Voyage en Economie Circulaire

Trois élus bretons sont partis en voyage au Pays-Bas pour s’inspirer des réussites accomplies dans ce pays pionnier de l’Economie Circulaire. Leurs découvertes : une mairie énergétiquement autonome, un parc de bâtiments démontables comme des Lego, une école écolo visitée par le monde entier, un fabricant d’ampoules électriques qui ne veut plus vendre d’ampoules électriques et un fabricant de moquette qui vole très haut. Voici le récit de ce voyage, articulé autour de cinq défis majeurs.

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Au mois de novembre dernier, Daniel Cueff, maire de Langouet et Christian Roger, chargé de l’énergie de la communauté de communes du Val d’Ille-Aubigné se sont rendus aux Pays-Bas pour remplir leur panier de bonnes idées d’Economie Circulaire dont pourrait bénéficier notre territoire. Ils étaient accompagnés d’Hélène Danel, maire ajdointe de la commune de Saint-Hélène, dans le Morbihan et de Luc Rambaldi chef d’entreprise sur notre territoire et conseiller municipal de Langouet.

Pourquoi nous rendre si loin ? Parce que la patrie du fromage orange est un excellent élève de l’Economie Circulaire et que depuis quelques mois, Circular Expo, une exposition permanente consacrée à ce sujet qui nous est cher est ouverte à Amsterdam. Nous tenions à nous y rendre.

À l’initiative de ce voyage : BRUDED, un réseau de collectivités bretonnes qui s’engagent dans des réalisations concrètes de développement durable et solidaire.

L’ Economie Circulaire nous fait relever des grands défis

Ce voyage aux Pays-Bas a confirmé les formidables enjeux que représente l’ Economie Circulaire pour notre société et pour notre territoire.

Enjeu n°1 : concevoir pour récupérer/recycler ou upcycler

Notre périple commence à Venlo au sud des Pays-Bas, près de la frontière allemande. L’hôtel de ville de Venlo est un monument à plusieurs titres. Le bâtiment fait référence dans un pays où l’Economie Circulaire a depuis longtemps dépassé le stade d’alternative exotique.

Hôtel de ville de Venlo et son mur végétal, vitrine du Cradle to Cradle

Les architectes ont répertorié méticuleusement les matériaux utilisés dans la construction du bâtiment.

Ces matériaux sont certifiés C2C, (Une technique de construction, littéralement « Cradle to Cradle », soit en français, « du berceau au berceau », ce qui signifie que le bâtiment est conçu pour pouvoir être désassemblé et pour que les matériaux puissent être récupérés.)

Comme il existe peu de matériaux de ce type pour l’instant, il a fallu parfois les concevoir entièrement avec le partenariat des fournisseurs.

Résultat, dans quelques décennies, les successeurs des architectes d’aujourd’hui n’auront qu’à consulter les archives quand il s’agira de démonter les poutres et les boulons avant de les récupérer pour les réutiliser dans un autre bâtiment.

Ces architectes ont donc appliqué à la lettre le principe du Cradle to Cradle, concept de l’Economie Circulaire aux multiples avantages et notamment celui de ne laisser aucune mauvaise surprise à nos descendants.

Un environnement de travail plus cosy pour faire baisser l’absentéisme.

Dans la commune de Venlo nous avons également rencontré Koen Kemps. Koen est le directeur d’une école primaire locale qu’il a fait construire en Cradle to Cradle. Cette école très jeune est déjà exemplaire. Elle est visitée par des délégations venues de plusieurs continents (et même d’Afrique du Sud).

Tout en nous guidant dans les salles de classe , Koen Kemps nous a relaté les épreuves qu’il avait dû traverser depuis 2012, date à laquelle il a imaginé le projet.

Koen Kemps, directeur de l’école primaire de Venlo, passionné par le C2C

En 2012, Koen ignorait tout du C2C. Il est donc parti, avec une équipe d’architectes trouver des sources d’inspiration dans de nouvelles écoles hollandaises.

Une initiative personnelle, devenue rapidement aventure collective et dont s’inspire aujourd’hui directement la maire-adjointe de Saint-Hélène, commune du Morbihan, partie prenante de ce voyage. Hélène Danel conduit aujourd’hui la réalisation de sa propre école sur le mode Cradle to Cradle.

Une école saine et pérenne à Venlo.

Pour Hélène Danel comme pour Daniel Cueff, maire de Langouet, l’école de Koen Kemps, la Mairie de Venlo et le Parc 20|20, sont des projets pionniers, des réalisations inspirantes qui faciliteront la réalisation de leurs propres projets en Bretagne.

À deux heures de route plus au nord à Hoofddorp, dans la banlieue d’Amsterdam, nous nous sommes ensuite rendus sur le Parc 20|20. En six ans, des dizaines de bureaux construits selon les critères du Cradle to Cradle y ont vu le jour.

Owen Zachariasse, l’initiateur et dirigeant du Park 20|20

Le parc porte bien son nom. L’excellent élève est en effet devenu une référence mondiale de la démarche. Il abrite notamment la fédération nationale de foot hollandaise. Le bâtiment de 1500 m2 est entièrement démontable et ses propriétaires sont en mesure de répondre à la question : “Combien pourrons-nous revendre les composants du bâtiment dans 10 ans, 20 ans ?”

Si le Cradle to Cradle s’applique naturellement à la construction immobilière, son champ d’application ne se limite pas à ce secteur.

Nous avons pu le constater à Waalvijk au centre du pays où se trouve une usine du groupe Desso, un groupe international qui fabrique et vend des moquettes dans une centaine de pays, notamment pour les grands évènements (Les conférences sur le climat par exemple, COP 21, 22, etc.)

Visite de l’usine Desso de Waalvijk

Chez Desso on a décidé de ne plus jeter et d’en finir avec les tonnes de moquettes incinérées après avoir été foulées par les souliers vernis. Fil, feutre, sous-couche, 80% des matières premières qui composent les dalles sont dorénavant choisies et assemblées pour être démontées et réutilisables. Les matériaux connaissent ainsi une deuxième voire une troisième vie.

Pionnier du Cradle to Cradle sur son marché, Desso a obtenu le label du même nom grâce à son procédé qui — pour être vraiment précis — porte le nom d’ ”Up-cycle” ou “Surcyclage” (transformation d’un déchet en ressource.)

À Circular Expo à Amsterdam, où notre voyage nous a finalement conduit, nous avons été reçus par des représentants de Philips. Le groupe de renommée mondiale a décidé lui aussi de montrer patte blanche et pas seulement pour des raisons morales.

Le fabricant d’ampoules (notamment) nous a expliqué comment il récupérait tous les composants des ampoules vendues et en fin de vie. Chaque composant est identifié et tracé par un passeport matière.

Après avoir été récupérée, l’ampoule est ainsi reconditionnée à moindre coût. Le fabricant affirme choisir des matériaux “sains”, ayant le moins d’impact possible sur l’environnement.

Mais la portée du concept est plus étendue que la simple récupération de déchets. C’est le modèle économique dans son ensemble qui est modifié.

Philips a organisé une conférence pour notre groupe, à Amsterdam
“Philips vend d’ores et déjà de la lumière comme un service, les consommateurs payant en fonction de la performance (l’éclairage fourni, mesuré en lumens) plutôt qu’en fonction des objets déterminés que sont l’ampoule ou la lampe. La solution de « paiement au lux » de Philips permet d’importantes économies d’énergie pour des clients tels que le Syndicat national des étudiants (NUS) au Royaume-Uni ou la Société des transports de l’agglomération de Washington (WMATA) aux États-Unis. Source : [La transition d’une économie linéaire à une économie circulaire | Philips. « Innovation and you. »]

Enjeu n°2 : préserver les ressources

Retour à la mairie de Venlo, au 9ème étage du bâtiment où se trouve son “poumon”. La nature y fait son travail en filtrant l’air et en régulant la température.

Le magnifique mur végétal à l’extérieur contribue lui aussi à purifier l’air et fait office de vitrine.

Mur végétal de l’hôtel de ville de Venlo, filtre à particules naturel.

L’eau est également récupérée puis purifiée, tout comme au Parc 20|20 où le système de filtration et de recyclage des eaux usées est assuré par des plantes, à l’extérieur des bâtiments.

À l’air et l’eau il faut ajouter une troisième ressource naturelle précieuse : notre propre santé. Ainsi les architectes du Parc 20|20 et de l’hôtel de ville de Venlo ont-ils pensé à sélectionner rigoureusement des matériaux biosourcés sans impact sur la santé humaine.

Du bois à tous les étages dans l’hôtel de ville de Venlo
[Source]

Au Parc 20|20, des plantes à l’extérieur assurent la phyto-épuration des eaux grises. Plus loin, des potagers permettent la culture de fruits et légumes qui seront consommés sur place. Enfin, la proximité du canal autorise le stockage d’eau en sous-sol pour servir les besoins du circuit de chauffage et de ventilation. Un écosystème parfaitement compatible avec la cohabitation d’espèces animales et respectant les exigences de biodiversité.

La phyto-épuration sur les bord du canal et du restaurant du Parc 20|20.

Enjeu n°3 : générer de l’énergie

Les 1300 m2 de cellules photovoltaïques disposées sur les toits du bâtiment de l’hôtel de ville de Venlo alimentent 100% des besoins en énergie des 700 personnes qui y travaillent.

L’hôtel de ville vise l’autonomie et bientôt le profit puisque la commune envisage de passer en “énergie positive”. Elle consommera moins qu’elle ne produira. Pour la petite école de Koen Kemps, l’autonomie énergétique visée est de 95%.

Enjeu n°4 : faire des économies

L’argent, nerf de la guerre. Au Val d’Ille-Aubigné nous n’avons pas de doute sur le fait que la question financière est le facteur de réussite de l’intégration de l’ Economie Circulaire dans notre mode de vie. Cela fonctionnera parce que les entreprises y trouveront une source de profit. Nous aurons l’occasion d’en reparler dans un prochain édito.

En attendant cette maturation de la société et des décideurs privés, les institutions publiques peuvent donner l’exemple. C’est ce qu’a parfaitement réalisé la mairie de Venlo avec son bâtiment pas seulement beau et vertueux, mais également très rentable.

Dans sa comptabilité la colonne des + est effectivement bien remplie et laisserait songeur plus d’un chef d’entreprise. Pour commencer, le coût initial de 14 millions d’euros a été revu à la baisse de 10%. Un évènement rarissime dans le bâtiment où les surprises sont rarement dans le bon sens. À terme, le retour sur investissement serait de 17 millions d’euros sur 40 ans.

Les différents leviers qui rentrent en jeu sont les suivants :

  • du cash flow généré à court terme. En clair : le projet génère des rentrées d’argent plus vite que prévu. Un argument qui a convaincu les élus — naturellement focalisés sur des délais courts liés à leurs mandats — d’accepter le projet,
  • un bâtiment agréable à vivre et sain qui a diminué l’absentéisme de 1% soit 600.000 euros d’économies,
  • la valeur résiduelle du bâtiment à terme.

L’Economie Circulaire possède donc un pouvoir rare : conjuguer vertu et finances.

Selon Philips, l’enjeu se mesurerait en dizaine de milliards de dollars à l’échelle européenne :

“Une économie circulaire favorisera la compétitivité des entreprises et la création d’emplois, dans tous les pays. Elle permettra une plus grande productivité en matière d’utilisation des ressources et réduira la dépendance à long terme des matières premières vierges. (…) la circularité pourrait améliorer la balance commerciale à hauteur de 125 milliards d’euros dans l’ensemble de l’UE et créer 160 000 emplois dans le secteur de la récupération des matériaux. »

Enjeu n°5 : donner du sens à nos actions

Quand Philips cesse de vendre des ampoules pour vendre la fonction d’éclairage que permet cette ampoule, l’entreprise donne un nouveau sens à son activité.

En passant de l’économie de la consommation à [l’économie de la fonctionnalité], elle fait davantage que changer de modèle, elle participe à une démarche que ses clients et ses employés approuvent.

L’entreprise s’inscrit dans une démarche vertueuse qui dépasse les seuls enjeux financiers et qui fait qu’elle cesse de grandir au détriment de son environnement humain et naturel, mais à son bénéfice.

Pour Philips, l’Economie Circulaire représente tout simplement un modèle économique plus efficace que l’économie linéaire, plus gratifiant et plus humain.

Pas question d’ailleurs pour le fabricant d’ampoules de garder pour soi son secret, Philips encourage ses partenaires, notamment ses fournisseurs, à adopter à leur tour la démarche Cradle to Cradle.

Tout comme pour Philips, la transmission fait partie intégrante de la philosophie de l’Economie Circulaire selon Koen Kemps, directeur de l’école primaire de Venlo. Pour lui, la pérennité du modèle tient à l’appropriation de la démarche par les enfants.

De fait, chaque rencontre que nous avons faite à Amsterdam a été une source d’inspiration, un nouvel encouragement à poursuivre notre effort vers l’Economie Circulaire.

Élus et techniciens bretons en pleine cogitation chez Desso [Source]

La place des Hommes dans cette aventure circulaire, Desso l’a bien comprise. Le fabricant de moquettes a rappelé un de ses salariés retraités pour lui demander d’assurer les visites et de présenter la démarche Cradle to Cradle menée par l’entreprise. Dans son ancienne usine d’Amsterdam, notre guide nous a reçu avec l’enthousiasme d’une jeune premier.

Nous avons découvert avec lui les installations et la richesse du processus auquel il a largement contribué. Nous avons été emporté par son histoire personnelle étroitement liée à celle de l’entreprise. “Storytelling” ou “marketing” diront certains, nous avons préféré y voir la reconnaissance, par l’entreprise, du courage et de l’engagement.

Conclusion

L’Economie Circulaire et le Cradle to Cradle, son concept phare, c’est du concret !

Economie de ressources, source d’économie, sens et un très fort potentiel de développement : l’Economie Circulaire a de l’avenir.

Au Val d’Ille-Aubigné, nous sommes déterminés à nous y engager corps et âmes pour accueillir sur le territoire toutes les entreprises et leurs dirigeants souvent exemplaires et innovants qui auront l’audace de partager ce nouveau monde avec nous.

Vos commentaires sont les bienvenus. Vos projets aussi. Contactez-nous si notre démarche vous intéresse.

Ils ont participé au voyage :

  • Hélène Danel, maire-adjointe de Saint-Hélène.
  • Daniel Cueff, maire de Langouet.
  • Christian Roger, chargé de l’énergie de la communauté de communes du Val d’Ille-Aubigné.

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