Analyse de l’évolution d’une vingtaine de logos de collectivités locales ayant évolué ces derniers mois

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Oct 3 · 4 min read

Par Vanina Baulieu, directrice artistique de l’agence Epiceum paru dans Les Cahiers de Cap’Com en juin 2019

Au regard de ces logos, quelles tendances graphiques identifiez-vous en matière d’identité visuelle des territoires et qu’en pensez-vous ?

D’une manière générale, les nouveaux logos des territoires présentés ici essaient de coller aux codes actuels de la création graphique :

- des typographies « bâton », plus ou moins épaisses ;

- des couleurs plus travaillées, moins primaires ;

- plus de simplicité.

La refonte de ces logos, généralement motivée par les recompositions territoriales en cours, est aussi l’occasion de renommer les territoires et les institutions. Les noms deviennent ainsi plus courts et donc plus facile à intégrer dans la composition globale et à utiliser en petit format : c’est une tendance très positive !

On observe que de nombreux logos de collectivité, avant refonte, montraient des particularités paysagères et architecturales du territoire. C’est le cas par exemple de l’Eure-et-Loire qui exprimait sa vocation céréalière par la présence d’un épis de blé. Autre exemple significatif : le Département de la Marne qui nous montrait un cours d’eau (la Marne) et des bulles (le Champagne). Idem pour les Villes de Plougenast et de Langast qui intégraient à leurs logos des éléments du paysage naturel ou architectural. Enfin, Cœur de Garonne se représentait dans son logo avec une carte du territoire stylisée. Et cette liste n’est pas exhaustive.

Les nouveaux logos donnent moins d’importance à ces représentations géographiques ou patrimoniales (sans les supprimer totalement), comme s’ils cherchaient à représenter davantage les institutions que les territoires administrés. Conséquence : ils tendent à s’uniformiser, en recherchant leur singularité dans la qualité du graphisme et dans la particularité du concept sous-tendu.

Les évolutions les plus notables — et réussies — sont pour moi celles des Villes de Gravelines et de Gevrey-Chambertin, qui s’émancipent de leurs écussons, sans pour autant les effacer. La ville de Gravelines l’a transformé en le modernisant quand celle de Gevrey-Chambertin a mis au point une petite trame de points qui ne fait qu’évoquer de façon subliminale son ancienne identité héraldique.

Parmi les tendances actuelles, on observe l’utilisation des initiales de la collectivité (cf. les exemples de Quimperlé, Cœur de Garonne ou Eure-et-Loire) pour créer un signe identitaire en jouant avec la forme de la lettre.

Pouvez-vous nous dire si, pour vous, certains de ces logos se démarquent plus que d’autres et pourquoi ?

Le logo de la ville de Gravelines est à mon sens une vraie réussite. Il est moderne, dans les codes actuels, sans pour autant oublier son origine. Il est extrêmement lisible, sans prétention, mais avec de la personnalité. Le signe est clair, monochrome, facilement reconnaissable et mémorisable.

Le nouveau logo de la Ville de Paris est tout aussi réussi. Il abandonne sa morphologie en barre horizontale — qui le rendait quasi-illisible dans de nombreuses situations — pour retrouver une affirmation conforme au statut de la capitale, avec une composition plutôt carrée. Offrant plus de souplesse d’utilisation que le précèdent, il a aussi été pensé dans une version simplifiée pour les supports digitaux. La nouvelle version propose une filiation avec le logo d’origine et avec l’histoire de la capitale en reprenant comme signe principal le bateau qui se trouvait déjà sur les armoiries de la ville en 1190 !

Autre exemple remarquable : celui du Département de l’Eure-et-Loire qui a opéré sa refonte en créant un signe judicieux composé des deux lettres E et L dans un rond jaune. Ce signe à lui seul devient identitaire et peut vivre en autonomie dans de nombreuses situations.

Quels conseils donneriez-vous aux collectivités pour améliorer la création de leur identité visuelle ?

La tendance à la simplification que nous avons observée est une bonne voie. Elle permet à ces nouveaux logos d’adopter les codes actuels du graphisme tout en les dotant d’un potentiel de longévité bien supérieur à l’ancienne génération.

Attention cependant à ne pas oublier les origines des différents territoires : à trop se désincarner, les collectivités locales risqueraient de perdre le lien aux territoires qu’elles représentent et donc de l’éloigner, symboliquement au moins, de leurs habitants et usagers. La proximité est pourtant l’un de leurs principaux atouts, si l’on en croit les enseignements du Baromètre Epiceum — Harris Interactive de la communication locale !

Je pense donc qu’il faut exprimer, dans la mesure du possible, les vraies singularités d’un territoire. En effet, si tous peuvent revendiquer leur dynamisme, leur part de nature, leur esprit d’ouverture, etc., il faut chercher dans leur ADN et dans leur histoire ce qui les différencient vraiment des autres.

D’un point de vue plus technique, il ne faut pas oublier, lors de la conception d’un logo, que celui-ci sera amené à vivre la plupart du temps en petit, voire en très petit, sur des supports print et digitaux. Cela renvoie à la compétence professionnelle des graphistes : il ne suffit pas de faire un joli dessin !

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