Les pieds dans le tapis de la vie.

Episode 1 : SNCF STORY

C’est une histoire qui débute comme beaucoup d’autres, une histoire qui met en scène des protagonistes comme on en croise tous les jours.

Une jeune mère qui décide, après 7 mois passés à vivre pour sa fille, de vivre pour elle-même le temps d’un (long) week-end à Budapest. 
Un jeune père (moi) qui après 7 mois à observer sa femme porter seule cette “charge mentale » -et paniqué par la perspective de rester seul quatre jours avec sa fille- se transforme en bon fils et se décide à rendre visite à ses parents à Brest. 
Enfin au nord de Brest.

Un plan tellement simple qu’il en était infaillible.

1. Mairie du X → Montparnasse en Uber (prévoir une heure).
2. La faire dormir pendant les 5h de train.
3. Boire quelques canettes au wagon bar pour ne pas déranger sa sieste.
4. Attendre que mes parents viennent me chercher dans le wagon.

Cette forme d’enterrement de vie de jeune fille en Hongrie fut planifié par ses copines le mois suivant l’annonce de la grossesse. J’avais 18 mois pour me préparer. Oui, je parle en mois, la paternité transforme, vous n’avez pas idée.
Contrairement à ce que ceux qui me connaissent pourrait s’imaginer, je pris mes billets de train 3 mois en avance pour une somme inférieure à 50 euros. La paternité transforme, vous n’avez pas idée.

Le jour précédent le départ, ma nouvelle mentalité de père prévoyant me pousse à vérifier les détails de l’expédition, wagon, places etc. histoire de moins galérer à la gare. 
La paternité transforme, vous n’avez pas idée.

J’ai senti la goute de sueur couler sur mon front et le goût du sel sur ma langue. Puis j’ai crié, quatre petits mots.
SA MERE LA PUTE.
Note à moi même : préférer les billets aux bonnes dates aux billets les moins chers.

150 euros plus tard, la panique commençait à s’effacer.
La paternité ne vous transforme pas tant que ça.

— —

Le train est à 11H, à 9H30 je suis déjà prêt, chargé comme un mulet mais j’ai pris un solide muesli, banane, poire, pomme et yaourt 0% un peu plus tôt. Je gère.

J’immortalise le moment.

Jusqu’ici, tout va bien.

10h, Uber commandé.

10h10, mon Uber, perturbé par le trop grand nombre de rues à sens unique abandonne, non sans tenter une dernière fois de prendre la rue René Boulanger dans le mauvais sens.

RE STRESS

10H20, je suis en voiture.

10H36, j’arrive à la gare.

Je savais bien que j’étais large !

11H, je suis dans le train, un carré de 4 pour ma fille et moi.

11H01, ses yeux se fermèrent et elle dormit

FUCK YEAH

13h10, elle se réveille, je suis pas un spécialiste mais je suis à peu près sûr que je dois l’alimenter.

Sa mère m’a laissé un sachet (c’est comme un petit pot mais en sachet) -de courge butternut agneau et une compote, le tout bio- elle mange tout.
Non pas avec plaisir mais elle mange tout, c’est important pour la suite de cette histoire.

13h20, le tain s’apprête à entrer en gare de Rennes, la quasi-totalité de mon wagon se prépare.

13h22, les portes s’ouvrent, je ne suis jamais à l’aise à Rennes- on n’est pas à l’abri d’une attaque de Punk à chien-

ELLE NON PLUS APPAREMMENT

“QUI A DU XANAX ?”

Je ne pense qu’à une chose : “ta fille est blanche comme un cul et vous ressemblez à deux cons qui sortiraient d’une Color Run où les gens auraient remplacé les ballons de peinture par des ballons de vomi .”

Je file à l’endroit fait pour laver les gosses. Pour ceux qui n’ont pas de gosses; généralement c’est situé en face de l’endroit pour pisser ou fumer.

Coup de bol, c’est dans mon wagon.
(Il est d’ailleurs intéressant de préciser, à ce stade du récit, que si cet endroit eut été situé dans un autre wagon, l’histoire aurait pris une tournure encore plus cocasse.)

J’entends, du bruit et des annonces grésillantes, mais je n’écoute pas.

Je retourne à ma place et essaie d’éponger la scène à coups de pages du Parisien. Le wagon est quasiment vide, une personne vient me voir et me demande si ce train va bien à Brest.

“Evidement”.

- “MAIS BON DIEU, QU’EST CE QUE VOUS FAITES LA ?”

- “Là ? J’éponge du vomi, pourquoi ?”

- “Vous voulez pas sortir de mon train s’il vous plait ?”

- “Je préférerais qu’on plie les gaules vers Brest fissa si ça ne vous dérange pas trop de rallumer le train.”

- “Mais le train pour Brest est parti voilà 10 minutes !”

-“?”

-“?”

“Comment ça ?”

C’EST UN PUTAIN DE CAUCHEMARD.

- “On a fait une annonce pour que toutes les personnes du wagon 11 se déplacent dans le 10, m’enfin faut écouter !!”
(c’est à ce moment qu’il faut revenir un peu en arrière et imaginer que l’endroit pour changer ses gosses était dans un autre wagon que le mien, le 10 par exemple. Et m’imaginer ma fille et moi dans le wagon 10 quittant la gare de Rennes, laissant le wagon 11 et sa suite sur place. Non pas que j’y tenais spécialement à ce wagon mais il avait le mérite d’abriter toutes nos affaires)

- “J’étais un peu occupé, connasse- là je suis par terre à éponger le vomis-vous pouviez pas me le dire quand vous m’avez controlé ?

- « Ce n’est pas moi qui vous ait controlé ».

- « Si ! Je me souviens de vous, vous ressemblez à Marine Le Pen !”

Je me fais foutre dehors.

Il pleut, le vomi traverse mon jean et colle à ma cuisse, j’ai froid.

Je pleure un peu.

Je me dirige, toujours chargé comme un mulet mais beaucoup moins serein qu’au départ, vers la gare de Rennes.

- « Monsieur, un problème ? »

- « Le train pour Brest est parti sans moi, je vais acheter un billet pour le suivant ».

- « Il y en a pas avant 1H30, mais là vous vous dirigez vers le bout du quai, la gare c’est de l’autre côté…”

- « …. Putain ».

-« Ne vous inquiétez pas, vous ne paierez rien ».

- *T’inquiète pas je comptais pas payer…*

Un peu plus tard

-« Vous savez qu’on ne peut pas Vapoter dans l’espace commercial SNCF ?»

- « Vous savez que je suis trempé de vomi, que je porte ma fille à bout de bras et que sur ces 4 connards de vendeurs 3 discutent et que j’attends depuis 15 minutes ? Qu’ils fassent enfin le job pour lequel ils sont, pas trop je l’espère, payés !”

-« … »

-« Ca vous fera 48 euros. »

-« La petite meuf sympa du quai m’a dit que j’aurais pas à payer. »

-« Ben si, c’est de votre faute.»

-« Mais vous êtes vraiment des merdes, niquez vous, jamais je paye. »

-« … »

Bon.

Putain.

Je vais quand même pas faire le gitan dans le train.

J’ai trop d’honneur pour y retourner, m’excuser et lâcher les 48 balles qu’on me réclame.

J’ouvre l’application Voyages SNCF.
Pas de 3 ni encore moins 4G.

SALOPERIE DE RESEAU FREE.

-« Allo Maman, tu vas rire mais j’ai eu un souci…”

-« ..???…”

-« Tu pourrais pas m’acheter un billet sur voyages SNCF et me l’envoyer par mail ? »

-« Ca marche pas »

-« … »

BON, A LA KOSOVARDE DANS LE TER.

Première bonne nouvelle de la journée. Il n’y a pas de placement dans le TER, je trouve donc une place pour ma gamine que je trouve admirable au vue des circonstances.

Elle est de plus en plus blanche et n’a pas émis un bruit depuis 2h, je commence un peu à flipper, il me reste juste de quoi faire un biberon.

Go.

RE VOMIS PARTOUT

Et cette fois-ci il y a un poil plus de monde à côté, le train est blindé, la moitié des voyageurs est debout.

Je n’ai plus d’affaires propres pour elle.

Je n’ai plus de pages de Parisien pour éponger.

Je n’ai plus de mouchoirs.

J’ai plus d’amour propre.

Elle retrouve sa voix et hurle.

Je la prends sous le bras, coupe en deux la marée humaine et file vers les chiottes pour la nettoyer au PQ.

J’entends derrière moi « Endiré le Moïse breton !! »

On ressort, des bouloches de PQ un peu partout sur nos sapes.

Je la pose.

Elle dort.

Je m’allonge par terre.

J’ouvre mon bouquin, la Tâche … je lis un passage “il se pris les pieds dans le tapis de la vie”.

Les gens me regardent, avec un sourire teinté de respect.

Je suis toujours surpris du courage des gens.
Et pour la première fois, par le mien.

On arrive.

On va voir les vaches.

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