Guérir la dépression, vol 2 : la trousse de premiers secours

Elliot Vaucher
Nov 1 · 12 min read

Je propose dans cet article des remèdes de premiers secours à utiliser sur les “plaies immédiates” de la dépression.

Avertissement : chacun son parcours, chacun ses choix, chacun ses décisions. J’ai choisi d’écrire sur un sujet complexe, et je donne ici mon point de vue sur un problème vaste et dans lequel il existe une infinité de parcours possibles. J’écris pour ceux que cela pourrait aider. Si cela ne résonne pas avec vos croyances, avec vos décisions, avec vos choix thérapeutiques, passez votre chemin. Si un seul de mes lecteurs trouve ici des solutions qui l’aident, je considérerais ma tentative réussie. Voilà tout.

Qu’est-ce que j’entends par « plaies immédiates » de la dépression ? Le symptôme le plus « aigu » et le plus difficile à vivre d’une dépression latente est la crise d’angoisse. Sur ce point là, déjà, je sais être en désaccord avec beaucoup d’interprétations de la dépression, et respectivement des crises d’angoisses. On ne fait pas toujours le lien entre ces deux choses. Je le fais. Je pense que l’angoisse aiguë est un symptôme de surface d’une dépression plus profonde. Je répète que j’entends par dépression « déséquilibre psychique » dans lequel les énergies psychiques ne circulent plus harmonieusement, circulent selon des circuits ayant été « construits » par l’individu pour répondre à une situation rencontrée très souvent dans l’enfance ou l’adolescence. Ces circuits « faits-maison » ont permis à l’individu de survivre, mais ne résistent que rarement à l’épreuve du temps et aux aléas de l’existence humaine. Un jour ou l’autre ils « craquent » et l’on se rend compte à ce moment-là de leur caractère artisanal.

Note : j’ajoute, au passage, que ces circuits « faits-maison » que l’on rencontre chez les personnes ayant lutté de façon solitaire et autonome face à une situation psychique difficile et parfois même extrêmement violente, ont souvent comme résultat le développement d’une personnalité magnifique et très originale chez les individus dépressifs, puisque conséquence d’un système psychique dont les branchements sont légèrement différents des individus « normaux ». Malheureusement, trop souvent, cette originalité inhérente au parcours de l’individu dépressif lui jouera des tours puisqu’elle cachera d’autant mieux son trouble aux yeux des autres et surtout qu’elle renforcera son impression déjà lourde à porter de « différence », impression qui catalyse souvent son mal puisque le plus grand souhait de l’individu psychique est de redevenir « comme les autres » (les troubles psychiques ayant cette coloration qui leur est propre de toucher à notre subjectivité la plus profonde, nous donnant l’impression que nous sommes seuls et en train de devenir fous, alors même qu’on constate quotidiennement le nombre de personnes ressentant les mêmes symptômes dans une société. Mais cela ne nous aide en rien, parce qu’à chaque fois qu’il y a angoisse, il y a vibration d’une corde au plus profond de notre subjectivité, et que tous les discours et les raisonnements ne changent rien à la nature de cette corde qui est d’être l’endroit les plus intime que l’on possède, et donc nous faire croire que nous sommes seuls).

Il y a donc, disions-nous, déséquilibre psychique, chez le dépressif, c’est à dire mauvaise circulation des flux d’énergie psychique. On peut faire une vie entière avec ce déséquilibre, et j’espère qu’à ce stade mon lecteur se rend compte de la largeur de la définition que je donne de la dépression. On peut faire une vie entière avec son système psychique fait-maison, ou alors on peut, un jour ou l’autre, être en proie à l’angoisse. L’angoisse est le révélateur d’une mauvaise circulation de l’énergie psychique. Selon moi, elle devrait être l’indice poussant l’individu à entamer un travail plus profond sur son propre psychisme. Dans les cas de burn-out accompagnés d’angoisse, on a malheureusement tendance à mettre l’angoisse sur le compte du trop plein de travail, du stress, du surmenage. Je pense que c’est un leurre. C’est d’ailleurs une chose tout à fait intéressante de voir que l’on incrimine l’excès de travail comme responsable de ce mal de société, et qu’on l’invoque ensuite, clamant haut et fort le nombre herculéen d’heures que l’on a passé au travail, les multiples tâches que l’on effectuait en même temps, et qui venaient s’ajouter à d’autres soucis d’ordre personnel, ce même travail pour se « légitimer » d’avoir fait un burn-out. En d’autres termes, on prétend que l’excès de stress, et que la valeur que l’on donne au travail dans nos sociétés est dangereuse, et pourtant on utilise exactement cette valorisation néfaste du travail pour se justifier d’avoir fait un burn-out. À la limite, il devient une fierté. « Vous savez, à l’époque je travaillais vraiment beaucoup trop, oui, oui, dix à douze heures par jour en moyenne ». Bravo… Vous avez socialement acquis le droit d’avoir craqué parce que vraiment travailler autant c’est la preuve que vous êtes une personne bien ! Et le serpent se mord la queue. Le burn-out est la conséquence d’un déséquilibre dans la circulation des énergies psychiques, pas d’un excès de travail. Le burn-out ne « cause » pas les crises d’angoisses qui lui succèdent. L’angoisse était là bien avant, conséquence d’un système psychique déséquilibré. Le burn-out, ou le prochain terme à la mode qu’on lui donnera, est juste le moment où ce système psychique éclate, sous pression de contraintes trop grandes que son côté artisanal n’arrive plus à contenir.

La cause profonde de l’angoisse étant posée, il nous reste, puisque c’est l’objet de cette série d’articles, à exposer des solutions immédiates à celles-ci. Dans cette première partie, je me suis donné comme mission de proposer des outils de premiers secours. Nous ne sommes pas encore ici en train de travailler le problème en profondeur. Nous parcourons ensemble quelques outils utiles pour panser les plaies immédiates. Je prie ceux de mes lecteurs qui connaissent déjà ces outils de m’excuser pour leur caractère trivial. Des techniques plus innovantes et inédites arriveront par la suite, mais je commence par le commencement.

Réalisez à quel point vous êtes forts mentalement, pour traverser si souvent que vous le faites ces ouragans psychiques

La première chose à faire au moment où la crise d’angoisse apparaît est de se rassurer sur le caractère inoffensif de l’angoisse. Facile à dire. Immensément compliqué à faire. Mais vous le savez mieux que personne : finalement, il ne vous est jamais rien arrivé. L’orage passé, vous êtes revenus dans l’instant tel que vous l’avez toujours été, vous avez repris une gorgée de thé, et recommencé la discussion que vous étiez en train d’avoir avant l’irruption de la tempête. Il n’y a rien de plus effrayant au monde que l’impression de perdre pied, mentalement. C’est, littéralement, incommensurable avec n’importe laquelle des pires expériences possibles pour l’individu humain. Le simple fait que des individus en proie aux crises d’angoisses réussissent à continuer à vivre, à oser traverser ces maelström mentaux, la plupart du temps en plus en gardant le sourire vis à vis de leurs proches, leurs activités, leur esprit d’entraide et leur discrétion sur leurs souffrances intimes, devrait suffire à ce qu’on leur érige des monuments publics. Mais je me répète, vous le savez mieux que personne, passé ce concerto des trompettes de l’apocalypse qui survient à des moments toujours plus inattendus, vous ressortez sains et saufs, vous êtes à l’abris. Je pense qu’une bonne façon de prendre ce premier outil de la trousse de premier secours qu’est la compréhension du caractère inoffensif de l’angoisse, est de vous percevoir comme des guerriers. Car vous l’êtes. Réalisez à quel point vous êtes forts mentalement, pour traverser si souvent que vous le faites ces ouragans psychiques. Prenez conscience de votre courage. Faites-en une fierté, parce qu’il y a de quoi. Vous êtes des héros psychiques. Souvenez-vous en. Je pense que le fait de percevoir ce que vous accomplissez lorsque vous traversez une crise d’angoisse comme un combat sans merci duquel vous sortez vainqueur à chaque fois parce que vous possédez un courage psychique infini, lié à votre histoire, dans laquelle vous avez dû trouver le courage de vous reconstruire seul, ce qui, malheureusement, est aussi ce qui vous mène ici aujourd’hui. Mais ne vous inquiétez pas, ce courage vous l’avez. Ceci explique cela : si vous vous retrouvez dans la situation d’avoir des crises d’angoisse aujourd’hui c’est que vous avez eu le courage psychique nécessaire à reconstruire un système « fait-maison » au moment où vous souffriez le plus et donc cela prouve que vous avez la force nécessaire pour vous en sortir. D’autres auraient sombré dans la violence, la délinquance, et ainsi de suite, transformant leur mal-être et leurs souffrances en d’autres types de problèmes qui ne sont pas notre sujet ici. Vous avez de la force psychique. Elle est la cause, et le remède, à votre mal. Nourrissez-la, cette force, prenez en conscience, faites en une fierté, parce que c’est elle qui vous sauvera du pétrin dans lequel vous vous retrouvez aujourd’hui. Les circonstances extérieures de votre vie, auxquelles vous ne pouvez rien, ont généré la situation de souffrance dans laquelle vous vous êtes trouvé à un moment ou un autre de votre parcours et qui a causé le déséquilibre premier. Puisque c’était votre arme la plus forte, vous avez utilisé votre force psychique pour vous en sortir. Si aujourd’hui elle déraille, si elle semble être la source de toutes vos souffrances, c’est en réalité précisément l’inverse qui se produit. Elle a lutté vaillamment pendant de nombreuses années, elle vous a sauvé la face, et elle continuera de le faire, mais elle a juste besoin que vous entamiez la recherche nécessaire à la compréhension de ce qui a causé le mal-être dans un premier temps. Votre force psychique est votre alliée, et ne vous inquiétez pas pour elle, elle en a vu d’autres, si vous continuez de lui faire confiance, et qu’à côté de ça vous entamez les démarches nécessaires à votre guérison, elle mènera encore bien d’autres combats, et elle les gagnera tous.

Le mieux, et vous en serez de plus en plus capables à mesure que vous avancerez, est de laisser l’angoisse nous traverser complètement, sans opposer la moindre résistance

Cette confiance retrouvée dans votre propre force psychique vous aidera à appliquer le deuxième outil de la trousse de secours. Attachez vos ceintures, cet outil est aussi efficace qu’il est effrayant à première vue. Et surtout, ce qu’il y a de pratique c’est que c’est l’outil le plus simple du monde à décrire. Pour utiliser cet outil, il suffit de faire exactement la même chose que lorsque vous vous trouvez en haut d’un grand-huit dans un parc d’attractions. Vous respirez, et vous lâchez prise. Bam ! C’est parti ! Vous voilà engagé dans un nouveau tour de grand-huit et il n’y a strictement rien à faire. Il est absolument impossible d’arrêter la machine, alors on y va, ça va passer, on va se retrouver à la fin de ces montagnes russes à un moment ou un autre. Bon. Voilà pour l’image. Comment ça s’utilise en vrai ? Au moment où se déclenche une crise d’angoisse, la tentation de trouver tous les moyens de « couper court » à ce qui se produit est forte, mais elle est contreproductive. Le mieux, et vous en serez de plus en plus capables à mesure que vous avancerez, est de la laisser complètement nous traverser, sans opposer la moindre résistance. La respiration doit se faire calme, régulière, profonde. Comptez cinq secondes à l’inspiration, cinq secondes à l’expiration. Et essayez de pratiquer une forme d’auto-hypnose consistant à « visualiser » l’angoisse comme une énergie qui essaie de vous traverser, mais qui bloque à divers endroits de votre corps (très souvent elle bloque au niveau du plexus solaire, ou dans la région de l’estomac). Peu importe où se situe cet excédent d’énergie (parfois aussi vers ce que les hindous appellent troisième oeil), visualisez-le comme une « masse énergétique », et laissez-le vous parcourir. Laissez vivre ce « serpent énergétique ». Il va descendre. Il va monter. Il va provoquer des impressions bizarres à un endroit ou un autre de votre corps. Visualisez cette énergie. Et laissez-la passer. Une fois de plus, c’est plus simple à dire qu’à faire, mais c’est un outil super puissant. Plus l’on s’entraîne, plus l’on maîtrise ce lâcher-prise énergétique. À la fin vous serez capable de laisser « glisser » le plus simplement du monde ces énergies psychiques douloureuses à travers vous. Ca vous sera, bien sûr, encore tout à fait désagréable que ce sympathique serpent énergétique se pointe à un moment très peu propice, comme vous en connaissez probablement plein, mais au moins quand il sera là, vous serez capable de le laisser faire son petit bonhomme de chemin à travers votre corps, et lui dire au-revoir quand il aura fini son tour.

Je prends la crise d’angoisse comme une conséquences directe d’un bouillonnement inconscient qui ne trouve pas d’autre « sortie » que la symptomatologie très étrange de celle-ci

Le dernier outil que je vous propose a un lien avec ce qui précède, puisqu’il s’adresse précisément au problème de où et quand surviennent nos crises d’angoisse. L’esprit humain a une tendance au rationnel. Nous cherchons la logique partout où nous pouvons la trouver. Nous cherchons à analyser, à classer, à déchiffrer la grande énigme de nos existences. Or, quand nous appliquons ce principe à l’angoisse, nous risquons de tomber dans un travers très gênant, consistant à chercher des explications logiques et rationnelles, des « causes » précises à ce qui pourrait provoquer nos crises d’angoisse ponctuelles. Je pense que c’est une erreur. Pour expliquer ce que j’entends par là, et mettre en place l’outil qui vous permettra de contourner ce problème, j’ai besoin d’un détour théorique. J’emprunte à Freud, qui lui-même l’a emprunté à toute la tradition philosophique qui l’a précédé, l’idée que le fonctionnement de notre inconscient est de nature irrationnelle. Cela signifie qu’il ne répond pas à des critères logiques. Pour prendre une image, il existe une portion de notre vie psychologique qui est intrinsèquement sauvage, chaotique, illogique et qui ne répond en rien à l’organisation propre à notre vie psychique consciente. Ce « fond sauvage » de notre vie psychique est présent à chaque instant de nos existences. Il bouge, grouille, remue, s’excite puis se calme, s’enflamme et se ressaisit. Chez un individu dont l’équilibre psychique n’est pas affecté ce fond sauvage que l’on nomme inconscient n’a pas « d’effets pathologiques » sur l’existence quotidienne. Tout au plus, lorsqu’il bouillonne trop, va-t-il provoquer un accès de colère, qui se manifeste par une explosion de voix, un coup porté dans un mur, une assiette qui vole. Mais il n’y a là-dedans rien d’autre que des comportements humains tout à fait normaux. Il en va différemment de la personne décrite depuis le début de cet article chez qui les circuits de diffusion de l’énergie psychique sont défectueux. Chez cet individu, un bouillonnement tout à fait naturel et « normal » de l’inconscient produira parfois une crise d’angoisse. Que se passe-t-il ici, et en quoi cela nous intéresse en rapport à une trousse de premiers secours de la crise d’angoisse ? Nous entrons ici dans un niveau d’analyse des troubles dépressifs un peu plus subtil que ce que nous avons abordé jusqu’à ce stade. Mon hypothèse est que la crise d’angoisse est un symptôme causé par une « irruption » spontanée des flammes d’une immense colère (j’utilise ce terme faute de mieux, mais on pourra l’affiner par la suite) présente dans l’inconscient. Je prends la crise d’angoisse comme une conséquences directe d’un bouillonnement inconscient qui ne trouve pas d’autre « sortie » que la symptomatologie très étrange de celle-ci. Sans aller plus avant dans la théorie et la subtilité de la mécanique psychique complexe qui est la nôtre, je conclus de ces observations préliminaires un outil très utile à la gestion des crises d’angoisse au quotidien. L’outil est le suivant : ne cherchez surtout pas à trouver une cause logique à l’apparition d’une crise. Ne cherchez pas à savoir « ce que vous avez fait », ou « dans quel contexte vous étiez » au moment de l’apparition d’une crise. Cela ne ferait qu’empirer les choses. Vous vous retrouveriez assez vite dans une situation handicapante d’évitement de ces soi-disant actes, contextes, dispositions, qui selon-vous génèrent une crise d’angoisse. Ce qu’il faut comprendre ici c’est que puisque vous êtes en proie à un dysfonctionnement de votre énergie psychique globale, vous êtes en proie aussi aux caprices de ce « fond sauvage » qu’est l’inconscient. Or, précisément, votre inconscient ne répond pas aux catégories de la logique. C’est peine perdue d’essayer de comprendre à l’aide de la logique ce qui vous a amené à une crise d’angoisse. Votre inconscient, lui, n’a que faire de ce genre de catégories et de classements, s’il lui prend l’envie, irrationnelle, illogique, sauvage, d’exploser, il n’y a aucune raison rationnelle qui puisse l’empêcher de le faire. Quand vous aurez avancé dans le travail d’analyse, et que vous aurez compris les dynamiques complexes qui animent votre vie psychique, vous serez capables d’apporter le minimum d’explications logiques aux réactions de votre inconscient qui vous permettront de « calmer » cet être de feu et de flammes. Mais vous n’en êtes pas là, et la première chose à faire si vous êtes encore en proie à des crises d’angoisse aiguës, est d’accepter que ça n’est pas en cherchant à trouver une « logique » dans leur apparition que vous allez régler les choses, vous aurez besoin pour cela d’avoir fait beaucoup de recherches sur vous-mêmes, votre passé, ce qui a causé le choc initial ayant conduit à une reconstruction maison de vos défenses psychiques. Le risque, tant que l’on n’a pas fait ce parcours de recherche, que l’on appelle aussi psychanalyse, même si le terme est éludé, et si souvent usé, modifié, critiqué, qu’il en a perdu tout son sens, est que l’on se trompe d’ennemi, et que l’on incrimine la tasse de café de trop, les klaxons sur la route, la mauvaise digestion d’un croissant, ou le nombre de personnes dans une pièce, de provoquer en nous des réactions aussi abyssales qu’une lutte au corps à corps contre les démons du psychisme.

Elliot Vaucher

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Conseiller, rédacteur polymorphe, Medium est mon espace de réflexion, d’anticipation des tendances, de futurologie.

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