Le Musée de l’Innocence

Le Musée de l’Innocence — L’amour du riche et du pauvre dans le style de Pamuk: une histoire d’amour désespérément triste…

« Le Musée de l’Innocence » a été le premier livre écrit par Orhan Pamuk après son prix Nobel en 2006. Il était attendu depuis des années. Dès son apparition Le Musée de l’Innocence a réussi à faire plusieurs choses jamais vues dans la littérature turque. Ses droits de traduction ont été vendus pour plus de trente langues avant même la fin de son écriture. Deux semaines après son apparition en Turquie les Allemands ont eu la possibilité de lire dans leurs langues. Ainsi un roman turc est publié dans une autre langue juste après sa parution.Le roman se passe à Istanbul, la ville qui occupe une place prépondérante dans les œuvres qui ont apporté à Pamuk le prix prestigieux de Nobel.

Ceux qui déterminent la richesse, les limites et la qualité de la vie sont en une sorte les possibilités qu’offrent le lieu et le temps ou on vit. Certains lieux, certaines villes contiennent les traces de plusieurs histoires. Ils font ressentir simultanément plusieurs lapses de temps. Ils sont pleins de souvenirs de l’histoire, du passe. Ils évoquent le passe et parfois même l’avenir. Istanbul est une des rares villes du monde que la géographie et l’histoire ont fait naître. Les villes ne deviennent pas intéressantes s’il n’y a pas des écritures qui les font connaître et qui nous apprennent comment à les regarder. Orhan Pamuk connu comme l’écrivain d’Istanbul dit qu’on reconnait les villes d’après les traces qu’elles ont laissées sur nous. Selon Pamuk, les villes sont des expériences visuelles d’après les souvenirs dans nos mémoires et les sentiments que ces villes nous font ressentir lorsqu’on y va encore une fois.

Comme ses auteurs préférés comme Yahya Kemal, Ahmet HamdiTanpınar et ReşatEkremKoçu, Orhan Pamuk place İstanbul au milieu ses œuvres les plus importants.

En annonçant le Prix Nobel de Littérature en 2006 le Chef de l’Académie Suédoise Horace Engdahl a dit qu’Orhan Pamuk avait fait de sa ville natale une terre indéniable de la littérature comme l’avait fait Dostoïevski de Saint Pétersbourg, James Joyce de Dublin, Proust de Paris. Le prix est remis à Pamuk, « qui à la recherche de l’âme mélancolique de sa ville natale a trouvé de nouvelles images spirituelles pour le combat et l’entrelacement des cultures. Istanbul de Pamuk est un lieu trop réaliste avec tous ses détails et en même temps aussi imaginaire qu’elle sortait d’un conte de fées. L’écrivain Décrit la position psychologique de la ville avec le mot tristesse, utilise ce mot-clé comme un concept très large pour dépeindre la mélancolie propre à Istanbul et à ses habitants. Mais il précise qu’il n’est pas un écrivain habitué à changer de villes ou de pays comme Nabokov ou comme Naipaul, soulignent que quand on est très attaché à une ville comme lui-même, on se sent obligé d’accepter le destin de la ville comma son propre destin. Soulignant que la ville d’Istanbul a une âme et que lui a des « liens profonds » avec cette ville, Pamuk note qu’il est attache à cette ville comme un ami intime qui lui rappelle les mémoires de ses mélancolies et de ses joies. Son roman qu’il avait annoncé son roman en disant : « J’écris peut-être mon roman le plus ambitieux », se déroule a İstanbul dans cette ville qu’il est attache a ce point. Le roman a une autre particularité. Il fait référence à un débat amoureux du style des films de Yeşilçam,(nom faisant référence à Hollywood, le nom donné aux films d’amour entre le garçon riche et la fille pauvre. Mais Pamuk fait preuve de son ingéniosité et porte le sujet bien au-dessus de l’histoire de l’amour conventionnel. C’est un grand roman nostalgique sur l’amour, le désir et l’absence, une nouvelle preuve de l’immense talent de l’écrivain.

«En réalité, nul ne sait lorsqu’il le vit qu’il s’agit là du moment le plus heureux de sa vie.»

Pamuk est un des romanciers qui est bien conscient de l’importance de la première phrase pour un roman.

«Un jour, j’ai lu un livre et toute ma vie en a été changée. » Cette première phrase du roman La Nouvelle Vie a une place bien particulière dans l’esprit des lecteurs des romans. « En parlant de l’amour j’ai voulu aller jusqu’au bout et j’ai écrit l’amour en tant qu’une vie totale. C’est un roman d’amour mais en même temps il a un côté touchant à l’action de collecter, de cacher, de collectionner. » avait dit Pamuk avant la sortie de son roman, en notant que son roman contient aussi un regard critique et panoramique à la classe bourgeoise d’Istanbul des années de 1970 et de 1980 et à ses rapport avec l’Occident. Comme dans ses autres œuvres dans ce roman Pamuk traite plusieurs sujets émanant de tous les domaines de la vie quotidienne, la peinture, l’amitié, la sexualité, la passion, la solitude, le bonheur, l’attachement aux objets et aux personnages, le collectionnisme, les musées. La concurrence entre l’Orient et l’Occident, l’occidentalisation trouvent aussi leurs places dans le roman.

La virginité, les interdictions, le fait qu’une fille et un garçon ne doivent pas se rencontrer, le fait de même s’ils se rencontrent qu’ils font semblants de ne pas se rencontrer ou bien le fait que tout ceci se fasse dans le simple mimétisme de l’Occident, Pamuk traite différents aspects des relations d’amour dans la société turque.

«L’amour est une chose impossible dans un pays où hommes et femmes ne peuvent se côtoyer, se fréquenter et discuter ensemble, assena-t-elle. Et tu sais pourquoi ? Parce que dès qu’une femme s’intéresse à eux, les hommes lui sautent dessus comme des bêtes affamées, sans faire de détail. C’est ancré dans leurs habitudes ; ensuite, ils prennent cela pour de l’amour. » (Le Musée de l’Innocence, p. 569)

Dans «Le Musée de l’Innocence », près de 700 pages,son plus long roman après «Cevdet Bey et ses Fils», on retrouve les descriptions très minutieuses et détaillées de Pamuk. Il y a une scène de fiançailles longue de 50 pages avec un éventail de multitude de caractères qu’on n’avait pas revue depuis«Mon Nom est Rouge ». On voit aussi des références aux romans précédents, quelques caractères de ces romans ainsi que la famille de Pamuk et Pamuk Lui-même. On y remarque aussi une autre caractéristique de Pamuk la dualité. Le musée de l’innocence est le nom du roman ainsi que le nom du musée dont l’auteur a essayé d’ouvrir pendant des années. Une relation réciproque s’établit entre le roman et le musée. Le roman du musée ou le musée du roman tous les deux mènent à la même conséquence. Le roman est écrit comme l’histoire de ce musée. L’écrivain qui fait des recherches très minutieuses pour chacun de ses livres, dit qu’il avait étudié l’histoire des musées, qu’il avait visité tous les musées intéressants et étranges du monde. Le romancier avait dit qu’il voulait ouvrir un musée regroupant les objets réels du roman. Dans le roman Kemal a acheté la maison ou vivait Füsun Après des années et a fait de cette maison un musée ou il a placé les objets commémoratifs qu’il avait collectés pendant des années. Le but de l’auteur est de permettre aux lecteurs de pouvoir voir au musée les objets qu’ils connaissent grâce au roman. Ainsi il établit un lien intéressant avec le roman qui est totalement fictif et les objets concrets. Il réussit à faire vivre l’atmosphère du roman dans ce musée.

Le roman parle en effet d’un homme qui crée un musée en l’honneur de la femme qu’il aime et qu’il a perdue. Cette idée est devenue réelle et e musée a été inauguré à Istanbul en Avril 2012.

“De nombreux éléments visuels de l’Istanbul des années 70 et 80 sont représentés dans le musée de l’Innocence. Tous ces objets, des ustensiles de cuisine, des formulaires administratifs nécessaires si vous vouliez survivre dans l’Istanbul de la seconde moitié du XXe siècle sont présentés dans l’histoire et dans le musée. J’ai écrit le roman en pendant au musée et j’ai fait le musée j’ai créé le musée, composé ce musée d’une certaine façon en pensant au roman.”a-t-il précisé Orhan Pamuk.

Dans un interview il disait : « Mon fantasme était d’ouvrir le musée le jour de la publication du roman, le livre représentant une sorte de catalogue du musée… C’est vrai qu’il est difficile d’écrire une histoire d’amour de nos jours sans tomber dans le cliché… Il existe une rhétorique tenace sur l’amour : ce serait quelque chose de très doux, de merveilleux, de mystérieux, forcément placé sur un piédestal…. Je voulais écrire un roman d’amour selon les règles, tout en montrant la part de duperie que l’on trouve dans les représentations populaires de l’amour, montrer ce qui nous arrive vraiment quand on tombe amoureux

Le roman se suffit à lui-même. Le musée se calque sur les quatre-vingt-trois chapitres du livre: il possède quatre-vingt-trois unités, boîtes ou vitrines, chacune portant le titre d’un chapitre… A chacun de mes voyages, je visitais des petits musées étranges, un peu abandonnés….J’ai acheté et collectionné les objets exposés au fur et à mesure que j’écrivais le roman.Je suis un collectionneur de petits détails. »

La nostalgie du musée devient la clé d’une énigme: raconter à partir des objets, c’est cheminer vers les âmes en détresse, en dénouant les préjugés à coup d’histoires entrelacées.

Orhan Pamuk souligne qu’à travers ses romans, il parle de tout ce qu'il avait vu et connu. Dans Le Musée de l’Innocence, c’est de l’industrie cinématographique turque, accompagnée

d’une peinture de la société stambouliote, de ses valeurs et caractéristiques propres alors que cette ville était en proie à une occidentalisation, avec en toile de fonds, les attentats perpétrés par la gauche ou par la droite. Les événements historiques apparaissent en filigrane.L’histoire est bien plus qu’une histoire d’amour, c’est aussi le conflit de génération, la peur du déshonneur.