Une brosse en bois

une brosse en bois

Fabriqué en bois et en poils de cheval, je suis un pinceau. J’avais l’habitude de rester dans une vieille boîte poussiéreuse, jusqu’au jour où Claude Monet m’a acheté pour un sou. Je n’étais qu’un pinceau ordinaire jusqu’à un mardi de mars 1872. Il m’a placé près de la fenêtre et m’a mis dans une assiette. En face de moi, il y avait un papier blanc, attendant d’être peint. Il a ensuite regardé Le Havre par la fenêtre. Je pouvais voir ses émotions sur son visage. L’amour, le rire et le chagrin. Il y avait une brume dans ses yeux, une brume de souvenirs. Les souvenirs de sa femme, Julia. Les jours passés, quand ils chantaient le long du port ; quand ils s’ asseyaient là, près de la mer. Sans réfléchir, il m’a plongé dans un bol de peinture jaune d’or. Un coup de pinceau doux, aussi lisse que les cheveux blonds de Julia. Puis un peu d’orange, juste assez pour montrer son éclat dans le soleil levant. Ce doux rire est aussi ajouté par certaines lignes ondulées en bleu clair. Puis tout d’un coup, soudain, la tristesse et la douleur dans ses yeux. Il m’a plongé dans la peinture bleu foncé et a fait des chassé-croisés. Il a peint de nombreuses lignes torsadées pour montrer le ciel brumeux. Il essaie de palourdes vers le bas et regarde dans le port. Deux bateaux font lentement voile vers Le Havre. La brume assombrit le paysage. Après tous ces coups, il me plonge dans l’orange acidulé. Une petite touche et cette peinture est faite. Le soleil brille sur ce havre de paix. Ce n’est pas une peinture, c’est son cœur versé sur le papier.

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