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Etienne Scott
Feb 8, 2016 · 3 min read

J’ai toujours trouvé la notion du temps fascinante. J’ai aussi toujours détesté les gens qui répètent sans cesse que la vie est courte. Non, la vie n’est pas courte. La vie, au contraire, est ce que l’on connait de plus long. Et comme très souvent, l’être humain a tendance à se placer au centre de concepts très généraux. Au fond, c’est un peu comme dire que la planète va mal, alors qu’elle existe en réalité depuis bien avant nous et continuera bien après nous. S’il y a bien une chose qui est en danger, c’est nous. Mais bon, l’intention est bonne, il faut profiter de sa vie tant qu’elle est, ça me va.

En vieillissant, j’ai remarqué que certains moments qui me paraissaient interminables en étant jeune me paraissent aujourd’hui futiles. Malheureusement, il en est de même pour les moments joyeux. Comment est-ce qu’un été peut paraître si long quand on a 12 ans et si court quand on en a le double ? Qu’est ce qui a changé ? Mes parents me répètent encore aujourd’hui à quel point c’est fou comme le temps passe vite, qu’ils se souviennent si bien d’une époque où je n’étais qu’un bébé, et peu à peu j’ai compris. J’ai compris qu’en grandissant le temps nous échappe. Mais c’est précisément là où les choses deviennent intéressantes. En prenant du recul, on se rend compte qu’une année entière représente toute une vie lorsque l’on n’a qu’un an. Lorsqu’on en a le double, une année ne représente plus que 50% (1/2). En continuant sur cette lancée, on réalise que pour une grand-mère de 80 ans, cette même année représente seulement 1/80 ème de sa vie. En serait-ce donc la raison ? Peut-on dire que lorsqu’on a 80 ans, une année passe aussi vite que 23 jours lorsqu’on en a cinq ? Est-on donc voué à trouver le temps de plus en plus rapide ? Pas nécessairement.

Heureusement, je pense aussi que notre perception du temps est caractérisée par nos expériences. Selon moi, toutes ces “premières fois” participent aussi à avoir une impression plus allongée du temps. Les périodes de l’enfance et de l’adolescence en sont justement remplies (premiers mots, premiers rires, premières fois sur un vélo, premiers amis, premier bisou, premier amour…) et sont souvent plus vives et complètes dans notre mémoire. Quand on repense à notre enfance, on a souvent le souvenir qu’elle était longue, bien remplie, et surtout pleine de vie. J’ai souvent remarqué qu’un weekend passé à ne rien faire passe lentement sur le moment, mais prend en réalité beaucoup moins de place dans la mémoire. On se retrouve souvent avec la même réflexion : “Putain mais qu’est ce que j’ai fait ce weekend ? Je comprends pas, c’est passé super vite”. Pour moi la réponse est simple, il faut faire des choses, et si possible, de nouvelles choses. Je me retrouve, par exemple, souvent étonné de n’être parti “qu’un mois” en voyage à travers l’Europe et ai plutôt l’impression d’en être parti quatre. Dois-je en conclure que j’ai “plus vécu” que d’habitude, plus rapidement ?

Quoi qu’il en soit, le temps est et restera toujours présent et nous empêchera toujours de trop s’éloigner de la réalité. Tout a une fin, et à cause de ça, il y aura toujours une part de tristesse dans le plus grand des bonheurs. Qui n’a jamais été si heureux au point d’en être triste ? Qui n’a jamais pensé à la fin avant même qu’elle n’arrive ? C’est vraiment étrange comme sensation, mais ça a au moins le mérite de nous faire réaliser à quel point on est vivant. Au final, on peut seulement espérer que les meilleures choses se terminent aux derniers instants de notre existence. Mais l’idée de passer à autre chose nous dérange et continuera de nous déranger. C’est peut-être même pour ça qu’on prend autant de photos, pour ne pas oublier, pour pouvoir profiter dans le futur d’un moment qui nous plaisait tant. On se refuse d’accepter la fin de quelque chose de bon et on devient nostalgique de moments qui ne sont même pas encore finis. C’est triste, mais magnifique aussi.