Je me suis violée pour qu’on m’aime encore.

Je ne me suis pas faite violée. 
Je me suis violée. J’ai violé mon corps pour qu’on m’aime encore.

Barf Farm Cult

On parle souvent du viol. Du viol que quelqu’un d’autre vous a fait subir. Du viol physique que quelqu’un vous a infligé. On parle moins de celles qui ont, quelque part, eu besoin de violer leur propre corps pour mesurer le mal, mesurer le vide, mesurer l’absence de l’autre et de son ame dans l’acte, mesurer la disparition de son amour.

Sans doute parce qu’il n y a pas de mot qui décrive le fait d’abuser de soi meme à travers quelqu’un d’autre, sans doute parce que c’est moins *grave*, sans doute parce que le mot “viol” n’est pas tout a fait juste dans ce cas. Et pourtant, il est possible de se violer, soi.

Quand vous n’en avez pas envie mais que vous vous offrez, car c’est tout ce qu’il vous reste dans cette relation. Le sexe devient le seul lieu d’échange, le seul endroit ou vous avez encore l’impression d’avoir un peu d’importance à ses yeux, le seul moment ou il vous accorde encore toute son attention.Le sexe comme monnaie de l’attention, la seule façon, tordue et malsaine, d’avoir encore un langage commun. Ce besoin douloureux de “faire l’amour” pour savoir, etre sure, que c’est la fin de l’amour.

Dans votre terrible tristesse, dans votre soif de son attention, dans votre désespoir, vous devenez une esclave de cette pratique pour tenter de faire revivre quelque chose qui est mort. Alors, pour ne pas tout perdre, je me viole. Je me fais du mal. Je ne sais plus quelles sont mes limites.
Je ne sais plus me protéger. Ni de lui, et encore moins de moi meme.

Je suis consentante. Je lui donne l’autorisation. Je me donne l’autorisation. Mais il n’est pas avec moi. Il est seul dans l’acte. J’ai vécu des moments de terreur en réalisant que ses gestes étaient mécaniques. Des moments de solitude. Des moments de douleurs. Je sors de mon corps. Je ne l’habite plus. Je ne suis qu’un morceau de chair. Il ne s’en rend pas compte que je ne suis pas là. Je pleure en silence pendant qu’il me penetre. Des larmes envahissent mon visage. Et lui, il ne voit rien.

Mon âme vole en éclat, je me brise de l’intérieur et il ne le sent pas. Vas et viens. Enfoncer l’un dans l’autre nous sommes profondément déconnectés et aucun fluides, aucuns gémissements ne pourra rien recoller.

Et pourtant j’en redemande, comme si j’étais la petite poucette, affamée des dernières miettes. Je suis invisible. Je hurle intérieurement. Je me suis rarement sentie aussi seule. Aussi dissociée de mon corps. Son sexe n’enfonce pas mon sexe, il défonce mon coeur.

Je ne l’ai jamais arrêté, j’en ai meme réclamé, à tord pour essayer de “raviver”, comme si il s’agissait dans mon esprit tordu d’une monnaie pour continuer à etre aimé. Des années après, je me sens encore atteinte dans mon intimité .

Ce sont des instants de vérité qui restent encore gravés, quand dans l’acte sexuel, lorsque je me suis violée, j’ai su, j’ai réalisé, que quoi que je lui donne, je n’étais plus aimée. Il n y a personne à pointer du doigt quand au lieu de savoir fuir, vous vous êtes abusé.


Ps:

Ceci est un texte personnel sur les limites qu’on se fixe avec soi même en tant que femme. Le terme “viol” est bien évidemment utiliser de façon métaphorique ici.

Ce texte n’est pas un appel à polémique, ni une forme de comparaison à ce que d’autres ont vécus comme violence sexuelle. Il s’agit seulement de mon propre ressenti, d’une exploration personnelle et littéraire d’une forme de violence que je me suis imposée et que d’autres femmes, je suis sûre, connaissent.

À toutes les mauvaises langues, qui je sais, me lisent… ce n’est pas parce que, dieu merci, je n’ai pas vécu de véritable viol par autrui, que j’ai à m’excuser d’utiliser le terme et que je n’ai pas le droit d’exprimer mon ressenti.