Assertions sous caféine

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Le style — Eh oui. Parler (ou écrire) c’est bien. Et c’est facile et naturel ; pour peu que le destinataire montre un intérêt. Ca fait un arc électrique et une relation : ça bâtit un (protagoniste), deux (autre protagoniste) et puis trois, leur rapport entre eux. Organique. Electif ; selon que cette relation… on la veut. On la veut envers et contre d’autres, possibles au même instant ou dans les mêmes conditions — Choisir, c’est éliminer, dit l’adage. Une relation, ça exclut toujours beaucoup.

Du coup, dérouler la même chose (parler) et le faire ici devant un ensemble vide (ou une caisse de résonance ; une page, un écran, ce qu’on veut), ça pousse à une mise au clair. Mise au clair de tout ce qu’il y a d’interne, de prime abord. C’est-à-dire en moi : sensations, idées, plus interlocuteur invisible (genre d’alter ego, destinataire du discours, à l’intérieur…) Et tout ça, en plus du fond (le désir de faire ce que je fais), ça appelle une forme. Un style — Eh oui. (Twice.)

Ca s’engendre.

Et il faut un câble. Genre de fil qui se séquence, se torsade, occupe l’espace comme il veut : là où il y a de la place. En vous. Entre nous. De manière interpersonnelle. Dans cet espace, qui est le nôtre. Il est sûrement épais, quoique plein de vide. Il est plein de plis... Vivant.

Un style donc. (Third.) Un ton et des séquences. Comme une identité qui se déroule — Autonome.

Mouais…

Pourquoi écrire ici, alors ? et maintenant ? Plein de choses à dire, c’est pour ça — Maintenant que je suis vieux (ce qui est faux), je peux tout dire. La phrase, dans ce qu’elle a d’italique — plutôt d’hispanique — est celle d’un écrivain de Madrid que je connais ; nous sommes au début des années deux mille. Et le bonhomme excelle dans la création d’histoires. Les choses lui viennent par morceaux. Des morceaux de force, ou moments. Et ça, maintenant que… je peux tout, c’est une amorce qui lui est propre : un prétexte. (Oh, une fois en tout cas. À l’époque, ça se joue quand lui et moi nous mettons d’accord pour écrire une nouvelle. Nous en parlons et tout ça. Il y a dans le récit un chien. Internet. Une orgie, je crois. Et des perruques — Je vous en parle peut-être plus tard ; je l’ignore car c’est long.) Un début d’histoire, que son maintenant que. (J. M. est un narrateur célèbre, talentueux ; les choses lui viennent par points culminants, ensuite il comble.) Plus qu’une construction, il fait une histoire. Il vous anime avec tout ça.

Le style ? Alors ici, je veux que ce soit des points — Des aphorismes. Des assertions. Des choses qui se relient, comme un tapis de quelque chose. Une mousse sombre. Forestière. Ou du pétrole... Ou des flaques de mer d’Aral. Ou du café. (Ecrire sous caféine est un plaisir. Une accélération. Un déploiement. J’ai souvenir qu’un arabe, dans l’Antiquité, le préconise pour discuter. Car le café affûte.)

Le café c’est comme du feu. Un feu liquide.

Cette première assertion, à présent que la caféine — chez moi — est à son comble, c’est le poker. Ca le concerne. (Et ça concerne la vie.) Comme c’est long, et là c’est net, je passe à la seconde assertion — Et renvoie le poker à plus tard. C’est sûr de sûr — Twice. Deuxième assertion donc, que je note 2, à la façon d’un mystique juif, vous savez ? Ces écrits philosophico-religieux du Moyen-Âge où les auteurs font partir la Création divine à la seconde lettre de l’alphabet, directement. Genre d’explosif ou de Big Bang qui déploie, d’un coup, le potentiel tout tapi d’une première lettre diaphane (l’idée qu’a Dieu, le potentiel), eh bien le 2 c’est maintenant. Et ici. Un 2 sous caféine :

2. La dépression. La dépression, c’est la vie. Oui. C’est la vie qui revient à sa source : vous. Moi. Et elle creuse. Elle va chercher des ressorts. Si je déprime, si tu déprimes, s’il déprime c’est parce qu’il y a vie. Elle se fait pointue, exigeante. Impérieuse. Alors elle vous revient comme une lame. Et veut de la profondeur. J’ose : c’est la vérité qu’elle veut. Dans un élan. (Un élan qui rentre.) Dans un besoin d’épaisseur. D’invisibles forces. De ressorts motivationnels. À partir de choses plus vraies, plus fiables et de meilleure valeur. (À l’intérieur du sujet.) Elle veut re-dessiner des rêves-codes. Des matrices. Des lignes magnétiques. S’acoquiner de nouveau avec les flux natifs du désir. Là où ça se joue : dans les noeuds. Les joyaux radioactifs internes…

3. Je laisse ça vide. Ca suffit déjà. Et ça forme une introduction.

Ok ?

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4. Et ce paradoxe. Un premier, dans une liste qu’on peut ressentir longue comme le monde. C’est que quand on dit que ça va mal, ça va bien. Ca va mieux. Pourquoi ? Parce ce qu’on dit la vérité. Et quand la vérité arrive, transperçant confusion ou déni, elle le fait avec son cortège de médicaments. Elle vous soigne. Vous confirmant que vous êtes faible, elle vous fait partir d’un point. Elle vous donne un contour, des coordonnées. Et vous ressentant vous-même, cette fois-ci sur quelque chose de profond ou de vrai, vous êtes fort. Fort plutôt que dans l’illusion. À la descente du constat que ça va mal (de la vérité donc), correspond une remontée presque identique. Ca, c’est gênant. Ca soigne, ok. Mais c’est dur à admettre — Dur à admettre en soi. Chez les autres, en général ça s’entend.

5. Le poker — Oh… non. Plus tard. (Alors quoi ?)