La liberté d’être soi-même commence par celle de l’autre ?
Article paru dans le premier numéro de hAppi (2017), Ile Maurice.
“Il est facile de s’accrocher à ses stéréotypes et ses idées préconçues, on se sent ainsi rassuré dans sa propre ignorance.”
(Michelle Obama — American grown, 2012)
Vous est-il déjà arrivé que quelqu’un vous dise à la première rencontre : « Ah c’est toi, Emilie, je ne t’imaginais pas comme ça ! » Qu’avez-vous ressenti ? De la fierté, de l’amusement, de l’énervement à l’idée d’être réduit à une image qui ne correspondait pas forcément à la réalité ?

Lorsque l’on rencontre un inconnu, on l’imagine à partir de notre expérience ainsi que des représentations que l’on se fait des groupes auxquels on l’associe : groupe ethnique, culturel, religieux, professionnel, etc. Classer les personnes nous permet de gérer la complexité autour de nous (Licata, 2007). Alors on range les choses, les personnes, les idées, les concepts dans des boîtes qui servent de repères à notre compréhension du Monde. C’est pourquoi on demande souvent aux personnes que l’on vient de rencontrer, des informations complémentaires : leur nom de famille, leur métier, leur quartier. Et ce, même si l’on sait que ces questions sont dérangeantes. En effet, qui veut être limité aux idées que l’autre porte sur sa famille, son quartier, etc. ? D’autant que ces catégories sont hiérarchisées, certains quartiers, par exemple, étant moins bien considérés que d’autres.
Pourquoi continue-t-on à poser ces questions ? Hormis le fait de nous informer sur la place de l’autre, les catégories sociales nous aident à évaluer la nôtre. C’est ce que Tajfel (1972), l’un des premiers psychologues sociaux à s’intéresser aux relations de groupe, a remarqué. De plus, pour mieux distinguer les groupes, on va selon les cas réduire ou accentuer les différences avec les autres groupes. Au final, on se retrouve avec des représentations simplifiées des membres de ces groupes.
Notre système de catégorisation sociale est unique car il découle de notre histoire, personnelle et familiale. Mais on partage aussi des similitudes avec les autres membres de la société parce que certaines catégories sociales résultent de l’histoire de notre pays et nous aident à gérer les relations interethniques en société par exemple. Les représentations des différents groupes, ethniques, professionnels, sexués, etc. sont transmises de génération en génération sans que nous en ayons conscience. C’est ce qu’on appelle les stéréotypes. Nous véhiculons ainsi des stéréotypes qui datent de l’époque de la colonisation et de l’esclavage sans le savoir, ou encore des stéréotypes sur les rôles et les qualités des hommes et des femmes : « Les femmes conduisent mal, mais savent bien s’occuper de leur famille ! »
Le danger du stéréotype est qu’il donne une image figée et simplifiée d’un groupe de personnes. Image qui est à l’inverse de ce qu’est une personne, à savoir une identité et une personnalité complexe qui évolue dans le temps. C’est pourquoi nous n’acceptons pas d’être réduits à de simples stéréotypes.

Mais saurons-nous sortir de ce caractère figé et donner à l’autre l’occasion d’être spécial ?
Se libérer des stéréotypes demande de prendre conscience des images toutes faites que nous avons des autres, de leur culture, de leur religion, de leur famille. En prendre connaissance et les accepter, non pas comme une réalité, mais comme des images qui ont été transmises, nous permet d’aller à la rencontre de l’autre de manière authentique. C’est un travail personnel long et difficile, car il est plus simple de nier les stéréotypes que d’accepter la dureté des images que nous portons. Mais prendre le temps de les identifier permet de nous ouvrir à l’autre dans sa complexité. Mieux encore…
Donner à l’autre cette liberté d’être lui-même et de s’exprimer, nous apporte en retour la liberté de nous découvrir comme être singulier et différent des stéréotypes qui nous collent à la peau. N’est-ce pas là le réel plaisir de la rencontre : être et se découvrir l’un l’autre, libre de tous tabous et stéréotypes ? Et qui sait, peut-être ensemble dans la discussion, arriver à se débarrasser de ces catégories qui nous pèsent tant ?
« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », affirmait Gandhi !
D’où vient le terme stéréotype ?
Le terme « stéréotype » vient du grec stereos qui veut dire ferme, solide et typos qui veut dire empreinte, modèle. Il provient du monde de l’imprimerie et désignait une empreinte, un relief fait de métal qui pouvait être reproduit à souhait (Dorai, 1988). Les stéréotypes représentent ainsi une image plutôt générale et simplifiée d’un groupe de personnes qui traverse le temps et les générations. C’est « un ensemble de croyances partagées à propos des caractéristiques personnelles (…) propres à un groupe de personne » (Leyens, Yzerbyt & Schadron, 1996) qui est peu susceptible de changer.