toki pona, “le langage du bien”

Il y a quelques semaines maintenant, j’ai découvert le toki pona au détour d’un billet partagé sur Mastodon. J’eu littéralement un coup de foudre pour ce langage et je vais essayer d’en expliquer les raisons dans ce billet. J’en profiterai aussi pour vous donner quelques liens vers les meilleures ressources que j’ai pu trouver sur le web :)

Toki kwa ?

Le toki pona est une langue artificielle inventée par Sonja Elen Kisa et publiée sur internet en 2001. « toki pona » signifie “langue bonne” ou “langue du bien”. Il semble qu’il y ait quelques principes Taoistes à la base de cette invention dont la genèse reste très personnelle à Sonja. Ce que je retiendrai surtout, c’est que ce langage vise avant tout à la simplicité, que ce soit de la phonologie, de la grammaire ou encore du vocabulaire… avec seulement 120 mots !

Pour essayer de vous faire toucher du doigt l’essence, je reprendrai simplement la définition du mot ike : négatif, mal, mauvais, … compliqué, être mauvais, faire le mal, ... Il est intéressant de voir qu’un même mot peut-être à la fois un nom, un verbe, un adverbe, … que son sens dépend de son contexte d’utilisation. Mais pour ike, on peut dire que si vous n’arrivez pas à exprimer une idée en toki pona, c’est qu’elle est finalement peut-être trop compliquée… et comme tout ce qui est compliqué est mauvais…

On pourrait facilement confondre avec la novlang du livre 1984, qui a pour objet de réduire l’expression, et de limiter les pensées des gens. Le toki pona au contraire, a pour principe d’offrir un cadre, un champ de possible pour jouer avec les mots, pour les associer, créer de nouveaux concepts et finalement échanger avec d’autres locuteurs/joueurs.

De la contrainte née l’innovation, et c’est l’une des leçons du toki pona.

Les mots racines

Avec un nombre limité à 120 mots racines environ, dont le corpus varie entre les différentes sources, on est assez surpris des possibilités d’expression que l’on peut obtenir. Ce corpus restreint et figé a, dans les premières années, subit quelques ajustements (référence à placer ici), mais il s’est depuis stabilisé.

Ce nombre de mot limité m’a aussitôt intrigué et attiré. J’ai commencé alors quelques recherches pour me rendre assez vite compte que la plupart des ressources sont assez anciennes (à l’échelle du web), mais aussi constater que le toki pona est bien vivant.

A ce corpus de mot racine, on peut ajouter des noms propres ou en emprunter aux autres langues. La seule règle est de mettre une majuscule pour les identifier. Ainsi bizarrement la France devient Kanse (ça c’est le plus dur), et tout le monde comprendra si on veut parler d’internet en utilisant l’expression ilo Internet (outil Internet). On peut donc relativement étendre le langage sans le dénaturer pour autant. Mais l’abus de nom propre est de mot emprunté rend les choses beaucoup plus grossière et moins agréable à lire… il faut donc ne pas en abuser.

Un jeu

Le toki pona est donc avant tout un jeu. Ce n’est pas un langage pour communiquer efficacement avec un locuteur étranger et il ne va pas remplacer le globish :)

Le but de ce jeu ? réussir à se faire comprendre avec des phrases simples, sur des idées plus ou moins complexe.

Le parler est redoutable, voir impossible… quelques uns y arrivent mais c’est quand même laborieux à mon oreille (faites une recherche sur youtube pour vous faire votre avis).

C’est finalement un truc de geeks fainéants, plus facile d’accès que le Klingon ou que le Kotava et cela reste la langue construite la plus rapide à apprendre, car vous n’avez besoin que de 30h pour la maîtriser correctement. (source)

Une de mes passions, les Haïkus ;) et en toki pona c’est un réel plaisir de faire ce genre de poésie. J’essaye d’ailleurs de mettre en forme mes petites œuvres dans un recueil… mais si vous êtes impatients, suivez ce lien, vous retrouverez facilement ma production.

Ressources

Pour chercher de l’information, le bon réflexe est de commencer par la page wikipedia (il y a aussi une version française) mais pour aller plus loin je vous propose mes liens préférés ci-dessous.

  • www.tokipona.org : c’est tout de même la page officielle pour trouver le livre officiel (que je n’ai pas lu bien évidemment tant on trouve d’autres ressources sur le web)
  • La bible : ce document est une adaptation du bouquin officiel de Sonja Lang faite par B. J. Knight (jan Pije).On retrouve pas mal de sites web qui s’inspirent de ces leçons. Cette version datée du 26 février 2017 constitue pour moi la référence majeure du langage et je vous invite à la télécharger et à la lire intégralement. Je m’y réfère régulièrement. http://rowa.giso.de/languages/toki-pona/english/toki-pona-lessons_en.pdf
  • Le toki pona en 16 leçons : http://lvogel.free.fr/tokipona/ Il s’agit d’une reprise du livre de jan Pije (cf. ci-dessus) et traduite en Français. C’est ce premier document qui m’a donné les bases de la compréhension de ce langage. On appréciera les exercices à la fin de chaque leçon.
  • Le toki pona en 76 leçons : http://rowa.giso.de/languages/toki-pona/pdf-dateien/tp+in+76+lessons+English.pdf plus ludique, à mon avis c’est un bon support pour sensibiliser les enfants au toki pona. Je m’en sert actuellement sur Mastodon pour inciter les gens à apprendre le toki pona sans se fatiguer.
  • Corpus de traduction : http://tatoeba.org/eng/ ce site est génial et donne pas mal d’idée si vous cherchez vos mots.
Le début d’un des plus vieux livres de l’humanité : Gilgamesh
  • Les archives de Jonathan Gabel, qui propose la fameuse écriture “sitelen sitelen” que j’affection particulièrement : http://www.jonathangabel.com/archive/2012/projects_t47.html Ce qui m’attire ici, ce sont les possibilités graphique infinie qui s’ouvre. J’ai toujours rêvé de jouer graphiquement avec les mots, de pouvoir les colorer, les imbriquer…
  • sitelen sitelen (toujours de Jonathan Gabel) : dans ce billet on trouve de très belles planches de ses glyphes et les premières pages du “Petit Prince”. Beaucoup d’émotion lorsque j’ai pu lire ce texte la première fois. http://www.jonathangabel.com/2015/jan-same-vectorized-sitelen/
jan lawa lili (premières pages)

Une langue bien vivante :)

Le toki pona est jeune, mais bien vivant aussi. Ci dessous les liens où on peut trouver des passionnés qui pourront converser avec vous ou vous aider à définir un mot pour l’un de vos textes.

toki pona taso (toki pona seulement)

En résumé, on peut trouver des locuteurs en toki pona sur quasiment toutes les plateformes, aussi je vous conseille de faire une recherche du genre “tokipona” ou “toki pona taso”. Ce dernier signifiant “uniquement en toki pona”, c’est bien mieux pour faire des progrès.

On peut dire que c’est une langue vivante, dans le sens où chacun a un peu sa manière de l’utiliser (à lire). Certaine structure sont de plus en plus récurrentes et l’usage des outils numériques amène fatalement à une spécialisation de tout un ensemble de mots composés pour exprimer les notions courantes que nous rencontrons, tel que nasin nanpa pour signifier informatique ou mathématique.

Mes actions

La mission dont je me suis confié la lourde tâche, consiste à développer l’usage et la connaissance du toki pona. Mon rêve, pouvoir échanger un jour avec des Japonais sans passer systématiquement par google translate ou l’usage d’un globish moyen.

Mastodon, qui a remplacé Twitter à mes yeux, est utilisé par une importante communauté japonaise. Aussi je m’évertue à essayer d’en contacter quelques uns pour leur faire découvrir ce langage et essayer de créer des échanges. Mais d’après mon enquête il n’y a aucun bouquin en japonais pour apprendre le toki pona. Du coup, j’ai commencé à publier sur Mastodon les cours de toki pona en 76 leçons, évoqué ci-dessus, et je les traduits en japonais avec google translate… oups…

Toujours pour faire connaitre ce langage, je prépare un recueil de mes Haïkus, accompagnés de leur représentation en sitelen sitelen, que j’affectionne particulièrement.

Si vous avez des suggestions, ne pas hésiter à m’en faire part.

Pona :)