Donner ses ovocytes

Elsa Dechézeaux
Jan 9, 2018 · 7 min read

[Thread publié sur Twitter le 08/01/2018]

Aujourd’hui je vais vous parler (longuement) du don d’ovocytes !

Les ovocytes (ou “ovules”) sont un de deux types de gamètes que produit l’être humain avec les spermatozoïdes.
Comme ces derniers, on peut les donner pour venir en aide à des couples infertiles qui font un parcours de PMA (FIV avec don de gamètes).

Il y a environ 500 personnes qui donnent leurs ovocytes chaque année en France et environ 250 des spermatozoïdes.
Les couples infertiles passent de 6 à 60 mois sur liste d’attente d’un don de gamètes.

Comme pour les autres dons (sang, moelle osseuse…), trois principes fondamentaux sont en vigueur : volontariat, gratuité et anonymat (j’y reviendrai!)

Donner ses ovocytes : comment on fait ?

Les personnes pouvant donner leurs ovocytes en France doivent :
- avoir entre 18 et 37 ans
- être en bonne santé
- avoir la Sécu française
- connaître leur ascendance (il ne doit pas y avoir méconnaissance d’une maladie génétique familiale)

Avant 2015, il fallait avoir déjà eu des enfants pour donner ses gamètes. La loi a été assouplie pour avoir plus de donneur-euses. Elle permet également aux personnes de cryoconserver une partie des ovocytes prélevés pour elles-mêmes (j’en reparle à la fin).

Si vous remplissez les conditions, la première étape est de se mettre en contact avec un centre spécialisé (CECOS). Il y en a une vingtaine en France qui réalisent des dons d’ovocytes, avec de fortes disparités géographiques.
Liste complète et contacts : (dondovocytes.fr/ou-sadresser/l…)

Le centre organisera des rendez-vous en essayant de VOUS arranger au maximum. Vous êtes là pour faire un don : dans la majorité des centres, vous êtes donc prioritaires partout (RDV, examens, etc.).

Il va falloir avoir une batterie de consultations :
- consultations de gynécologie,
- consultation de génétique,
- consultation psychologique,
- consultation d’anesthésie.
La plupart des consultations ont lieu dans la même demi-journée pour vous simplifier la vie.

Il est important de bien connaître votre arbre généalogique (en remontant aux grands-parents et oncles/tantes/cousin-es) et les maladies de chacun et chacune. Beaucoup de maladies, y compris psychiatriques, sont des contre-indications au don !

En sus de ces consultations, prises de sang à gogo pour évaluer votre santé et votre fertilité et (surtout) multiples échographies par voie endovaginale pour étudier l’aspect des ovaires, le nombre de follicules (les sacs qui contiennent les ovules).

Un ovaire normal en échographie

Si tous les feux sont au vert (et ça peut passer au rouge à n’importe quel moment), votre dossier passe en réunion de concertation entre gynéco, radiologues, etc. Et on peut enfin planifier le don !

A noter que vous êtes pris-e en charge par la Sécu à 100% pendant 6 mois à compter de votre 1e consultation. Pas besoin de précipitation : on peut tout planifier plusieurs mois plus tard. Vous n’avez aucune avance de frais médicaux.

Le don d’ovocytes : en pratique

Il faut être bien accroché-e, ce n’est pas de tout repos. Déjà, il faudra prendre un grand calendrier et caler la procédure avec vos cycles car la stimulation ovarienne commence le 1er jour des règles. Le/la gynéco vous expliquera tout.

La stimulation ovarienne consiste à s’administrer des hormones. Avec des piqûres. Tous les jours. A heure fixe. Pendant 2 semaines.
[ici une illustration avec une seringue d’héparine, mais ça y ressemble]

C’est… pénible.

Pendant que vous êtes là en train de baliser sur l’aiguille en tenant votre petit bourrelet de ventre dans les mains, vous pensez aux mecs qui donnent leurs gamètes en ayant un ORGASME.

Mais n’écoutant que votre immense courage vous le faites quand même.
Ce sont des hormones, donc il y a des risques, transitoires et variés, certains graves d’autres moins, qui vous seront expliqués en détails.

Vous êtes dans tous les cas très surveillé-e : prise de sang et échographie tous les X jours (suivant le centre) pour apprécier la “pousse” des ovocytes.

Interlude biologie : mais ça rend infertile ce truc ???

Les ovocytes immatures naissent dans les ovaires pendant la vie fœtale (et oui). Ils sont 6 millions au 5e mois de grossesse chez le fœtus et ne cessent de décroître à partir de là : 1 million à la naissance, 400 000 à la puberté

Un être humain avec des ovaires va ovuler moins de 500 ovocytes pendant toute sa vie ! Les autres meurent.
Tous les mois, notamment, 5 à 30 ovocytes sont “présélectionnés.” Un seul survivra : celui qu’on ovule. Les autres : dead.

La stimulation ovarienne court-circuite cette sélection et fait “pousser” les 5 à 30 ovocytes présélectionnés au début du cycle.

Donc : non, donner ses ovocytes ne rend pas infertile. On donne des ovocytes qui étaient condamnés à mourir de toute manière. Le stock restant est toujours bien gardé au chaud et intact ! Fin de l’interlude.

Un ovocyte ne pousse pas tout seul. Il a besoin d’un petit sac, un follicule, pour se développer. Ce sac mesure en général 2 à 3 cm au bout de 14 jours. Vos ovaires deviennent littéralement des grappes de raisin. Une dizaine de follicules sur chaque, qui font 2 cm chacun. Ça pèse mais ça ne dure que quelques jours.

Un ovaire après stimulation ovarienne, les follicules sont les bulles noires

Car après vient la ponction des ovocytes. Elle se fait par voie transvaginale au bloc opératoire, sous anesthésie (générale ou locale +/- hypnose). Il n’y a pas de cicatrice : une aiguille passe à travers la paroi du vagin pour aspirer le contenu de chaque follicule, sous contrôle échographique.
C’est une procédure qui va très vite (30 min), les centres sont habitués car les personnes qui font des FIV ont tout pareil ! Sous anesthésie générale, on n’est pas intubé, simplement bien endormi !
On se réveille et on part dans la journée avec un-e accompagnant-e se reposer chez soi avec des anti-douleurs (douleur très supportable en général). On nous remet un court arrêt de travail (24 h à 72 h).

L’après : le trou noir

Sauf s’il y a le moindre problème, vous en finissez là. Bye-bye le centre de PMA. Retour à la vie normale.

Vos ovocytes prélevés, eux, sont envoyés frais au labo pour faire la FIV le jour-même de la ponction.
Les embryons ainsi obtenus sont transférés quelques jours plus tard dans l’utérus de leur futur parent, et advienne que pourra.
Vous n’en saurez rien sauf dans le cas très rare d’une maladie génétique chez l’éventuel enfant qui naîtra.

A cette date (janvier 2018), les donneur-euses de gamètes sont ANONYMES. Les associations de personnes né-es d’un don de gamètes militent pour la levée de l’anonymat (“accès aux origines”). Mais si une loi passe, elle ne sera pas rétroactive. Vous n’aurez donc JAMAIS de nouvelles de ces enfants. Sauf à attendre une loi et donner après son application.

D’un don (une 20aine d’ovocytes en moyenne) naissent rarement plus de 3 enfants. Les ovocytes sont fécondés dans VOTRE centre pour des couples qui y sont suivis. Ils ne voyagent pas !
Au moment des premières consultations sont notées vos caractéristiques physiques (couleur des yeux, des cheveux, texture des cheveux, taille, poids, carnation…). Le centre va “matcher” les couples avec vous, pour que leurs enfants leur ressemblent.

Pour finir, un petit mot comme promis sur l’autoconservation d’ovocytes. Elle est possible pour les personnes nullipares (= aucun enfant). Le centre peut conserver un pourcentage des ovocytes prélevés pour que vous puissiez vous en servir plus tard. Il n’est pas sûr qu’assez d’ovocytes poussent pour que vous puissiez en garder une partie. Enfin, sur ceux qui seront congelés pour vous, cela ne signifie pas une grossesse à 100 % plus tard.
Néanmoins, c’est aujourd’hui l’unique possibilité pour conserver ses ovocytes en France (sauf dans les cas de maladies graves qui nécessitent des traitements toxiques pour les ovaires, comme des cancers, par exemple).
Je ne l’ai personnellement pas fait mais cela relève du choix de chacun-e. Pensez-y à tête reposée avant votre 1e consultation et discutez-en avec le/la médecin, le/la psychologue, etc.

Oh ! J’allais oublier… Vous avez besoin du consentement signé de votre conjoint-e pour donner VOS gamètes (et oui). Comme c’est merdique : j’ai menti en disant que j’étais célibataire.

Il reste beaucoup à dire ! Posez-moi vos questions, j’y répondrai à la suite du thread !
Les Q/R sont accessibles ici puis en déroulant : https://twitter.com/Elsa_Dechezeaux/status/950423410550636544

Parlez-en autour de vous : il m’a fallu des années pour sauter le pas, peut-être que si vous ne vous en sentez pas capable, d’autres le seront !

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