Municipales 2020 :
Twitter est un révélateur de stratégies communicantes plus qu’un outil prédictif du scrutin

La Vox Populi — un outil de restitution et d’analyse de la parole des citoyens fruit de l’expérience conjointe de l’agence Epiceum et du cabinet Inférences — s’est associée à Kantar pour publier le Twittorama de ces élections municipales 2020, sous forme de deux rapports nationaux et onze rapports locaux analysant les prises de parole sur Twitter au cours du premier trimestre.

Par Christian de La Guéronnière, directeur d’Epiceum et Jean Laloux, directeur associé d’Inférences.

Entre le 1er janvier et le 5 mars 2020, ce sont ainsi près de 1 154 000 tweets et 40 millions de mots qui ont été collectés sur Twitter pour être analysés.

Cette authentique « agora numérique » n’est toutefois pas représentative de l’ensemble de la population. Parmi les 11 villes observées, Paris domine largement les échanges : la capitale représente à elle seule 55% des twittos et 57% des tweets, confirmant que l’usage du réseau social reste inégal sur le plan territorial. La sphère politico-médiatique est également surreprésentée : parmi les twittos les plus influents, on retrouve systématiquement des têtes de liste, des groupes de militants ou des noms de médias.

Miroir déformant des préoccupations des citoyens

La comparaison entre les thèmes les plus cités sur Twitter et les résultats d’un sondage d’opinion -qui avait pour but de hiérarchiser, dans le cadre des élections municipales, les sujets prioritaires des Français[1] — permet d’affirmer que les échanges sur Twitter ne reflètent pas l’état de l’opinion publique française. Alors que la santé et l’éducation arrivent en tête des sujets prioritaires pour les Français, ils sont très peu mentionnés par les twittos. Inversement, les thèmes « immigration et religions » ou « démocratie représentative » sont surreprésentés sur Twitter alors que les résultats du sondage les classent dans les thèmes les moins prioritaires pour les Français.

L’épidémie de covid-19, qui en vint finalement à perturber le déroulement de cette sélection, a imposé en quelque sorte le thème de santé aux décideurs, alors même que ce dernier était une attente démocratique forte, déjà perceptible lors du Grand Débat national de 2019.

Ce décalage entre la réalité de l’opinion publique et Twitter s’explique, d’une part, par la composition très homogène de sa twittosphère qui opère un effet de loupe sur les thèmes et débats privilégiés par l’écosystème politico-médiatique parisien. Ce qui laisse supposer que les lignes éditoriales choisies par les QG de campagne pour leurs comptes Twitter sont définies sans avoir procédé à une écoute réelle des attentes citoyennes. Elle s’explique d’autre part par le format même de l’outil qui opère une forte contrainte sur ce qui est exprimé, privilégiant les sujets les plus antagonistes et clivants, susceptibles de susciter un maximum d’interactions et de mise en visibilité.

Outil non prédictif, en décalage avec la réalité des résultats du scrutin

Conséquence de cet effet « déformant » : le volume de citations d’un candidat sur Twitter n’est pas corrélé aux intentions de vote connues, ni in fine — aux résultats du premier tour. Dans de nombreuses villes, on note des différences majeures entre les scores de citation sur Twitter et les scores électoraux du premier tour.

Ainsi, les contenus Twitter ne reflètent le trio de tête que dans deux villes : Toulouse et Paris, sans que les scores et l’ordre d’arrivée ne soient fidèles au scrutin. Cette comparaison montre que les résultats des élections municipales ne peuvent être prédits par le nombre de citations sur Twitter lors de la campagne électorale. Cela ne signifie pas que Twitter est sans influence, mais que bien d’autres facteurs — difficiles à lire sur Twitter — influencent les attentions des électeurs et leurs votes.

À l’occasion du second tour des élections municipales, finalement prévu pour la fin juin, les candidats et leurs équipes de campagne vont-ils recentrer leurs propositions sur les préoccupations exprimées par leurs concitoyens, et accentuées par la crise sanitaire ? Le proche avenir nous le dira.

Christian de La Guéronnière, directeur d’Epiceum

Jean Laloux, directeur associé d’Inférences

[1] Sondage réalisé par Kantar entre le 14 et le 17 février 2020, auprès de 524 individus habitant des agglomérations de plus de 100 000 habitants.

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