Quand Marine Le Pen vote contre les droits des femmes

Par Antoine Ullestad, doctorant en droit public, membre du Centre d’études internationales et européennes, Université de Strasbourg

et Emre Sari, journaliste indépendant

Marine Le Pen, êtes-vous vraiment pour les droits des femmes ?

« Je suis une femme, et comme femme, je ressens comme une violence extrême les restrictions des libertés », assure Marine Le Pen au sujet du fondamentalisme islamique dans son clip de campagne officiel.

Et pourtant, au Parlement européen, elle n’hésite pas à s’opposer à la liberté et aux droits des femmes, comme l’ensemble des députés du Front National (FN).

Pour s’en rendre compte, voici sept exemples de vote en séances plénières ; sept exemples où le parti de Marine Le Pen s’est prononcé à chaque fois contre un texte visant à améliorer les droits des femmes.

Sept textes, finalement adoptés, qui visaient à :

  • Augmenter le niveau de vie des femmes
  • Encourager l’émancipation féminine dans des pays d’Europe de l’Est
  • Encourager la formation des femmes
  • Promouvoir le rôle des femmes en milieu rural
  • Égaliser les rôles au sein des foyers
  • Améliorer l’accès des femmes aux nouvelles technologies
  • Améliorer les conditions de travail des auxiliaires de vie

Pour chaque texte, nous avons extrait les idées principales ci-dessous ; puis détaillé la position des députés FN et de ses leaders.

Ces votes contre les droits fondamentaux des femmes surprennent. Et surprennent d’autant plus que tous ces textes sont non-contraignants. Il n’y a pas de directive dans notre liste, mais seulement des résolutions où le Parlement européen fait connaître sa position sur un sujet précis. Ces documents ne peuvent pas modifier le droit français.

Le parti de Marine Le Pen ne s’oppose donc pas à des mesures obligatoires, mais exprime son désaccord de fond avec des idées. Les députés FN auraient en effet pu voter “oui” ou tout simplement s’abstenir.

Leurs opinions sont-elles si étonnantes ? Dans les 144 propositions de Marine Le Pen pour les élections présidentielles, le mot “femme” n’apparaît qu’une seule fois. Dans une seule mesure. En comparaison, la lutte contre l’immigration fait l’objet de cinq mesures.

A quelques jours du second tour d’une élection présidentielle bien incertaine, il nous paraissait important de revenir sur les opinions des députés FN contre les droits des femmes. Dimanche prochain, glisser un bulletin dans l’urne pour Marine Le Pen, ou décider de s’abstenir, c’est aussi cautionner la vision archaïque de ces personnes, aujourd’hui députés, demain, peut-être, ministres.

1) Le parti de Marine Le Pen contre la hausse du niveau de vie des femmes

La résolution du 10 mars 2015 exprime la nécessité de lutter contre les inégalités de salaire, et donc de retraite, en défaveur des femmes. Le texte souligne notamment que près de 80 % des travailleurs pauvres sont de sexe féminin. Le document, refusé par le FN, souligne « l’urgence de lutter contre la pauvreté féminine, en particulier celle des femmes âgées et des mères célibataires, mais aussi des femmes victimes de violences sexistes, des femmes handicapées, des femmes immigrées et des femmes issues de minorités.”

Sur les 24 députés FN au Parlement européen, 21 ont voté contre cette résolution dont Marine Le Pen, Steeve Briois (président du FN), Louis Alliot (vice-président du FN) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN).

Référence de la résolution et lien URL: 2014/2217(INI)

2) Le parti de Marine Le Pen contre l’émancipation des femmes en Europe de l’est

La résolution du 13 décembre 2016 exprime la nécessité de renforcer les droits des femmes dans les pays du partenariat économique et politique oriental : l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine. Le texte se positionne en faveur d’une meilleure intégration des femmes dans les processus de décision en entreprise, et dans les institutions ; ainsi que sur le marché du travail. Un paragraphe insiste notamment sur la nécessité de lutter contre les violences faites aux femmes, telles que “le harcèlement sexuel, le viol de masse, l’esclavage sexuel et la prostitution.”

Sur les 24 députés FN au Parlement européen, 18 ont voté contre cette résolution dont Steeve Briois (président du FN), Louis Alliot (vice-président du FN), Florian Philippot (vice-président du FN) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN). Marine Le Pen n’était pas présente le jour du vote et n’a donc pas voté.

Référence de la résolution et lien URL : 2016/2060(INI)

3) Le parti de Marine Le Pen contre l’égalité des sexes dans l’éducation

Le texte du 14 février 2017 exprime le besoin d’égalité dans la formation professionnelle et l’éducation, entre hommes et femmes, dans tous les secteurs de l’économie. En particulier pour l’agriculture, le texte appelle les Etats-membre à faciliter l’accès des femmes à l’indépendance, à la propriété, et à les inclure dans les processus de décisions locales. Un paragraphe pousse aussi les Etats à “établir des règles internes et internationales posant des limites à l’accaparement massif de terres, qui va à l’encontre des intérêts des petits propriétaires, et notamment des femmes”.

Sur les 24 députés FN au Parlement européen, 17 ont voté contre cette résolution dont Marine Le Pen, Steeve Briois (président du FN), Louis Alliot (vice-président du FN) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN). Jean-Marie Le Pen s’y est également opposé.

Référence de la résolution et lien URL : 2017/2001(INI)

4) Le parti de Marine Le Pen contre les droits des femmes en milieu rural

La résolution du 4 avril 2017 exprime le manque de reconnaissance de l’importance des femmes en milieu rural et souligne l’attachement du Parlement européen à y remédier. Le texte remarque que jusqu’en 2014, “sur 6,1 millions de participants aux mesures de formation [proposées par l’UE, en milieu rural], seuls 28 % étaient des femmes.” Le document incite les Etats membres à s’intéresser à leur situation particulière, à leur garantir des droits, des formations, et à s’engager contre toute forme de violence à leur égard.

Sur les 24 députés FN au Parlement européen, 17 ont voté contre cette résolution dont Steeve Briois (président du FN), Louis Alliot (vice-président du FN) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN). Jean-Marie Le Pen s’y est également opposé. Marine Le Pen n’était pas présente le jour du vote et n’a donc pas voté.

Référence de la résolution et lien URL : 2016/2204(INI)

5) Le parti de Marine Le Pen contre l’égalisation des rôles au foyer

La résolution du 19 janvier 2016 exprime l’impératif de rééquilibrer les rôles au foyer entre hommes et femmes. Le texte insiste sur le besoin pour les hommes de participer aux tâches domestiques ou à l’éducation des enfants, et reconnaît qu’un quart des Etats membres ne proposent pas de congé paternité. Le document rappelle qu’un partage plus équitable des rôles au sein des ménages lèverait un obstacle à l’accès au marché du travail, ou à l’entreprenariat féminin, encore considéré avec “scepticisme” par les acteurs économiques dans leur ensemble.

Sur les 24 députés FN au Parlement européen, 20 ont voté contre cette résolution dont Marine Le Pen, Steeve Briois (président du FN), Louis Alliot (vice-président du FN), Florian Philippot (vice-président du FN) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN). Jean-Marie Le Pen s’y est également opposé.

Référence de la résolution et lien URL: (2015/2111(INI))

6) Le parti de Marine Le Pen contre l’émancipation des femmes par le numérique

La résolution du 28 avril 2016 exprime le besoin d’égalité hommes-femmes dans les métiers des nouvelles technologies de la communication et de l’information, grâce à un meilleur accès aux formations digitales, encore largement masculines. Le texte insiste aussi sur la possibilité d’utiliser les outils digitaux pour promouvoir les droits des femmes. Enfin, le document appelle les Etats-membres à prévenir les déviances à l’encontre des femmes lorsque les nouvelles technologies sont utilisées pour “commettre des délits, proférer des menaces ou perpétrer des actes de harcèlement ou de violence.”

Sur les 24 députés FN au Parlement européen, 18 ont voté contre cette résolution dont Marine Le Pen, Steeve Briois (président du FN), Louis Alliot (vice-président du FN) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN).

Référence de la résolution et lien URL : 2015/2007(INI)

7) Le parti de Marine Le Pen contre l’amélioration de la condition des femmes auxiliaires de vie et employées de maison

La résolution du 28 avril 2016 exprime la volonté d’améliorer la vie des femmes auxiliaires de vie et domestiques. Le texte rappelle que 80 % des auxiliaires de vie sont des femmes, sans pouvoir de négociation, sans syndicat, et qu’un tiers des femmes employées de maison n’ont pas droit au congé maternité. Le Parlement européen demande donc aux Etats membres de prendre des mesures en faveur d’une meilleure rémunération, et surtout d’une reconnaissance de ces métiers autrefois réservés naturellement à la mère au foyer. Le document rappelle que ces femmes employées de maison permettent à d’autres femmes de se libérer de leurs tâches domestiques.

Sur les 24 députés FN au Parlement européen, 20 ont voté contre cette résolution dont Marine Le Pen, Steeve Briois (président du FN), Louis Alliot (vice-président du FN), Florian Philippot (vice-président du FN) et Nicolas Bay (secrétaire général du FN).

Référence de la résolution et lien URL : 2015/2094(INI)

En conclusion, on observe une forte homogénéité des opinions des députés FN sur les questions relatives aux droits des femmes. Ils sont en moyenne 19 sur 24 à voter « Non » sur les textes analysés. Leur fidélité aux positions du parti de Marine Le Pen traduit donc un consensus sur ces questions qui dépasse le simple avis personnel des uns et des autres.