L’ultramédiatisation de la bataille de Mossoul

Alors que l’offensive pour reprendre la ville de Mossoul à Daech a été lancée lundi 18 octobre, la couverture médiatique de cette guerre est telle que jamais vu auparavant. Ce conflit apparaît comme une vraie guerre de communication, alors que tous les camps se mobilisent pour publier sur internet des contenus informant de l’état des hostilités.

Cette ultramédiatisation de la bataille de Mossoul soulève toutefois plusieurs questions d’éthique. Au-delà de la banalisation de la guerre et de la violence, ce phénomène interroge le concept de neutralité sur les réseaux sociaux à l’heure du tout numérique.

Nombreux sont les médias qui dès lundi permettaient à leur audience de suivre en live l’offensive de la ville de Mossoul. Des chaînes comme Al Jazeera ou encore Channel 4 ont retransmis lundi sur Facebook Live l’assaut des forces irakiennes sur Mossoul. Les images proviennent de l’agence kurde Rudaw, en première ligne du front aux côtés des forces kurdes Peshmerga.

Les soldats sont pour la plupart eux-mêmes équipés de téléphone portable leur permettant d’échanger en temps réel sur les conditions de l’offensive. Messages et informations sont ainsi partagés en masse sur Twitter sous les hashtags #MosulOps ou #MosulOp (pour “opération de Mossoul”).

De l’autre côté de cette ligne, les forces djihadistes, elles aussi, jouent le jeu à travers leur prisme. L’agence AMAQ a publié la nuit dernière une vidéo montrant les combattants islamistes parader dans les rues de la ville assiégée.

Dans ce flux incessant d’information, difficile de s’y repérer. Rien à voir avec la première diffusion par CNN d’un conflit armé. Il y a 25 ans, la médiatisation de l’opération militaire “Desert Storm” était à la fois inédite, mais aussi surtout, partagée du seul et unique point de vue des Américains, comme le rappelle Le Figaro.

Aujourd’hui, les points de vue se multiplient, les images s’accumulent et se banalisent. Cette banalisation du partage de contenus à la fois violents et souvent biaisés est une propriété alarmante des réseaux sociaux. Mais plus grave, elle peut donner lieu à une sorte de propagande. En effet, les algorithmes enferment les utilisateurs dans des cercles de pensées et de préférence sur les réseaux sociaux, comme le rappelait Katharine Viner dans The Guardian.

Face à un telle avalanche de données, d’images et de vidéos, il est important de savoir déterminer d’où provient chaque contenu, par qui il a été publié et dans quel clan cette personne se trouve. Pour nous aider à nous y retrouver et à garder la tête froide, Libération a publié un petit guide classant combattants, observateurs et journalistes.

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