TEDxParis, comme si vous y étiez

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Jul 24, 2017 · 7 min read

1 février 2010 Edito

Cette semaine, Geneviève Petit (très occupée par le nouveau Point Chaud sur Google) cède son édito à Dov Rueff, qui a assisté à TEDxParis, le 30 janvier dernier, et en fait un compte rendu acidulé.

« Le générique : Michel Levy-Provencal, organisateur de TEDx Paris, est bloggeur sous le nom de plume Mikiane, directeur du studio multimédia de France24. Il a organisé TEDxParis assisté d’une quinzaine de volontaires. Bruno Giussani, directeur Europe des conférences TED, était dans la salle. Les partenaires s’appelaient France24, FaberNovel, BlueKiwi et Visual Mobile.

Les chiffres : 650 personnes à l’espace Cardin, ont écouté 20 intervenants pour un événement budgeté 100 000 euros.

Ideas worth spreading

La conférence annuelle TED existe depuis 1984, à Monterey, avec pour slogan « Ideas worth spreading », des idées qui valent la peine d’être partagées. Traduction officielle, à l’accent légèrement marseillais, « Des idées pour changer le monde », en gros un festin d’idées fortes selon son fondateur.

L’intégralité de ces conférences est offerte au public en vidéo. Et, surprise, ça a cartonné: plus de 30 millions de visiteurs. Tout le monde connaît celle où Jeff Han faisait la démo pour la société Fingerworks d’un des premiers panels multitouch, présentant les gestes intuitifs devenus populaires depuis leur acquisition par Apple et leur intégration dans l’iPhone, mais aussi sur le trackpad des MacBooks les plus récents.

Pour démultiplier son impact en s’appuyant sur les spectateurs du monde entier, l’organisateur a décidé de décliner la TED, en de multiples manifestations décentralisées, dont TEDxParis. Les places étaient prévendues sur le modèle des « ventes flash » des grands magasins. Mais, la presse semblait absente et le seul journal à avoir publié des photos de la TED, était… surprise… Madame Figaro ! Faut dire que le programme n’était pas des plus alléchants, hormis Sarah Kaminsky. Mais on s’accrochait à l’idée que la vedette de la TED, c’est la structure de la conférence : 18 minutes, pas une de plus et un coach pour mieux préparer son speech.

Directrice de France24 et principal sponsor de TEDxParis, Christine Ockrent ouvre le bal. Tout de suite, pour chauffer la salle, elle lie la conférence TED à Davos, où, quelques jours avant, elle galérait pour trouver un sujet pour la TED, échangeant avec son voisin de table . . . James Cameron ! Suggestion du réalisateur milliardaire (« — Parle de moi ! »).

Ça l’a encouragée à parler . . . d’elle et de la révolution dans le journalisme : pour faire court, il n’est pas mort, son corps bouge encore. Booom ! L’ordre ancien se détruit et la presse passe d’un modèle aristocratique et censitaire où fallait payer pour être au jus à un modèle démocratique et gratuit. Mais la perte de l’autorité du journaliste est un leurre puisque de nouveaux leaders émergent, comme sur FB dans la propagation des infos et qu’on accorde toujours parcimonieusement sa confiance. Hum ! Et la neige, elle était bonne ?

On enchaîne… Sur Soro Solo, un journaliste de Côte d’Ivoire, réfugié sur France Inter, qui raconte comment le beurre de karité de son enfance, toute sa culture ancestrale traditionnelle, lui a été récemment refourgué avec un packaging français, comme un produit révolutionnaire et bio ! « Ta vérité plus ma vérité nous rapprochent de LA vérité », recommande-t-il, ne jetons pas nos traditions !

Ensuite, c’est Françoise Schein l’architecte à qui on doit les faïences de la station Concorde présentant les droits de l’homme lettre à lettre, sans espace. Mère adoptive d’une petite fille brésilienne, elle raconte avec émotion comment elle a rencontré la mère biologique de sa fille et comment elle a, depuis cette date, diffusé son savoir-faire dans les favelas ou les quartiers dits chauds, sous la forme d’ateliers de céramique. Dans l’assistance, un visage asiatique vraisemblablement adopté, sèche ses larmes à cette évocation. Sortez les mouchoirs.

On continue sur Gildas Bonnel, un pubard, qui en gros raconte sa gêne à enchaîner les grands écarts entre le nécessaire développement durable et les grandes messes de la pub, comme Crans. Il avoue son enthousiasme modéré à nous faire devenir proprio d’une nouvelle perceuse-visseuse, vu qu’on l’utilise celle qu’on a déjà à peine 8 minutes tous les 6 mois. Et que les week-ends shopping à New-York, c’est fini fini ! Pour faire changer le comportement des gens, il faut leur annoncer qu’ils vont toucher les bénéfices de leurs efforts, comme un gamin qu’on envoie en pension à la ville pour faire de bonnes études et trouver un boulot qui le passionne. On apprend par la suite que le gars possède une agence de pub spécialisée dans l’éco-responsable durable et solide : finalement plutôt doué pour faire sa pub, le Gildas.

Next, c’est Joël de Rosnay, figure connue de la prospective puisqu’il dirige un truc ronflant à la Cité des Sciences. En gros, il nous gratifie d’une resucée de ses idées d’avenir, web5, biotique. Nous explique que la réalité augmentée, ça fait des années qu’il avait baptisé ça : réalité cliquable. Que l’interface neuronale débarque, des singes ont contrôlé un bras robot pour bouffer des bananes. . . On a réussi à implanter des électrodes permettant de téléguider des rats. L’avenir, c’est la Singularité, un ordinateur surpuissant grâce auquel on sera tous interconnectés. Ouïe, ouïe, ouïe : nous aussi, on sait surfer sur des vidéos de chercheurs sur Internet.

Guy-Philippe Goldstein, un jeune écrivain vient nous parler de la cyber-guerre, que c’est pas que dans le cyber que ça se passe, nooon, non, puisqu’elle a paralysé l’électricité en Estonie. En vrai ! Et que les attaques supputées chinoises contre Google ont réveillé Hillary Clinton. Et que des généraux américains n’excluent pas de riposter par tous les moyens possibles à une cyber guerre qu’ils comparent à des armes de destruction massive. Au final, la guerre froide et son prévisible équilibre des forces entre deux superpuissances était hyper cool comparé au jeu multipolaire actuel aussi dangereux qu’à l’époque où la technologie a rendu possible la Blitzkrieg, à la veille du premier conflit mondial. Brr…ça fout les jetons.

Anaïs Rassat, une cosmologiste du CEA nous explique ensuite ce qu’est la lentille gravitationnelle et comment Einstein a permis qu’on ait tous le wifi dans la salle. Et que le télescope Hubble va être remplacé par un truc européen sur lequel elle travaille depuis des lustres Euclid 2018 et que ça va coûter 10 cents par tête d’Européen mais qu’on ignore encore ce que ça va rapporter comme bénef’…

Puis, François Taddeï, un chercheur nous explique comment l’éducation peut s’inspirer des bactéries. La maîtresse de son gamin de six ans lui a confié : « Votre fils est charmant, mais il pose trop de questions » Depuis, c’est lui qui s’en pose. Sur l’éducation. D’autant qu’avec Big Blue comme champion du monde d’échecs, on peut se dire » Si votre métier ressemble aux échecs, préparez-vous à changer de métier ». Or les bactéries ont justement appris à apprendre et à désapprendre. Et ce sont elles qui l’inspirent. Pour organiser des festivals de sciences à l’Ecole Normale Supérieure avec des jeunes défavorisés. Il est persuadé que c’est en utilisant cette juvénile énergie qu’on évitera l’exclusion et de nouveaux 11 septembre.

Après la pause café, gâteaux et trucs salés, on repart à l’attaque :

Christophe Galfard est un physicien théorique, élève de « mon maître Stephen Hawkings » s’est mis en tête de nous expliquer les trous noirs. On s’accorde avec lui sur l’idée que c’est pas de sitôt que son métier va être remplacé par des ordinateurs.

Puis, Marina Cavazzana-Calvo, chef des biothérapies à l’hôpital Necker nous explique comment elle soigne les maladies des enfants-bulles par thérapie génique, en corrigeant les « fautes de frappe » génétiques sans toucher aux cellules germinales. Enfin, un récit de première main !

Arrive alors la star, Sarah Kaminsky : elle a écrit un livre sur la vie de son père, qui bricolait des faux-papiers pendant la seconde guerre mondiale pour sauver des Juifs, mais aussi après, pour venir en aide à divers mouvements de libération populaire anti-colonisation. Voici comment elle a appris son secret. Elle avait imité la signature de sa mère, qui l’avait grillé. Apprenant cela, son père l’a engueulée : « Ma fille, t’aurais quand même pu t’appliquer ! » Plus tard, elle a appris qu’il avait travaillé pour les services secrets. Et que c’est dans une teinturerie en Argentine, qu’il avait tout appris de produits chimiques permettant d’effacer l’encre. Il avait toujours bossé gratoche : photographe le jour, faussaire la nuit et… Fauché, tout le temps ! Et qu’il avait inventé l’effaceur d’encre ! Une ovation spontanée se propage quand elle annonce sa présence dans la salle.

Ensuite Michel Benasayag, un philosophe et psychanalyste argentin, militant guevariste, nous fait une brillante impro sur le danger d’imposer la tolérance zéro, la différence entre légalité et légitimité et la nécessaire utilité du risque dans notre société.

Fabrice Grinda, le sérial entrepreneur fondateur d’OLX, un Craigslist de petites annonces gratuites pour le monde non anglophone, nous explique que, tel un Picasso du business, lui ne copie pas mais vole carrément les bonnes idées. Avec sa formation d’économiste et son absence de créativité, c’est mieux pour lui. Et puis, si on prend des risques, la pire chose qui peut nous arriver n’est jamais aussi grave qu’on le croit, comme il a pu l’expérimenter lors d’échecs précédents.

Oxmo Puccino, le rappeur vient nous balancer deux trois phrases bien senties, sur sa vocation née de paroles qui soignent, prodiguées par son père. Avant de conclure par « faites attention à ce que vous dites ».

Au final, en guise de récapitulatif de l’aprème : Cyrille de Lasteyrie, blogueur connu sous le nom de Vinvin, venu « s’ébouriffer les neurones » nous explique qu’après avoir entendu tous ces gars géniaux, on se dit : « Ch’uis vraiment qu’une pauvre merde ! » . On assiste en direct à la naissance d’un nouveau comique.

Cyrille de Lasteyrie a.ka. Vinvin : « Ch’uis vraiment qu’une pauvre merde ! »

Opinion : bon d’accord, y avait pas autant de chercheurs géniaux aussi pédagogues et révolutionnaires qu’à la vraie TED, mais vu le rapport prix (50 à 70 €) contre 6000 $ l’original, on en a pour son argent !

Dov B. Rueff

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