Le Canard Digérateur

Cette semaine mon regard s’est posé sur le canard digérateur de Vaucanson.

Jacques de Vaucanson (1709–1782) est un inventeur et mécanicien grenoblois. Dixième enfant d’une famille de gantiers, il s’intéresse très tôt à l’horlogerie car il se retrouve, tous les dimanches ,chez des femmes d’âge avancé. Elles ont l’habitude de se débarrasser de lui en l’enfermant dans une chambre dont le principal meuble est une horloge antique . Il commence donc par réparer les horloges et les montres de son quartier. Il souhaite ensuite suivre sa vocation religieuse, l’Église étant alors distante des sciences et des techniques, il préfère finalement renoncer. Il commence alors à Paris, à l’âge de 19 ans, des études de mécanique, de physique, d’anatomie et de musique.

Il tente de reproduire mécaniquement les principales fonctions de l’organisme humain, encouragé par des chirurgiens qui souhaitent de cette façon mieux comprendre ces fonctions. Mais ne réussit pas à mener à bien ses constructions.

Mais c’est entre 1933 et 1938 qu’il construit son premier automate, le flûteur automatequi, comme son nom l’indique joue de la flûte traversière. Il semblait être grandeur nature, habillé en sauvage et jouant assis sur un rocher. Cette machine disparut au début du XIXe siècle.

C’est donc en 1738, alors que la France est sous le règne de Louis XV depuis 16 ans, que Jacques crée le canard digérateur. Ce canard automate est plus sophistiqué que le dernier. Il est en cuivre doré, capable de boire, de manger, de digérer et même de déféquer. Un mécanisme programmable lui permet également de cancaner et de barboter comme un véritable oiseau aquatique. Ce canard mécanique cherchait à montrer comment il est possible de métaboliser les fonctions des organismes d’un être vivant.

Le mécanisme, placé dans un gros piédestal, était laissé visible par tous, dans le but de montrer la complexité du travail accompli. La digestion de l’animal en était le principal exploit : il semble rendre ce qu’il a avalé après une véritable digestion. Ce point est soupçonné d’être une exagération de la part de Vaucanson. On dénonce ces résultats comme une mystification. Il reste possible que cette dernière n’ait eu lieu que pour les répliques du canard de Vaucanson, réalisées plus tard. Quel que soit le fonctionnement de cette digestion, le reste du mécanisme reste très complexe, les ailes étant par exemple reproduites os par os. Des témoignages attestent que les mouvements du canard étaient d’un « réalisme quasi naturaliste ».

Le canard digérateur, est ensuite exposé en 1744 au Palais Royal, puis est acheté en 1840 par Georges Tiets, mécanicien, mais il brûle en 1879 lors d’un incendie dans un musée dans lequel il était exposé. Il n’en reste que quelques photographies du milieu du XIXe siècle.

Une reconstitution est actuellement visible au musée des automates de Grenoble.

Parler de cet automate me parait pertinent car c’est le premier qui retrace et met en valeur en quelque sorte l’intelligence du corps et de l’organisme d’un être vivant. Et si aujourd’hui il était possible de créer un “organisme” sur lequel nous puissions tester des produits pour savoir comment nous réagirons à ces derniers? Nous l’avons déjà, en partie, commencé en imprimant en 3D des organes et des tissus humains. Cela serait une grande avancée dans la médecine, diminuerait considérablement les tests sur les animaux, et ainsi permettrait aussi une multiplication et une accélération des innovations dans ce domaine.

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