Voyage initiatique en Free-Party

Crédit photo : Shubi Photography
Tout se dit sur les Free-party, en bien et en mal. Quoi de mieux pour se faire une idée que d’y participer. Alors suivez-moi, curieux, spectateurs ou futurs teufeurs, je vous propose un petit voyage initiatique pour vivre de l’intérieur cette expérience.

Avant tout, pour que le jour J soit réussi, pas de magie, cela nécessite un minimum d’organisation ! Tout commence donc quelques jours avant par le projet d’un ou plusieurs SoundSystem, qui ne sont rien de plus qu’un groupe de copains voulant organiser une fête. La première étape sera de trouver le spot idéal où aura lieu la soirée. Pour cela, il faudra parfois du temps et de la patience pour débusquer un terrain qui correspond à un cahier des charges compliqué. Tout d’abord, il doit être assez éloigné des habitations pour rester le plus discret possible… malgré les décibels ! L’espace doit aussi être assez vaste pour accueillir toutes les voitures. Enfin le plus important, il doit permettre à tous de s’éclater mais pas de s’exploser au fond d’un précipice, sur une voie ferroviaire ou sous les décombres d’un bâtiment en mauvais état qui s’écroule… La seconde étape sera de rassembler son public par une information particulière, mais je vous en reparlerai. La dernière étape avant que le son se fasse entendre est le montage. Aménager un espace totalement vierge sans électricité, ni infrastructures, n’a rien de simple. Montage, branchements, réglages pour une montagne de matériel et d’équipements à installer pour le son et la lumière. Organiser une Free-party n’est pas sans contraintes, mais après l’effort le réconfort avec le plaisir de voir son public vibrer librement au son des platines.

Côté teufeurs, sauf cas particuliers, la soirée débute autour d’un verre où se pose la question de savoir où la soirée va se poursuivre. Free-party ? Oui pourquoi pas ! Le secret, le bouche à oreille. On demande à droite à gauche des « info teuf », reçues par sms le plus souvent avec un numéro d’Infoline et un code, le sésame indispensable pour connaitre l’itinéraire ou la localisation de la soirée donnée au dernier moment. Évitons de prendre le risque d’alerter ceux qui pourraient faire capoter la soirée(*)… A partir de là, l’aventure commence. Appel, message vocal à déchiffrer, lieu identifié, itinéraire composé, tous en voiture pour une, voire plusieurs heures de route. Arrivés sur place, le véhicule stationné, vêtus en conséquence, les nuits sont parfois froides, nous voilà à l’entrée. C’est le moment de participer, un principe d’autogestion, par une petite donation pour les organisateurs afin qu’ils puissent rentrer dans leurs frais. Contrairement aux idées reçues, nous n’avons pas atterri dans un repère de « drogués en camion » qui s’émoustillent sur du boumboum. Bienvenue dans un micro-univers où peu importe qui tu es, combien du gagnes, peu importe ton âge. Tout le monde est là pour la même chose, en harmonie, et ça se sent. Si à cela on ajoute un cadre naturel plongé dans la nuit avec des lumières envoûtantes et la musique qui résonne, la soirée s’annonce très belle.

Ici et là des teufeurs assis tranquillement ou marchant dans les environs, discutant entre-eux et toujours ouverts pour partager avec toi un bout de discussion. Devant le mur d’enceintes, d’autres tapent du pied et profitent du son mixé, un style incontestablement particulier, mais spectaculaire par la performance. Bien sûr, nous ne pouvons pas évacuer la délicate question de l’alcool ou des drogues, puisque c’est souvent la première image que l’on colle aux Free-party. Alors soyons honnêtes, free s’applique aussi à ce genre de consommations, d’autant plus qu’il n’y a aucun service de sécurité. Alors je ne peux que recommander la modération et le contrôle, bref la prudence est de mise pour profiter de la fête.

Crédit vidéo : Shubi Photography

La soirée bat son plein. Il est temps de faire une pause au coin « chill », aménagé avec quelques petits éclairages tamisés, des coussins, des matelas. Les discussions reprennent le temps d’une cigarette. Des banalités aux discussions les plus profondes, tout le monde s’écoute, partage, se trouvant parfois des points communs, ou découvrant les histoires de chacun, de personnes issues de tout horizons, avec ses propres idées et sa propre expérience. Nous n’en reverrons pas la plupart et nous resterons en contact avec d’autres, au hasard de ces rencontres d’un soir. Plus tard, en marchant simplement sans but précis, nous croisons des teufeurs qui livrent un mini show avec leurs bolas en feu ou fluorescents. Plus loin, d’autres nous lancent un simple « Salut » ou un petit sourire. Certains aussi apprécient un peu moins le moment, à cause de leurs abus ou de quelques personnes mal intentionnés qui malgré tout existent et sont bien présents.

Crédit photo : Shubi Photography

Musique, discussions, rencontres, la nuit file jusqu’au petit matin toujours en autogestion, puisque rappelons-le c’est une des caractéristiques principales des Free-party. Les teufeurs sont donc responsables du lieu et il doit être rendu aussi propre qu’il a été trouvé. Ils sont aussi responsables d’eux même, et des autres. L’entraide est essentielle pour le bon déroulement d’une free. Pour ma part, je trouve toujours décevant que certains ne respectent pas ces codes, je l’ai même parfois constaté. Ce sont souvent ce genres de personnes, qui ne savent déjà pas faire attention à eux-mêmes, qui participent à donner une mauvaise réputation aux Free-party.

La nuit et les jeux de lumières psychédéliques et hypnotisantes, laissent place à la lumière du soleil qui se lève doucement, et nous laisse découvrir la nature environnante. Pas de meilleurs moments pour s’asseoir et simplement apprécier le soleil levant. C’est aussi ça une Free-party. 9 heures le lendemain matin, nous reprenons la voiture. Le conducteur n’est pas celui qui a le plus profité de la soirée, c’est certain… Les plus téméraires continuerons jusqu’à la fin de la journée. Pour nous, Il est temps de quitter cet univers et de reprendre le chemin de la maison, sans oublier de ne pas laisser de traces de notre passage. Pour les organisateurs, une fois la fête finie, il restera à tout démonter, terminer le nettoyage avec peut-être l’aide des derniers encore sur place.

(*)Avertissement ! Il arrive que les forces polices découvrent la soirée. Deux possibilités : ils décident d’arrêter la soirée, le son sera couper, le système son pourra même être saisi et les organisateurs écoperont d’une amende. Ou ils décident avec des pompiers d’encadrer la fête et interviennent en cas de danger ou d’accident. Un risque à prendre qui fait en quelque sorte partie du jeu. Quoi qu’il en soit le risque 0 n’existe pas, jusqu’à ce que cela ne soit plus illégal du moins.