Francine Massiani

“Ma langue est libre de tout aborder.”

On pourrait qualifier Francine Massiani comme étant une boulimique de travail. Chanteuse, chroniqueuse, comédienne… Une personnalité multiple, mais avant tout une femme libre. Rencontre avec une des artistes du spectacle « So Elle » qui aura lieu au Théâtre de Bastia et à l’Espace Diamant d’Ajaccio les 13 et 16 mai prochain.

« So elle » est une création qui réunira prochainement votre voix, ainsi que celle de Patrizia Gattaceca, Anna Rocchi, Doria Ousset, et Diana Saliceti, le tout orchestré par les arrangements musicaux de Tonton. Parlez-nous un peu plus de cette belle aventure…

Oui, c’est une scène 100 % féminine et une rencontre de 5 univers différents. Je suis très heureuse d’y participer, car ce sont toutes des chanteuses que j’apprécie. Avec Doria, on n’avait jamais eu l’occasion de partager une scène mais je suivais ce qu’elle faisait. J’espère qu’on se complétera et que le public adhérera. Concernant Patrizia, je la connais un peu mieux puisque nous avons déjà travaillé ensemble. Quant à Diana et Anna, nous avons déjà partagé plusieurs fois la scène ensemble. Ce sera comme un puzzle où chacune s’imbriquera dans l’univers musical de l’autre. Nous avons également chacune choisi un invité surprise… Et on a toutes choisi un homme !

Coller une étiquette est rarement quelque chose d’heureux mais comme ce spectacle met en scène 5 voix féminines, diriez-vous qu’il existe un chant féminin insulaire ?

Je dirai que oui. Après, même si je me sens profondément femme et ancrée dans ce que je fais, je ne suis pas dans un discours féministe… Mais il a toujours existé un univers macho dans le chant insulaire, c’est sûr. Quand j’ai sorti mon premier album, la couleur musicale n’était pas dans le pure traditionnel. On me disait à l’époque : « Pourquoi tu ne chantes pas plus de terre ? » Mais je ne suis pas dans cette espèce de soustraction. J’estime au contraire que ma langue est libre de tout aborder, car je me sens moderne, à ma place, et libre dans ce que je fais. Notre culture ne doit pas se limiter à parler de sujets bien précis.

En parlant de musique qui traverse les frontières ainsi que les mers, comment as-tu reçu la petite polémique à l’encontre de l’album Corsu Mezu Mezu, auquel tu as participé ?

Je pense que les gens ont eu peur car il faut le dire, on a parfois un peu de complexe de colon. Ils ont sûrement pensé qu’on allait encore être montés du doigt. Moi-même quand je me suis faite aborder par Patrick Fiori pour participer à ce projet, j’ai pris le temps de bien réfléchir, j’ai d’ailleurs refusé certaines chansons car je ne le ressentais pas. Quoi qu’il en soit, je ne me suis jamais sentie moins considérée que d’autres artistes.

Revenons à cette idée d’univers : Ce n’est pas la première fois que vous devez vous approprier le répertoire d’autres artistes, puisque vous aviez sorti un album de reprises des Frères Vincenti. Est-ce que la pression est supplémentaire lorsqu’on porte les chansons des autres ?

Les pressions sont différentes mais de toute façon, j’ai toujours la pression ! (rires) Je suis de nature traqueuse car la scène est un moment où on est sans filet. C’est à la fois effrayant et excitant. C’est comme une drogue, je ne pourrai pas m’en passer. Pour les Frères Vincenti, on touche effectivement un patrimoine populaire donc oui, il y a une pression supplémentaire. Mais la pression est là aussi quand on propose ses propres créations. On se demande si le public va nous suivre, on a peur qu’il ne nous comprenne pas… L’essentiel est de ne pas tricher au moment où tu fais telle ou telle chose.

Est-ce que vous ressentez le même trac lorsque vous intervenez sur France 3 Via Stella ?

Non, c’est complètement différent du chant. Bien sûr, il y a la pression de bien faire son travail mais ça n’est pas la même chose. A la télé, j’ai presque le sentiment de jouer un rôle. Il n’y a pas d’émotion à proprement dit. Tu partages ta chronique mais tu n’es pas dans la corde sensible, tu es dans le débat, l’échange. Disons que je suis beaucoup plus proche de « mon âme » sur scène !

On doit d’ailleurs souvent vous demander comment vous vous définissez ?

Oh et bien je dirai que je suis une chanteuse avec des ramifications (rires). Au départ, je suis chanteuse. Puis, ma route m’a fait faire des rencontres. Tout ce que je fais à côté m’intéresse : l’émission pour enfants (Canzunetta), mes chroniques dans Inseme… Mais la musique est mon réel moteur. Si je n’ai pas ça, je ne peux pas faire bien le reste. Parfois dans la rue, on me demande : « Vous ne chantez plus ?». C’est extrêmement douloureux mais c’est moi que je remets en question, pas ceux qui me disent ça ! Actuellement, je suis dans une phase de création, de fabrication, je veux proposer aux gens d’aller mon univers. Chaque collaboration que je fais doit me combler. Faire pour faire, ce n’est pas mon truc, il faut que ça m’apporte quelque chose humainement parlant.

Ne jamais rien s’interdire, c’est donc votre autre moteur ?

Exactement, si ce n’est peut-être de prendre des postures politiques. Je suis une militante culturelle mais je ne mets pas mes convictions politiques en avant. Je n’ai pas besoin non plus d’avoir une caméra sur moi pour savoir que je parle ma langue au quotidien. Je sais d’où je viens, je ne veux pas me trahir. Aimer sa terre, parler corse à ses enfants… Elle est là, la vraie valeur, celle de faire des choses qui tirent vers le haut. La vie est courte et cela ne sert a rien de cultiver la haine. Alors qu’en cultivant l’amour, on récoltera les plus beaux fruits.

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