Primaires Citoyennes : Vivement le printemps.

Verre à moitié plein ou à moitié vide, voilà la première impression du long, très long, premier débat entre les sept qualifiés à la primaire de gauche. Comme lors de la primaire de droite les sept ont su éviter les attaques ad hominem et ainsi sauvegarder les chances de réconciliation après le deuxième tour. Mais, c’est le revers de la médaille : que ce débat fut long, ennuyeux, sans passion !

Qu’en restera-t-il alors qu’une courte semaine de campagne nous sépare du premier tour ?

Première constatation objective : l’audience.

Avec deux millions de moins que la primaire de la droite on pourrait parler d’échec. Mais compte tenu de l’état déliquescent du PS, et des pronostics pessimistes des “experts”, le résultat final: 3,8 millions de spectateurs durant deux heures et demi, n’est pas si mauvais.

En examinant la courbe on relève d’ailleurs une longue et régulière baisse de l’audience durant les premières quatre-vingt-dix minutes, puis après la coupure publicitaire, une forte remontée par l’apport de téléspectateurs qui, après avoir regardé un autre programme de prime time, sont venus voir la fin du débat. La seconde partie consacrée aux sujets régaliens aura donc réuni plus de monde que la très longue séquence consacrée à l’économie et au social. Voilà, on le verra plus loin, qui profitera à Manuel Valls plus à l’aise sur le terrorisme que sur l’économie.

Deuxième évidence : le match à trois.

On devait s’y attendre le premier débat à fait des dégâts.

Les trois “petits” candidats sont hors-jeu. Jean Luc Bennhamias, dont on pouvait penser qu’ayant vu de la lumière il est monté au studio, a apporté la preuve qu’il n’y a a pas de place pour un amateur dans ce genre de match. Sylvie Pinel en dépit d’une application sympathique a confirmé qu’il n’y a pas d’espace pour les radicaux de gauche. Quant à François de Rugy, écologiste raisonnable, il a plusieurs fois apporté des propositions de bon sens, mais sans jamais convaincre d’une stature présidentielle.

Il n’en reste donc plus que quatre, en réalité ramenés à trois car Vincent Peillon, invité de la dernière heure, n’a pas réussi, malgré quelques envolées lyriques, à crédibiliser une candidature à la magistrature suprême.

Ils ne sont donc plus que trois : Valls, Montebourg, Hamon à pouvoir se qualifier pour le deuxième tour.

Troisième indication : le match Hamon Montebourg.

C’est un match dans le match. Qui du breton ou du bourguignon va au deuxième tour représenter la gauche du parti ?

Benoît Hamon a capté une partie de la lumière en obligeant au débat sur le revenu universel et en faisant feu sur le bilan Hollande. Il a d’ailleurs plus convaincu les sympathisants de gauche qu’Arnaud Montebourg. En revanche sur sa capacité à devenir président: la presidentialité, Benoît Hamon a toujours un vrai déficit. Chef de parti pourquoi pas, Chef de l’Etat difficile !

Arnaud Montebourg c’est un peu l’inverse. Il a une nouvelle fois apporté la preuve qu’il avait une vision à la fois économique et internationale, donc une stature personnelle qui le rend éligible aux plus hautes fonctions. En revanche, il a plus de mal à s’adresser au peuple de gauche, de ce point de vue, un peu moins convaincant que Benoit Hamon.

Autant dire que le match Hamon Montebourg est totalement ouvert, et que pour eux les deux derniers débats seront décisifs.

Quatrième évidence : Valls garde toutes ses chances.

L’ancien premier ministre, sans sauter de joie, estimait après le premier débat qu’il s’était bien sorti du piège. Il a effectivement échappé au Valls bashing, qui lui aurait fait mal, si Montebourg et Hamon avaient décidé d’unir leurs forces pour tenter de le détruire.

Manuel Valls a habilement repris sa tunique d’ancien premier ministre en défendant crânement son bilan et en endossant une posture “hyperrégalienne” sur le terrorisme. Il a en quelque sorte piégé tous ses concurrents en les obligeant à soutenir sans réserve ses positions très fermes sur un sujet qui reste prioritaire pour un immense majorité de français.

Les deux derniers débats seront donc décisifs aussi pour Valls qui va tenter de prouver qu’il est sans conteste celui qui peut le mieux aborder la campagne présidentielle avec un socle de départ lui permettant de doubler Mélenchon et Macron. Mais même dans cette hypothèse hautement hasardeuse, rien ne garantit qu’il soit présent au deuxième tour compte tenu de l’avance actuelle de Marine Le Pen et de François Fillon.

Cinquième leçon : l’ombre menaçante de Macron et Mélenchon.

Le vainqueur final de la primaire à gauche devra faire face à deux encombrants fantômes.

D’abord Mélenchon, qui en annonçant à la veille du premier débat qu’il dispose déjà des fameuse 500 signatures à clairement signifié qu’il était fermé à toute négociation et que rien ne peut plus l’arrêter.

Quant à Macron en annonçant le même jour le ralliement de Corinne Lepage et Jean Marie Cavada, il a lui aussi témoigné qu’il de moquait comme d’une guigne de la primaire à venir.

Macron et Mélenchon obstinément fermés à toute discussion, c’est la quasi condamnation pour le vainqueur de la primaire à faire de la figuration au premier tour de la présidentielle.

Fichu hiver doivent se dire les socialistes en murmurant, sans y croire vraiment : Vivement le printemps.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.