Les humanités numériques et l’École

Parcours de lecture

Document 1 : Manifeste des humanités numériques (collectif, 2010)

« 1. Le tournant numérique pris par la société modifie et interroge les conditions de production et de diffusion des savoirs.

2. Pour nous, les digital humanities concernent l’ensemble des Sciences humaines et sociales, des Arts et des Lettres. Les digital humanities ne font pas table rase du passé. Elles s’appuient, au contraire, sur l’ensemble des paradigmes, savoir-faire et connaissances propres à ces disciplines, tout en mobilisant les outils et les perspectives singulières du champ du numérique.

3. Les digital humanities désignent une transdiscipline, porteuse des méthodes, des dispositifs et des perspectives heuristiques liés au numérique dans le domaine des Sciences humaines et sociales.

(…)

  1. Nous, acteurs des digital humanities, nous nous constituons en communauté de pratique solidaire, ouverte, accueillante et libre d’accès.
  2. Nous sommes une communauté sans frontières. Nous sommes une communauté multilingue et multidisciplinaire.
  3. Nous avons pour objectifs le progrès de la connaissance, le renforcement de la qualité de la recherche dans nos disciplines, et l’enrichissement du savoir et du patrimoine collectif, au-delà de la seule sphère académique.
  4. Nous appelons à l’intégration de la culture numérique dans la définition de la culture générale du XXIe siècle. »

Document 2 : Le tournant numérique et computationnel (Marin Dacos et Pierre Mounier, 2014)

« Le « tournant numérique » concerne les humanités, certes, mais il concerne aussi désormais l’ensemble des domaines de l’activité humaine.

(…)

» Au plus haut niveau de généralité, on pourrait dire que les humanités numériques désignent un dialogue interdisciplinaire sur la dimension numérique des recherches en sciences humaines et sociales, au niveau des outils, des méthodes, des objets d’études et des modes de communication. »

(…)

« Ce mouvement existe et se développe sur la base d’analyses automatiques de très grandes masses de données, ce qu’on désigne de plus en plus souvent par le terme de « big data ». Mais ce qui fait la particularité de ce mouvement très profond qui, encore une fois, touche toutes les disciplines scientifiques, n’est pas seulement l’accumulation d’un grand nombre de données. C’est que ces données sont analysables, mais aussi communicables, représentables, réutilisables, en un mot, mobilisables pour la recherche dans une proportion et avec une facilité sans commune mesure avec les périodes précédentes.

Dans toutes les disciplines, que ce soit en biologie ou en littérature, en physique nucléaire ou en anthropologie, l’objet étudié est converti, manipulé, analysé sous une catégorie commune : l’information, objet de calculs. »

Source : DACOS Marin et MOUNIER Pierre, Humanités numériques — État des lieux et positionnement de la recherche française dans le contexte international, Institut français, 2014, p. 5, 15–16

Document 3 : Les humanités numériques comme espace d’échange interdisiplinaire (Aurélien Berra, 2014)

Dans cette intervention, Aurélien Berra propose notamment de définir les humanités numériques en ces termes : espace d’échanges entre disciplines (forum interdisciplinaire et interprofessionnel) avec le numérique comme vecteur de rapprochement voire d’unification des connaissances et porteur d’une approche méthodologique (« apprendre/comprendre en faisant »).

Source : BERRA Aurélien, Epistémologie des humanités numériques, WebTV de l’Université de Lille 3, 2014

Document 4 : « C’est avant tout le texte qui m’importe » (Aurélien Berra, 2012)

« En somme, le texte est polymorphe. C’est un fait ancien, mais aussi une réalité concrète pour nombre de lecteurs, dont je fais partie. Si je suis un amoureux des manuscrits, des livres, c’est avant tout le texte qui m’importe. Et s’il faut se battre pour des supports, ce n’est pas pour eux-mêmes, mais bien pour ce qu’ils permettent, à savoir une forme de communication, une forme de culture, une forme de réflexion. »

Source : BERRA, Aurélien. Faire des humanités numériques In : Read/Write Book 2 : Une introduction aux humanités numériques [en ligne]. Marseille : OpenEdition Press, 2012 (généré le 04 mars 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/oep/238>. ISBN : 9782821813250. DOI : 10.4000/books.oep.226.

Document 5 : Pour une formation des maîtres aux enjeux épistémologiques et pédagogiques du numérique (Bernard Stiegler, 2012)

« Le numérique transforme les savoirs eux-mêmes, et non seulement les conditions de leur transmission. »

(…)

« À ce jour, cette transformation des savoirs n’est pas étudiée pour elle-même. Or elle doit l’être à l’avenir impérativement. Et si la refondation de l’école doit passer, comme je le crois, par l’introduction très en profondeur de l’écriture numérique dans le système académique (le système académique étant ce qui unit la recherche scientifique et l’enseignement supérieur aux enseignements secondaires et élémentaires), alors une véritable rupture épistémologique doit être opérée dans la production et la transmission des savoirs, et par une résolution à la fois scientifique, politique, institutionnelle et industrielle.

C’est cet enjeu qui conditionne la formation des maîtres des secteurs secondaire et élémentaire, aussi bien que les priorités des programmes de recherche scientifiques et d’organisation de l’enseignement supérieur.

Autrement dit, la question de la formation des maîtres aux enjeux épistémologiques et pédagogiques du numérique doit être posée et affrontée à deux niveaux :

  • d’une part, le niveau de leur formation universitaire initiale,
  • d’autre part, le niveau de leur formation pédagogique.

Le numérique ne pourra être raisonnablement (c’est à dire aussi et d’abord rationnellement) intégré à l’école qu’à la condition qu’il ait été introduit à ces deux niveaux de formation. »

Source : STIEGLER Bernard, Proposition pour une politique académique du numérique dans une période de transition, Contribution au projet de loi pour la refondation de l’Ecole, Ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, 2012, p. 1, 2–3

Voir aussi du même auteur, Ecriture numérique et digital studies, UTC, 2012

Document 6 : L’École, le numérique et la société qui vient (collectif, 2012)

« Si l’on tient à ce que le nouvel âge numérique ne se développe pas dans le sens d’une plus grande soumission des modes de vie aux impératifs du marketing, du consumérisme et de l’adaptation permanente, l’école doit redevenir un lieu où l’on prend le temps d’apprendre et de se former, de manière aussi riche, profonde et rigoureuse que possible. »

Source : KAMBOUCHNER Denis, MEIRIEU Philippe, STIEGLER Bernard, GAUTIER Julien et VERGNE Guillaume, L’école, le numérique et la société qui vient, Paris, Mille et une nuits, 2012, p. 194

Document 7 : Le numérique comme quatrième humanisme ? (Milad Doueihi, 2011–2012)

Reprenant la chronologie proposée par Claude Lévi-Strauss, Milad Doueihi situe cet humanisme numérique à la suite de celui de la Renaissance (un humanisme « aristocratique »), de celui du XIXe s. (un humanisme « bourgeois et exotique » car associé à la découverte des cultures de l’Asie) et d’un troisième, « démocratique, anthropologique, prenant en compte ce qui a été exclu dans les deux premiers »(d’après Milad Doueihi, 2012).

Source : DOUEIHI Milad, Pour un humanisme numérique, Conférence à l’Ecole de recherche graphique, 2012

Pour un exposé détaillé, consulter son ouvrage Pour un humanisme numérique, Le Seuil, 2011.

Document 8 : Le numérique comme lieu de sociabilité et culture (Milad Doueihi, 2013)

« L’humanisme numérique est le résultat d’une convergence inédite entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent. Une convergence qui, au lieu de tout simplement renouer l’antique et l’actuel, redistribue les concepts, les catégories et les objets, tout comme les comportements et les pratiques qui leur sont associés, dans un environnement nouveau. L’humanisme numérique est l’affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture, dans le sens où elle met en place un nouveau contexte, à l’échelle mondiale. »

Source : DOUEIHI Milad, L’humanisme numérique, ESEN, Colloque international e-éducation, 2013, p. 7.

Document 9 : Quelles pistes d’application pédagogique ? 1/2 (Olivier Le Deuff, 2016)

Dans cet article, Olivier Le Deuff énumère quelques pistes d’application pédagogique (transcription, cartographie, annotation, description documentaire, fouille de texte, valorisation) « encourageant à faire et à pratiquer pour développer des compétences qui doivent s’intégrer de façon plus précoce ».

Nous citons ici un extrait à propos de l’exemple de l’annotation (qui fait aussi l’objet d’un article sur le présent blog) :

« L’annotation reste historiquement une des bases du travail sur document et des premières logiques historiques des humanités digitales. Évidemment, l’objectif est d’envisager un système d’annotations collaboratives. (…) L’écriture collaborative fait pleinement partie des potentialités pédagogiques des humanités digitales qu’il faudrait davantage développer. »

Source : LE DEUFF Olivier, Les humanités digitales : un renouveau pédagogique ?, Le guide des égarés, 09/01/16

Document 10 : Quelles pistes d’application pédagogique ? 2/2 (Louise Merzeau, 2016)

Pistes proposées par Louise Merzeau dans son intervention au Collège des Bernardins, février 2016.

Quelles capacités culturelles développer avec les élèves ?

L’École ne doit pas former des consommateurs mais des utilisateurs - capables de distance critique - et des créateurs.

Elle prône une entrée par le document, le patrimoine, l’éditorialisation, la recherche d’information, la constitution/valorisation/documentation de collections (corpus documentaires).

Il s’agit d’apprendre à circuler dans le savoir et de “redocumentariser” dans l’environnement numérique.

En résumé, trois compétences fondamentales à travailler avec eux :

1. Editorialiser 2. Redocumentariser 3. Publier.

Source : http://merzeau.net/memoire-numerique-mutation-anthropologique/

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