule identité à défendre avec fierté. Un débat de société. En ce sens il est impossible de n’être “ni de gauche, ni de droite”, ou “de gauche” mais libéral, il faut s’inscrire dans une vision humaniste de la société, et tenter de la décliner dans le contexte mondial.

La mise en place sécurité sociale est le meilleur exemple de la concrétisation de cette vision solidaire : chacun cotise selon ses revenus et accède au soins selon ses besoins …

cf l’excellente chronique de Mathilde Larrère sur “arrêt sur image” http://www.arretsurimages.net/chroniques/2017-01-06/La-secu-des-origines-a-nos-jours-histoire-d-une-revolution-id9439.

La solidarité nationale c’est aussi l’accueil de tous les enfants dans la même école, publique, gratuite, laïque; le droit au logement (HLM et APL ALF et ALS), le droit au travail et l’assurance chômage…Bref c’est la part sociale du revenu de chacun, un bien commun accessible à tous, un service public.

Evidemment pour les partisans de la compétition sociale, ces acquis sont des utopies, et des entraves , un coût, pour ceux qui prétendent organiser le travail et l’exploitation la plus efficiente des travailleurs. Ils n’ont eu de cesse de les rogner (prise en charges par l’assurance maladie et asphyxie de l’hôpital public, dégradation de l’enseignement de l’Education Nationale, abaissement des allocations logement, des allocations chômage), tandis que se développe la précarité et la pauvreté. Aujourd’hui les Fillon et autres droites n’hésitent pas à promettre la fin du“modèle social français” et les “réformistes de gauche” à le liquider sous couvert de sa défense “réaliste”. En effet, à force de révisions quantitatives, on perd l’efficacité et donc le sens même du service public . On le remet donc fondamentalement en cause, d’où l’idée du revenu universel sensé assurer ces besoins élémentaires : avec, à chacun de s’en débrouiller. Quand la révolution numérique promet une révolution radicale du travail humain il est évident qu’il s’agit du filet social d’une précarisation annoncée et une fausse solidarité nationale. A la part sociale du revenu on substitue une aumône individualisée.

Pourquoi élit-on des politiques, si ce n’est justement pour mettre en place une action politique, pour guider la société selon une vision (plus ou moins utopique) du bien public, de l’homogénéité sociale, du progrès culturel , plutôt que de céder à la loi du plus fort, de la jungle, du marché, de la violence sociale? Le maintien de services publics accessibles à tous est un enjeu de société, mais faute d’audace pour le porter au niveau européen, ce débat est occulté par les partis et les candidats à l’élection présidentielle, et les citoyens ne s’y retrouvent pas.

La prévalence de l’économie sur le politique, le “faire des économies” en est la cause. Mais on ne fait pas d’économies sur les besoins fondamentaux.

Prenons l’exemple de la santé : l’efficience de l’assurance maladie (sécu) est excellente, elle permet l’accès aux soins de tous pour un coût de gestion faible, mais également elle permet de contrôler la qualité des soins dispensés grâce aux relations conventionnelles et la gestion statistique des risques. Nous voyons bien que les secteurs qu’elle ne couvre quasiment plus (dentisterie, optique, audioprothèses), alors qu’ils sont très importants pour la santé et la vie sociale, connaissent une flambée des tarifs rendant ces soins inaccessibles pour beaucoup de nos concitoyens y compris des enfants. Nous voyons que les assurances complémentaires peuvent revenir très cher et, même alors, couvrent mal ces risques. De plus en plus de soins échappent au conventionnement car la libre concurrence du grand marché de la santé est inscrite dans les traités européens et interdit le monopole de l’assurance maladie, d’où les “mutuelles” obligatoires où la privatisation de l’assurance maladie. A-t-on entendu la France s’élever contre ces traités libéraux par la voix de ses dirigeants qu’ils soient de droite où de “gauche”?

Au niveau de l’organisation des soins, notre santé était construite sur un double réseau : hôpital public en charge des soins, de la formation et de la recherche et médecine de ville libérale et conventionnée par l’assurance sociale. L’hôpital public représente un formidable patrimoine culturel, humain, technique. Aujourd’hui il est asphyxié économiquement avec le financement à la T2A et ce patrimoine est dilapidé: de grand groupes investissent dans l’hospitalisation privée à but lucratif ; c’est un secteur qui prend en charge les soins et les malades “rentables”, exerce volontiers des dépassements d’honoraires, laissant à l’hôpital la charge des pathologies lourdes et pluripathologies, de la formation et de la recherche dont ce mode de financement à l’acte ne tient pas compte. En médecine de ville, le secteurII se développe avec agrément par les assurances privées, sur le mode en cours aux USA. On voit donc se concrétiser une médecine à 2 vitesses : d’un côté une médecine publique ouverte à tous mais asphyxiée avec une moindre qualité (engorgement des services, délais d’attente, abandon des préventions) de l’autre une médecine privée de consommation médicale ce qui ne signifie ni qualité ni efficience. Où est l’économie pour le citoyen? Et donc où est l’économie pour la France qui va devoir finalement consacrer une part plus importante du PIB aux dépenses de santé pour payer les bénéfices des assurances et des investisseurs privés ?

http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/sante-une-reforme-qui-ne-rassure.html

Nous pourrions dresser un même tableau pour l’Education nationale, le financement des collectivités territoriales et des différents (ex)services publics.

Comment le citoyens français ne serait -il pas dubitatif dans ses choix politiques quand les prétendants manquent d’engagement politique et de clarté sur des questions aussi fondamentales? Comment ne seraient-ils pas tentés par le discours simpliste du populisme (c’est la faute du “système”, de l’Europe et des “étrangers”) qui propose les baguettes magiques des blonds cheveux de Marine à défaut de solutions.

Pourquoi même Macron fait-il un tabac? Sans doute beaucoup de mesures qu’il propose ne sont pas stupides, il est jeune et sémillant mais en refusant de donner une direction (“ni droite ni gauche”) à son apparent pragmatisme, il n’apporte pas de réponse sur la société qu’il veut construire. Sa posture est combative mais sans contenu politique, il est l’émanation du vide qui l’entoure.

Il y a donc une vraie refondation politique à donner au débat. L’impuissance des partis à construire un discours politique crédible ramène les citoyens à leurs responsabilités politiques personnelles. Que les idées circulent, que prennent langue les aspirations, et les organisations politiques seront revitalisées, ou se recomposeront. Avec quelle volonté politique et sociale pourrons nous aborder la révolution numérique? Avec celle des citoyens dont les représentants ne sont que …les représentants, c’est ça la démocratie.

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