Repenser l’identité de la première chaîne info de France.

Depuis 2007, je suis un téléspectateur quotidien de BFMTV. 
Souvent critiquée pour son traitement à vif de l’actualité, c’est ce que je viens chercher chez elle comme les millions d’autres gens qui la regardent. Ce que j’aime sur BFM, c’est une décontraction et bonne ambiance entre les présentateurs qui transparaissent à l’antenne, malgré l’actualité.

Seulement, je suis graphiste, et comme tout bon graphiste, je suis atteint d’une déformation professionnelle. Je ne peux m’empêcher de me questionner sur les éléments visuels du monde qui m’entoure. BFMTV n’y a pas échappé, surtout depuis son dernier lifting.

Un nouveau logo en 3D, l’abandon du bandeau, puis le retour en grâce du bandeau… Tout cela m’a donné à réfléchir. Peut-être est-il temps pour BFMTV de faire évoluer d’avantage son identité visuelle et les graphismes qui habillent l’antenne ? Je me suis donc lancé un défi. Un week-end et quelques soirées pour repenser l’identité de la chaîne. Du logotype aux génériques en passant par le bandeau info… J’ai tenté de donner à BFMTV une image plus claire mais toujours aussi percutante.

Logo : Coupe au carré.

Les goûts et les couleurs

Le nouveau logo éclipse enfin l’historique baseline « NEWS 24/7 ». Cependant, un élément important de reconnaissance disparaît : la dominante orange et bleue !

À gauche, le logo initial. À droite le nouveau logo

Présentes depuis le début, ces deux couleurs permettaient d’identifier au premier coup d’œil BFMTV parmi la concurrence sans devoir lire son nom ! Bien que dans sa nouvelle mouture l’orange soit toujours là, les proportions sont grandement inversées, cassant la mémorisation colorimétrique.

Ce n’est pas que de la télé

« Oui, je suis au courant, je regarde BFMTV », clame la nouvelle campagne de la chaîne. Mais sans doute que dans la vraie vie, nous aurions dit… « Oui, je suis au courant, je regarde BFM ». Que les choses soient claires, BFMTV c’est d’abord une antenne. Toutefois, sa présence multi-plateforme n’est pas négligeable. La chaîne sera amenée à être pensée de plus en plus comme un média global plutôt qu’une télé. Alors, pourquoi ne pas l’appeler tout simplement « BFM » ?

Proposition

L’idée du carré est conservée, mais ce dernier est dépourvu de perspective. Pour une utilisation aisée et une lisibilité maximale, une marge plus généreuse est apportée. Le logo respire.

À gauche, détails et remarques sur le nouveau logo. À gauche, une proposition.

Le fond reste bleu et les capitales « BFM » sont inscrites en jaune afin de retrouver mémorisation colorimétrique optimale.

Gabarit de conception

Pour définir les bonnes proportions de marges, le carré est divisé en dix. La première et la dernière colonne servent à définir les marges qui entourent le nom « BFM ». Ni trop grand, ni trop petit, le nom redevient lisible.

Autre détail important pour la lisibilité : le « F » et le « M » sont décollés sur la partie supérieure des lettres, ce qui n’était pas le cas sur le logo initial.

Concept visuel : Simplicité et impact

Jouons avec les formes

Le logotype n’est qu’une pièce parmi tant d’autres qui composent une identité. L’élément le plus important : c’est le « concept visuel ». 
Pierre angulaire de l’identité, tous les éléments graphiques reposent sur lui.

Avec ses génériques en 3D aux couleurs vives, on peut dire qu’aujourd’hui BFMTV dispose plus d’un ton graphique que d’un concept visuel à proprement parler. L’idée est donc de créer ce chaînon manquant qui apporte reconnaissance et incarnation à l’antenne.

Le concept choisi est efficace et polyvalent. Cette animation composée de carrés partant du centre de l’écran vient ensuite le remplir intégralement, donnant un effet de progression et d’immersion. L’animation permet de capter l’attention du téléspectateur et l’invite à regarder au cœur de l’image, là où est l’information.

L’information au cœur de l’image

Ce concept visuel est utilisé comme matrice pour les génériques, les jingles, mais aussi les transitions et l’animation du logotype. Ci-dessus, un exemple de son utilisation dans l’introduction de la tranche Midi-14h.

Le but initial d’un générique est d’indiquer au téléspectateur l’émission qu’il va regarder. C’est même une obligation légale. Mais pourquoi ne pas exploiter plus utilement ce temps d’antenne ? Dans cet exemple, le générique accueille trois visuels qui correspondent aux actualités qui seront évoquées dans le programme. Je sais donc, en un clin d’œil, quelle émission je regarde et de quoi elle va parler.


Synthés et bandeau : Structurer.

Une télévision à lire

Particularité de BFMTV, c’est une télévision qui peut aussi se lire. 
De nombreuses informations viennent occuper une bonne partie de l’écran, que cela soit un synthé en lien avec le reportage diffusé ou bien le bandeau permanent. Cette abondance d’information visuelle et textuelle peut devenir déroutante si elle n’est pas structurée.

Gabarit graphismes antenne

Ci-dessus, une grille de « mise en page ». Elle permet de disposer les éléments de façon ordonnée dans des colonnes. Textes et images sont placés là où ils doivent et sont parfaitement alignés avec les autres éléments. 
La zone de titre est divisée en 91 lignes de 10 pixels qui permettent de définir les tailles de textes et la hauteur des objets, créant ainsi un rythme vertical cohérent.

Exemple d’utilisation de l’espace à l’écran

La comparaison ci-dessus permet de voir la différence d’utilisation de l’espace. Actuellement, les synthés sont collés aux bords de l’écran, ce qui rend les textes moins accessibles au premier coup d’œil sur les grandes télévisions. Dans la version proposée, les synthés respectent une zone de titre généreuse. Ils sont rapprochés du centre de l’image, rendant cette dernière plus aérée et lisible.


En résumé

Avec la multiplication des supports de diffusion — ce qui ne date pas d’aujourd’hui–, toutes les télévisions et tous les médias doivent désormais prendre à bras le corps les questions d’identité visuelle, de cohérence et de systèmes graphiques.

En appliquant les principes du graphisme de l’ère pré-numérique, basés sur des structures et des règles strictes et simples, on peut créer une identité qui par sa cohérence et sa clarté sera bénéfique pour la marque comme pour ses utilisateurs.


Article original
http://www.eric-azara.fr/projets/bfmtv/index.html

Crédits
Sources images : BFMTV, Ultralinx, LeWeb, Patrick Berger
Thème musical : « LBC 97.3 » par IQ Beats
Références et inspirations : Channel 4, RTL Nieuws, Sky News

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