@Sam Elony, un “créauteur” d’histoires

Il se définit volontiers comme un autodidacte des images et des mots, un « créauteur » toujours dans la recherche et l’invention des images et des mots. À 55 ans, Sam Elony, photographe et écrivain, vient de remporter le premier prix du concours « La ville devant nous », organisé par JCDecaux et Wipplay. Rencontre avec un touche-à-tout malicieux.

Emmanuel Calafiore

©Sam Elony

L’appareil photo n’est jamais très loin. Prêt à saisir l’instant, prolongation naturelle de sa main. Sam Elony fait de la photo depuis toujours « et plus sérieusement depuis le partage sur les réseaux sociaux et l’arrivée du numérique ». Cette révolution a permis de multiplier les photos sans se soucier du stock de pellicules à posséder et surtout de partager plus rapidement ses clichés. « Aujourd’hui, on branche l’appareil sur l’ordinateur, on poste ses photos et on a des commentaires instantanément, c’est beaucoup plus facile ».

Au départ, les réseaux sociaux permettent à Sam Elony de faire la promotion de son livre, Laure, femme du Nord. Premier essai et première nomination pour le prix Marie-Claire Blaise au Québec. Puis, curieux de nature, Facebook qui devait lui permettre de présenter son livre, est devenu le lieu où il a pu découvrir les photos des autres. Elles lui ont redonné l’envie de se balader plus souvent avec son appareil : un exercice moins isolé que l’écriture. « Le roman, c’est long, c’est un travail solitaire… la photo, c’est instantané, je peux mieux partager pour le coup. »

Pour Sam Elony, « elle est vraiment une histoire de regard. Se balader, être toujours à l’affut, tout en profitant des choses, des amis, mais aussi toujours avoir l’œil qui traîne… c’est ça je crois surtout la photo. »

Sam Elony prend le temps de regarder, de saisir l’instant

Une plongée dans le grand bain des réseaux sociaux qu’il ne regrette pas même s’il ne partage pas de suite la photo une fois qu’il l’a capturée. La raison : Sam Elony n’utilise pas de téléphone portable. Le sien est trop vieux et n’a plus de mémoire mais peut être qu’un jour il y reviendra en fonction des opportunités. « Je travaille mes photos avec mes propres logiciels, je n’utilise pas les filtres des applications… je préfère faire mon travail d’abord et les publier quand je suis satisfait ». Sam Elony est un artisan. Il prend le temps de regarder, de saisir l’instant avant d’offrir ses photos aux yeux de tous. En noir et blanc ou en couleur, parfois la photo parle d’elle-même, parfois elle est accompagnée d’une courte légende avec ou sans les fameux hashtags. Ces derniers lui permettent d’être découvert par des personnes curieuses ou d’intégrer des communautés de photographes mais sans leur appartenir directement. Sam Elony reste libre !

Inscrit sur Wipplay, le « créauteur » a découvert le concours « Regard sur la ville ». À la lecture du sujet, « La ville devant nous », dans sa tête, une photo s’est imposée. Elle lui est apparue directement : celle d’Alexandre, son compagnon observant la ville par la fenêtre. Une photo poétique, en couleur où le sujet semble absorbé par ses pensées dans cette ville promise. Une ville dont le reflet se lit sur le visage mélancolique du modèle. « Je n’ai proposé que cette photo. On peut tout imaginer à partir de celle-ci : il y a vraiment la ville avec cette histoire de reflet et ce regard rêveur d’Alexandre sur cette-ci, laissant la place au rêve. »

Choix judicieux ! Sam Elony remporte le premier prix régional Nord-Pas-de-Calais du concours organisé par JCDecaux, Wipplay et les Rencontres de la Photographie d’Arles. Sa photo sera prochainement diffusée sur 25 abribus de la région Nord-Pas-de-Calais. Tout le monde pourra alors observer Alexandre qui, selon les mots du photographe, « se retourne vers sa ville. À l’horizon s’alignent passé, présent et futur. Une ligne de vie à portée de main. »

Ouvert à toutes les propositions pour présenter les fruits de son imagination

Cette victoire lui donne-t-elle l’envie d’exposer son travail ? Depuis 2010, Sam Elony a déjà montré ses photos dans les Maisons Folies, les gares, les galeries d’art… Son plus grand souvenir est l’exposition photos EXIL au Fort des Dunes de Leffrinckoucke entre avril et septembre 2017 où 15 000 visiteurs ont pu admirer son travail. Pourtant, les expositions ne sont un but en soi : « ce sont des opportunités, en fait… c’est quand cela arrive. Je ne vais pas forcément chercher… ou alors je lis un événement dans la presse, une personne vient à me parler d’un sujet… cela part souvent comme ça en fait. Ce n’est pas une démarche. »

Sam Elony ne s’estime pas être illégitime. Il attend juste l’élément déclencheur pour dépenser cette énergie. Il est ouvert à toutes les propositions pour présenter les fruits de son imagination… Dans un coin de sa tête, il réfléchit à une pièce, un nouveau roman : « moi j’aime bien inventer des histoires, le but est de toujours raconter en écrivant, en faisant de la photo, c’est ça le plus important je pense : le plaisir ! ». En ce moment, il écrit des sketches pour la troupe lilloise « Les Amuse-gueules » que les acteurs souhaiteraient jouer dans le séjour, le cuisine et même la chambre des personnes qui souhaiteraient les recevoir. Et puis le créauteur reste pugnace : « souvent je me dis que s’il ne se passe rien alors j’arrêterai tout. Mais il y a toujours un concours, une idée qui me relance ». Une humilité naturelle : « il faut savoir rester à sa place, ce sont des photos après tout » conclut dans un sourire Sam Elony avant de reprendre son appareil photo pour saisir l’instant.


Sam Elony partage ses photos sur Instagram à l’adresse suivante @elonysam et il a consacré un blog à Amsterdam, sa ville de cœur.

Emmanuel Calafiore

Written by

Radiophile, anglophile, journaliste - 93e promotion @ESJLille - devient @Lesuricatecine sur http://campuslille.com et critique pour cinecinephile.com

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