Réseaux sociaux : je est un nous bruyant.

Depuis l’avénement des réseaux sociaux, nous ne sommes jamais seuls. Il y a même sur twitter un hashtag qui réunit au milieu de la nuit les insomniaques.

Et même si nous n’interagissons pas avec l’autre, l’autre est à portée d’ouverture d’une application. Que l’on «matche» sur Tinder, que l’on «snape» sur Snapchat, que l’on lise ou poste un statut sur Facebook tout en alertant qu’on écoute telle ou telle musique sur Deezer, nous sommes en interaction avec l’autre sans discontinuité. L’autre nous arrache à notre solitude ou à notre sentiment de solitude.

“Notre espace public est colonisé par des technologies qui visent à capter notre attention.” explique Matthew Crawford

De même, dans nos pensées, l’autre s’enquiert de ce que nous croyons, de ce que nous espérons. Et l’autre est multiple. Pour ne pas décevoir, nous sommes souvent contraints d’entrer dans une relation «commerciale» avec l’autre : nous vendons une posture pour être le plus rassembleur ou pour se donner un genre (poétique, artistique, humain, révolté, …). Dites moi qui a plus de dix vrais amis (question : vers qui iriez vous si vous veniez de tuer quelqu’un ?) et je reconsidèrerais cette dimension «commercial». Le réflexe «commercial» l’emporte sur l’opinion, la croyance, une pensée déviante de ce que nous sommes vers le plus petit commun dénominateur.

Les réseaux sociaux accentuent le «primum relationis». Derrière l’enfermant apparent de l’outil social, nous sommes liés par telle ou telle chose à l’autre enfermé dans le même outil. Comme dans une religion.

Alors deux choses ont disparu : le silence et le moi.

Le silence tant recherché par celles et ceux qui méditent (avant que cela ne devienne à la mode) est sclérosé par l’accès constant à l’autre. Un brouhaha constant s’empare de nos réflexions et de nos pensées. Nous avons une capacité à ne plus penser.

De même, le «moi, je» est interdit pour un nous sans aspérité. Il faut compatir ensemble, défendre les minorités ensemble, s’insurger ensemble et récemment, nous nous sommes encore émus ensemble… Nous devenons une partie de ce dragon à mille têtes qui permet aux poujadistes, voire pire aux extrêmes, de nous manipuler plus facilement car ils nous parlent à notre corps unique, à nos instincts les plus immédiats.

Pour remédier à ces deux contraintes qui empêchent notre épanouissement personnel, à notre réalisation, il y a les tenants du radicalisme et les cyniques.

Les premiers ont décidé de se déconnecter, les seconds de se servir de ces lieux de rencontres pour ce qu’ils sont : un lieu «commercial» (de soi, de ses produits, de ses idées, …).

Les deux ont compris pour que l’échange soit plein et entier, qu’il fallait sortir du monde virtuel pour obtenir la satisfaction des sens. Nous sommes mues par nos sens, quand ils nous en manquent, nous compensons voire sur-interprétons des situations qui sont, le plus souvent, plus simples qu’on ne l’imagine.

Mais la plupart des utilisateurs n’arrive pas à être radicale. Alors comment lutter contre l’addiction à ces réseaux sociaux qui sont autant de médias de nous mêmes ? Comment ne pas être dans les réseaux sociaux aujourd’hui ? Il est impossible de se taire dans un media. Il est impossible de ne pas être pluriel dans un media. Alors quoi ? Nous procrastinons nos vies ? Nous segmentons ? Ou bien nous admettons d’assumer nos multiples identités voire notre «trans-itude» ?

A moins qu’il faille accepter ce nouvel ordre des choses pour tenter d’en faire autre chose.

A moins que tout cela ne soit dans la logique des choses : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre » Blaise Pascal.